lundi 13 décembre 2010

Les brèves du lundi.

1. Il y a quelques temps de ça, j'ai reçu une pub pour une librairie catho en ligne. Ne me demandez pas pourquoi je reçois ça, je ne leur ai jamais rien demandé, surtout pas de m'envoyer des pubs sur le-dernier-bouquin-qui-vous-explique-comment-les- vilains-gauchistes-falsifient-l'histoire.

D'habitude, ça m'énerve, de recevoir leurs spams. Mais pour une fois, j'ai bien rigolé, vu qu'ils proposaient de vendre "le nouveau livre du pape sans frais de port". Sic.


2. Les bons films vus et approuvés par le comité (composé de l'Epoux et ma pomme) : Le tailleur de Panama, avec Pierce Brosnan en espion mais parfait salopard, et Geoffrey Rush. Commence comme une comédie gentillette sur le panier de crabe du milieu des expatriés en Amérique du Sud, termine en cauchemard aux résonances parfaitement amorales.

Ce film est en plus un hommage à l'élégance masculine et au costume trois-pièces, ce qui est tout à fait réjouissant.


3. Autre bon film vu et approuvé, La vie est belle de Frank Capra. Un bon vieux film avec une histoire et une morale toute simple (faites-vous des amis, vous ne resterez jamais seul dans les embarras), mais un film profondément humaniste, où James Stewart est comme toujours parfait, drôle et touchant.


4. Les livres lus et approuvés par le comité : Meurtre sur le marché des forgerons, de Yachar Kemal - Nobel de littérature en 1972. Lecture parfois pénible et difficile, avec un récit très éclaté, de perpétuels allers et retours dans le temps, et une limite difficile entre rêves et réalités, mais on s'y fait. J'aime bien la littérature orientale et sa capacité à exploiter sans le parodier la tradition orale avec son emphase et sa violence.

L'histoire à coup de serpes : peu de temps après la seconde guerre mondiale, au pied du Mont Taurus, deux familles de beys turcs se déchirent depuis des siècles (attention, scènes violentes, quand même : à côté, les fameux supplices chinois, c'est de la petite bière). Les nouveaux riches et les cadres de l'administration essaient de les réconcilier ou du moins de faire taire leurs querelles qui nuisent à la région.

La Turquie, c'est toujours compliqué d'en parler. On y va pour les vacances mais on y déplore le non-respect des droits de l'homme. Et puis est-ce un pays européen ou non ? Devons nous, aujourd'hui, tenir compte de l'alliance entre Soliman le magnifique et François Ier ? Les musulmans vont-ils nous bouffer tous crus ?

Il y a des choses étonnantes dans ce livre. Le personnage d'Hitler vu par les paysans et les féodaux de la Turquie, ne manque pas de sel. Les politiques qui se désespèrent de passer pour un pays arriéré aux yeux de l'Occident, montrent la tension qui marque ce pays, entre tradition et modernité. Les beys assassins ont fait des études de droit dans les meilleurs universités mais l'instinct de la vendetta est toujours le plus fort. On connaît l'Occident, on l'envie, on le jalouse, on le hait aussi. Un pays en mutations douloureuses...


5. Et bonne semaine bien sûr ! de la neige, du froid, des RER en retard, du bonheur quoi ! Pour ma part, j'affronterai ce mercredi le Grand Nord - la Lorraine, en fait. De là à conclure qu'il y aura bientôt des photos de la place Stanislas sur ce blog, il n'y a qu'un pas.


mardi 7 décembre 2010

France 1500...




Je m'aperçois que ça fait bien longtemps que je n'ai pas descendu en flèche (gratuitement, mauvaise foi comprise), une exposition parisienne.

Voici donc ma dernière excursion en date : France 1500, au Grand Palais.


Je n'aime pas beaucoup aller au Grand Palais. C'est cher, mal fichu, et en plus il est tout à fait impossible de boire un café dans le coin.
Cher, oui. Plus de 10 euros l'exposition, plus un euro la réservation - réservation obligatoire bien entendu, c'est la grande astuce du Grand Palais : on limite le nombre de place, comme ça la France entière se met à vouloir y aller. Résultat, vous avez de braves gens qui se retrouvent à faire la queue à l'entrée dès huit heures du matin, sous le froid, la neige et la pluie. Tout ça pour les Nymphéas de Monet - j'ai rien contre Monet en soi, mais il y a des limites.

Dieu merci, l'amie avec qui j'avais prévu d'y aller avait pris les places pour un vendredi après-midi, donc point de populace à l'horizon - c'est que je veux bien mourir pour le peuple, mais je ne veux pas mourir avec.


Nous étions donc convenues d'aller voir "France 1500", en nous souvenant avec émotion du jour où un commissaire d'expositions a eu une inspiration géniale en baptisant son expo au Louvre "Paris 1400" - une expo où on voyait des trucs qui brillent avec de l'or et des pierres précieuses, des tas de volumes des Grandes Chroniques de France et des gisants un peu trash - appelés transis.



Depuis, tout le monde s'y est mis : on prend n'importe quel nom de ville et on colle une date derrière, vous avez votre sujet d'exposition. On a eu aussi France XIIe siècle (bah oui, on a moins de choses donc on a le droit d'élargir un peu) et Vienne 1900, par exemple. J'attends avec impatience Hiroshima 1945, Lons le Saunier 1977, Melun années 1930, Vitry le François 1984 - lieu et année glorieuse de ma venue au monde.

De toute façon, maintenant, les expos, c'est ça ou le thème "deux artistes mis ensemble", genre Matisse/Rodin, dont j'ai déjà parlé.


Je préfère ne pas m'énerver sur la foutue tendance des commissaires d'expo à faire en sorte que les cartons devant les oeuvres soient rédigés en ocre-beige sur fond grisâtre, avec éclairage à la LED blafarde directement braqué dessus. Et bien sûr, écrit en petit. Histoire d'être bien sûrs qu'on ne pourra jamais les lire.

Je préfère ne pas m'étendre sur le fait que les vitrines, contrairement au conservateur du Grand Palais, réfléchissent. C'est embêtant, parce que quand je veux regarder une enluminure, je n'ai pas besoin de voir ma pomme en face de moi - je la vois assez comme ça le matin dans la glace, merci.

Enfin, dans la série "évitons de réfléchir, des fois que ça nous morde les doigts de pieds", mentionnons l'agaçante propension à coller des oeuvres les unes à côté des autres sans aucune perspective. La première partie de l'expo, ainsi, consiste bêtement en un tour de France des arts autour de 1500, région par région, et paf ! Débrouillez-vous avec ça. Sur le mode : et dans le Périgord, on fait des Vierges à l'Enfant. À Toulouse, on fait des Vierges à l'Enfant. Et en Provence, on fait des Vierges à l'Enfant. Et en Normandie ? On fait des Vierges à l'Enfant. Et à Paris ? Devinez ?

On regrettera également la navrante banalité du discours - alors euh, voilà, euh, il y a des archaïsmes, mais euh aussi, bah, des influences italiennes renaissantes, quoi... On aurait apprécié un peu plus de réflexion sur le fait que, justement, le décrochage de cette période est intéressant, parce qu'on passe d'une foi et de canons artistiques unanimes - "l'art gothique", pour aller vite - aux influences renaissantes qui touchent les élites et les franges supérieures de la société - à mettre en parallèle avec la cassure religieuse du début du XVIe siècle. J'aurais aimé davantage d'insistance sur le fait que même François Ier prie devant des statues gothiques tout en appréciant Léonard de Vinci et les femmes à poil des peintres italiens.


Mais tout ça vaut le détour, quand même. En vrac, coups de coeur pour des desssins d'architectes sur parchemin, le tombeau des enfants d'Anne de Bretagne, le portrait de François Ier en Saint Jean Baptiste (eh oui ! on ne peut pas se tromper, François Ier étant reconnaissable entre mille), les vitraux inspirés de représentations de "triomphes" italiens connus par exemple via les cartes de tarot - l'histoire de la carte à jouer me met en transes -, le portrait en grisailles de Jean Fouquet, le tableau représentant Pierre de Beaujeu, Madame son épouse (Anne de Beaujeu, qui a l'air aussi agréable à vivre que maîtresse femme) et leur fille encore au berceau, la Nef de Sainte Ursule - superbe pièce d'orfèvrerie, et quelques éléments architecturaux du château de Gaillon, notamment les fontaines portant l'emblème de Louis XII.

Emblème qui est, je ne me lasse pas de le répéter tellement c'est bête, le porc-épic.

Les rois de France n'étaient pas toujours très inspirés, il faut bien le dire.





lundi 6 décembre 2010

Les brèves du lundi, moral en berne.



Le directeur de thèse qui veut que ça soit terminé dans moins d'un an.


Le filon d'archives qui se tarit.


La (légère) panique à l'idée de se dire qu'on n'a clairement pas la maturité pour rédiger.


La poste et l'administration qui rend fou.


Le froid et le manque de motivation qui fait son grand retour saisonnier.


Le comble : en m'énervant au téléphone sur la Poste, j'ai laissé ma bouillotte brûler. Bilan des courses : une bouillotte réduite à l'état de charbon de plastique, une casserole foutue, un appartement qui empeste le PVC brûlé, des fenêtres forcément grandes ouvertes pour aérer par froid glacial.
Bouillotte bien évidemment ultra-précieuse à mes yeux puisqu'offerte par l'Époux et parfaite comme remède au froid hivernal lorsqu'on travaille devant l'ordinateur.


=> Error 404 : vous êtes une grosse buse. La semaine s'annonce mal.


Sur ce, je retourne à ma propre merditude.

à plus tard.




lundi 29 novembre 2010

Brèves du lundi, le retour.

Si je blogue un lundi matin, c'est bien parce que je suis malade, enfermée chez moi à trier du linge sale (rendons-nous utile pendant que l'Époux trime et fait vivre notre famille à la sueur de son front), à vider le lave-vaisselle et à regarder la neige qui est tombée.
De toute façon, je ne saurais en faire plus, j'ai bien essayé de transcrire un inventaire après-décès de 1558 mais je n'y suis pas arrivée (j'ai seulement identifié un vieux chaudron en cuivre rouge à la page 2 (sur trente pages, ça fait pas beaucoup (et encore j'ai même pas commencé à regarder l'inventaire des titres (mais il va bien falloir (là où ça coince, justement, c'est que ledit inventaire est complètement indispensable au bon déroulement de la suite des hostilités (c'est-à-dire la rédaction de ma thèse)))))).


Sur les bons conseils de la Souris des Archives, j'ai bien avancé dans la lecture des romans de Clive Cussler. C'est du James Bond mais côté américain. Il y a des méchants russes (avant 1990), des méchants dictateurs africains et des vilains Japonais qui veulent dominer le monde (après 1990). Fidel Castro, lui, est méchant mais moins que les Russes. Il y a des trésors cachés et des bombes atomiques. Il y a des filles (un autre genre de bombes) qui couchent toutes avec le héros. Il y a un héros brun (ouais !) aux yeux verts (bof). J'aime bien.


J'aime moins les romans prise de tête : lecture cette semaine de La Montagne de l'Ame de Cao Xingjian. Une semaine pour sept cent pages, temps anormalement long. Il faut dire que le caractère extrêmement pénible de la fragmentation du récit - on va de rencontres en rencontres sans trop savoir qui fait quoi, qui est qui, pourquoi, ni comment - ne rend pas les choses très attrayantes. Néanmoins, une belle et glaçante peinture d'une nation devenue folle, avec ses camps de rééducation par le travail, ses intellectuels au mieux surveillés, au pire pourchassés, sa corruption, ses cadres du parti, son acharnement à détruire son patrimoine tout en se lançant dans des entreprises délirantes pour sauver les pandas.


Ce dimanche, les critiques du Masque et la Plume ont de nouveau encensé Houellebecq (ça m'a énervée) et joyeusement descendu Philippe Muray (du moins trois sur quatre), ce qui n'a pas manqué de me réjouir. Parce que la publication d'un volume de 1800 pages qui disent toutes la même chose : "les modernes c'est pô bien, l'homo festivus c'est caca", j'appelle ça de l'opération commerciale sponsorisée par Fabrice Luchini (qui en fait la lecture devant un parterre d'appréciateurs distingués) - ou du foutage de gueule. Au choix.


La semaine dernière (mais encore trouvable dans les kiosques), bon numéro du Télérama sur les gens qui vivent "pour survivre". Les vieux qui vivent avec le minimum retraite, les jeunes coincés et qui vont de mal en pis. Intéressant mais surtout humain et délicat - pas facile, avec un tel sujet.


L'histoire de la suppression des notes. Je ne sais pas si c'est moi qui ai vécu dans une réalité parallèle, mais j'aimerais bien que les partisans de la suppression des notes à l'école me disent s'il n'est pas vrai que les notes s'accompagnent toujours (ou alors, allez, dans 95 % des cas) de commentaires - plus ou moins abondants, certes - du prof, justifiant la note, pointant les points forts et les points faibles ?
La note n'est pas arbitraire. La note n'est pas traumatisante. La note n'est pas brute de décoffrage.
Et la Finlande, c'est aussi le pays où on trouve le plus fort taux de suicides d'adolescents. Lâchez-nous la grappe avec la Finlande.


La connerie du jour : j'entendais l'autre jour deux types visiblement pas très à gauche s'indigner de ce qu'on voit, en cinquième, l'Islam avant Saint Louis et Philippe Le Bel. Les règles élémentaires de l'assistance à personne en danger (danger de crétinerie) auraient voulu que j'intervinsse afin de leur faire remarquer que c'est d'abord la logique chronologique qui veut ça. Et puis finalement, j'ai préféré appliquer la maxime de Michel Audiard : je parle pas aux cons, ça les instruit.



jeudi 18 novembre 2010

Rire de tout.


Et un marronnier, un !
Parmi les phrases que je déteste le plus au monde, il y a celle-ci : "on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui". Parce qu'elle s'accompagne de l'air méprisant de celui qui la prononce, destiné à vous faire comprendre que si telle ou telle blague ne vous fait pas rire, c'est que vous n'êtes qu'un crétin et que - insulte absolue de nos jours - vous n'avez pas d'humour.

Et comme personne ne veut passer pour le rabat-joie de service, on se force à s'arracher un rire d'une blague qui ne nous amuse pas, parce qu'elle n'est pas drôle, parce que ça fait soixante quatorze fois qu'on vous la fait, parce que ça touche une corde sensible.

Il y a encore quelques temps, je n'aimais pas jouer les pisse-vinaigre, aussi je m'efforçais d'émettre au moins un ricanement, de répondre spirituellement, comme si je n'étais pas atteinte par la pique - ou comme si à l'inverse il y avait de quoi se poiler.
Et puis un jour je suis tombée sur un billet tout bête d'un site où l'on peut trouver des jolies perles de réflexion. Pour ceux qui ont la flemme d'aller voir le lien, c'est un Arabe qui n'en peut plus d'avoir droit à des blagues sur le mode "tiens voilà le livreur de pizzas" quand tu sonnes à la porte d'un ami qui organise une soirée.

Passé un certain âge, on se fatigue des attaques - qui ne se veulent pas toujours méchantes, mais qui exaspèrent à force de répétition. Dans mon cas, par exemple, je citerai les blagues sur les curés pédophiles, les scouts pédophiles et fachos, les blagues misogynes/machistes, les piques sur les "intellos", les plaisanteries à deux roubles sur l'accent ou la fainéantise supposée des Provençaux et des profs (alors, des profs provençaux, je n'en parle même pas).

On m'a ainsi souvent demandé pourquoi malgré mes capacités je m'obstinais à bosser dans l'enseignement public "alors que mes qualités seraient tellement mieux reconnues dans le privé". Sauf qu'à voir comment même passée la trentaine, le commercial s'en donne à coeur joie sur l'intello (comprenez, celui qui sait lire) de la boîte, désolée mais je préfère rester parmi mes semblables.

Et moi, je suis fatiguée de devoir faire bonne figure et d'avoir de l'humour vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tu n'es pas drôle, toi, quand, lorsque je te réponds un peu sèchement, ton premier mouvement est de ricaner "t'as tes règles ou quoi ?". Tu n'es pas drôle quand tu ressors la blagues des jambes des femmes qui ne servent qu'à aller plus vite du lit à la cuisine. Tu n'es pas drôle quand tu contrefais l'accent provençal que tu crois être un accent arabe mâtiné de vulgarité. Tu n'es pas drôle quand tu ressors la blague du curé pédophile que tout le monde connaît. Tu n'es pas drôle quand tu me demandes si je suis en vacances ou en grève. Tu n'es pas drôle quand tu te fous de la gueule de quelqu'un qui aime lire/visiter des expositions/voir un film dont la bande son est autre chose que pif ! pif ! boum ! boum ! racatacatac !, et que tu estimes que cela te confère une supériorité sur l'intello à lunettes.

Comme je deviens une vieille conne (c'est que je suis plus proche de trente que de vingt ans maintenant), j'ai pris l'habitude de ne plus avoir peur de plomber l'ambiance d'une soirée ou d'un dîner. Je ne veux plus faire croire que j'ai de l'humour à toute épreuve. Je m'en balance d'avoir l'air drôle. Et je ne veux plus avoir l'air de ne pas être atteinte par les mauvaises plaisanteries. Oui, il y a des choses qui m'atteignent, qui me blessent cruellement. Et je me réserve le droit d'avoir l'air susceptible, et de t'envoyer paître, toi qui veut faire rire à mes dépends, toi qui croit que la provocation est le seul mode de communication.

La phrase de Desproges, quand tu la laisses tomber d'un air condescendant parce que je ne me suis pas esclaffée sur ta sortie délicate, ne sert qu'à te rendre encore plus crétin. Rire de tout mais pas avec n'importe qui ne signifie pas que le monde se partagerait en deux, les surhommes pleins d'humour qui auraient le don de pouvoir tout brocarder sans distinction et de l'autre côté les pisse-vinaigres trop cons pour rire, mais bien au contraire qu'il faut manipuler l'humour avec une extrême précaution pour ne pas le transformer en méchanceté et en humiliation gratuite.

Mais du haut de ta superbe d'homme drôle autoproclamé, tu ne comprendras probablement pas.




mercredi 17 novembre 2010

Les objets d'Artémise, 2. La pelisse.


Nous étions jeunes, nous étions fou, nous étions jeunes mariés. L'Époux m'a fait en ce temps le somptueux cadeaux d'un manteau hors de prix, en fourrure noire, à boutons dorés - vous savez, le genre de manteau que porte l'espionne russe dans les James Bond (mais la méchante, hein, pas la gentille), ou la collabo dans les films sur l'amitié franco-allemande de 1939 à 1945.

À priori, point de bébé phoque n'a été massacré pour la confection de ma pelisse. D'abord parce que les bébés phoques, c'est blanc, et que mon manteau est noir. Et qu'à priori, c'est pas de la vraie fourrure - je ne suis tout de même pas du genre à vouloir mettre l'Époux sur la paille, non plus.
N'empêche, vraie ou fausse peau d'animal, il est chaud comme tout, doux, superbement taillé dans le style années 1940 (comme dans les films susnommés). Le manteau parfait - c'est bien simple, je n'en avais jamais trouvé d'aussi parfait.

Autant dire que j'aime voir l'automne pointer son nez, ça me donne l'occasion de le ressortir.

Il est d'autant plus jouissif de s'y glisser dedans que Paris est peuplé de donneurs de leçons de tout poil (ah aaaah) qui froncent leur nez aussitôt qu'ils me voient débarquer dans le métro emmitouflée dans ma pelisse. Car entendez bien, la fourrure, faut pas, c'est vilain, ça tue les bébés phoques. Il est désopilant de les entendre vouloir pratiquer la correction fraternelle en marmonnant des poncifs sur les gentils n'animaux cromeugnons que les salopes de mon genre exterminent pour le seul besoin du culte de l'apparence.
Certains poussent leur petit courage de Saint Just en herbe, jusqu'à vous demander si vous vous rendez bien compte du mal que vous faites à la planète (ajouter des trémolos dans la voix).

En général je réponds que non, j'aime pas les bêtes. Et ça leur coupe le sifflet. Mais pas toujours. Les plus excités se lancent dans une tirade sur la protection des animaux, le foie gras, les tests pharmaceutiques, avec force insulte à l'encontre des gros vilains comme moi.

Comme quoi, simplement en portant ma pelisse, j'arrive à choquer le bon peuple à peu de frais. Kate Moss et Michel Onfray n'ont qu'à bien se tenir.

Tremblez.







mercredi 10 novembre 2010

La laïcité, machine à tuer les libertés.





Une crèche a licencié une de ses employées, musulmane, qui venait travailler avec son voile sur les cheveux. Licenciement pour faute grave. Saisie de la Halde par la dame. Émoi des ardents défenseurs de la laïcité. Manuel Valls estime par exemple que "comme c'est le cas à l'école, le port de signes religieux distinctifs là où il y a des enfants" doit être interdit.

Je trouve cette affaire parfaitement scandaleuse. Assurément, je n'ai pas grande tendresse pour une religion (et une culture) qui exige des femmes qu'elles se couvrent les cheveux pour de sombres questions de pureté et d'impureté. Mais j'aime bien qu'on fiche la paix aux gens.

Une faute grave, dans une crèche, c'est frapper un gosse, c'est en laisser un aller se faire écrabouiller sur la route, c'est oublier de les nourrir. Pas de porter un voile sur ses cheveux.

La dame viendrait travailler en burqa, il me semblerait normal d'exiger d'elle une tenue pratique pour travailler - allez donc courir après une trentaine de mioches fagotée de la sorte ! - mais un voile sur les cheveux, faudrait viser à pas déconner. Quant à l'argument des enfants (à dire avec des trémolos dans la voix), je ne vois pas bien ce qu'il vient faire là. Ciel, des enfants seraient choqués parce qu'une des dames de la crèche a les cheveux couverts ! Ils pourraient lui en demander la raison et elle répondre que c'est parce qu'elle est musulmane !! Ils pourraient entendre parler de religion ! Etre pollués par l'abominable fait religieux !

Cette affaire est du même ordre que les cris de putois qu'on entend à chaque fois qu'un homme politique est pris en flagrant délit d'aller à la messe ou de rompre le jeûne du ramadan (les cris n'étant pas poussés par les mêmes putois, en général).

(c'est pourtant mignon un putois)


Il faudra qu'on m'explique en quoi un foulard sur les cheveux, porté pour raisons religieuses, est un trouble à l'ordre public. Cela vaut aussi pour les croix. Faut-il vraiment que je vire les quelques élèves qui portent leur croix (catholique ou protestante) autour du cou pour trouble à l'ordre universitaire ?

Il faudra qu'on m'explique en quoi il est foncièrement dangereux de parler religion à un enfant.

Il faudra qu'on m'explique en quoi il n'est pas carrément liberticide de licencier pour faute grave une dame qui a les cheveux couverts.