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lundi 28 novembre 2011

Ah, les conversations Facebook, ou le café du commerce même pas intello.

Aujourd'hui sur Facebook, Le Jour du Seigneur (que j'ai l'honneur et l'avantage de compter parmi mes amis) publiait une petite niouse sur la place des femmes dans l'Eglise. Ce qui m'a donné le bonheur de lire la prose de quelques messieurs que j'ai autant envie de rencontrer qu'un loup-garou un soir de pleine lune. Je vous laisse apprécier - et non, je ne sais pas faire de captures d'écran. Mais ce n'est pas grave, il y a quand même de quoi se marrer.


Pourquoi les femmes sont elles aussi peu représentées dans les instances d'Eglise? L’Église est elle prête pour l'ordination des femmes? La réponse de Christine Pedotti dans un bonus. Une exclusivité lejourduseigneur.com

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    • Sylvain Lagrange Le jour ou les femmes seront ordonnées je quitterai l’église catholique, déjà que je n'y reste que par amour de Benoit XVI. Je rejoindrai les Orthodoxes! Les femmes ont un travail immense a faire dans l’église mais pas d'être prêtre.
      Il y a 7 heures · · 1
    • Pierro Mendes Je confirme c'est aussi ce que j'allais dire c'est du tout normal
      Il y a 6 heures ·
    • Patrice Le Cavorzin je suis pour que les femmes puissent être prêtres !
      Il y a 6 heures · · 3
    • Sylvain Lagrange Je pense que seul des catholiques pratiquants peuvent avoir une opinion sur ce sujet et sur tout sujets d'église.
      Il y a 5 heures ·
    • Luc Moisan Je pense que les femmes sont très présentes dans l'église (en pastorale, par exemple) mais leur travail n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur.
      Il y a 4 heures ·
    • Le Jour du Seigneur Pratiquants ou pas, votre opinion compte! Merci de débattre ici, dans le respect bien entendu.
      Il y a 3 heures ·
    • Gilles Priollet La femme est vénérée dans l'Eglise comme dans aucune autre instance humaine. D'autre part l'égalité ne se décrète pas ; c'est une tentative de mise à niveau politique démagogique car impossible à atteindre, par nature. L'égalité est en droit, donc dans la loi humaine seulement. rendre la femme par contrainte égale de l'homme est une manière de la dégrader, de lui enlever ses qualités pour lui donner des qualités d'homme. Cela n'est ni favorable à son développement ni à l'équilibre de la société. Il suffit pour s'en convaincre de voir ce que font les enfants dans la rue. Il n'est donc pas étonnant dans ce contexte que les tenants du nivellement par le bas veuillent faire des prêtresses contre la Foi de celles qui se dévouent de si belle manière.


Alors notre ami Sylvain, il doit être sincèrement persuadé d'être un type super important. Un peu comme ces parents d'élèves qui vous expliquent que si vous continuez à martyriser leur Choupinet, ils le mettront dans le privé. Mais allez-y, putain, cassez-vous ! Puisque vous êtes mieux que tous les autres, allez faire montre de vos talents ailleurs. Je savoure aussi le commentaire sur "seuls les catholiques pratiquants (pas les faux en plastique, hein) peuvent avoir un avis sur la question".

Bref, un mec modeste et ouvert à la discussion, comme je les aime.

Vous aurez sans doute apprécié l'argumentation "anti-femmes prêtres" à base de phrases toutes faites, sans queue ni tête, probablement lues ça et là dans la presse conservatrice et qui consiste à dire que si tout fout le camp, c'est à cause de ces connasses qui ne font pas ce qu'on leur dit de faire (se la fermer, quoi). Vous aurez appris que si les gosses ne sont pas élevés, c'est bien à cause des bonnes femmes - jamais la faute du père qui n'est jamais, bien sûr, inconsistant voire demeuré.
Et encore, on a échappé au sempiternel "la famille est la cellule de base de la société", ressortie à tout bout de champ à chaque fois.



Pour ma part, je me permets juste de faire remarquer humblement que je n'ai jamais, jamais rencontré quelqu'un qui soit foutu de m'expliquer comment on peut justifier que les femmes ne puissent pas accéder à la prêtrise dans l'Eglise catholique. Non que la question m'empêche de dormir. Non qu'elle soit la seule - à titre personnel, je n'ai pas compris tout un tas de trucs qui ne m'empêchent pas d'aller à la messe le dimanche. Tenez, par exemple, j'ai jamais bien compris le rapport entre le fait de mourir sur une Croix et de sauver l'Humanité et c'est pas faute d'écouter les sermons de Pâques avec moult attention. Après, comme je ne suis pas contrariante, je dis que oui, d'accord, après tout si vous voulez, hein.

Je note seulement que, selon le bon vieil adage "c'est toujours les mêmes qui font tout", on veut bien que les femmes fassent tout dans une paroisse : l'animation des chants, la catéchèse, le ménage, l'administration et le secrétariat. D'ailleurs, dans les milieux un peu tradis sur les bords, il est de bon ton de s'en plaindre : trop de femmes, ça fait fuir le chaland et c'est pour ça que l'Eglise fout le camp depuis Vatican II. C'est donc bien toujours de la faute des femmes, donc. Surtout pas des hommes qui sont probablement trop bien pour faire tout ça.

Alors ? Une femme prêtre, pourquoi cela choque-t-il ? Pourquoi non ? Comment l'expliquer avec des arguments que tout le monde pourrait entendre ? D'ailleurs, les anti-femmes-prêtres se réfugient derrière un vague "ordre voulu par Dieu" aussi fumeux que peu compréhensible.

Si seulement on pouvait discuter.











dimanche 4 septembre 2011

Le respect, la charité et les trous du cul.



En juin, j'ai fait quelque chose que je n'avais jamais fait de ma vie. Cela peut vous paraître dérisoire, mais voilà : j'ai quitté avant la fin une messe "familiale", celle du baptême de ma dernière cousine âgée d'environ deux ans.

Parce que c'était ça ou je me mettais à coller des baffes à une bonne partie de l'assistance, ce qui vous en conviendrez n'est pas une solution.

Tout a commencé le dimanche matin quand nous nous sommes rendus compte que sur l'ensemble de la famille seuls mes parents, mes soeurs (et mon beauf', l'Epoux n'ayant lui-même pu venir) et mes neveux, assistions à la messe précédant le baptême. Même les parents de la petite future baptisée n'ont pas daigné se magner les fesses pour être à l'heure, sous le fallacieux prétexte expliqué la veille au soir que "à la fin de la messe, on doit venir présenter les enfants à l'assemblée, et il faut passer par la sacristie". J'ai eu le malheur de faire remarquer que ma mère, marraine de la petite, serait tout à fait capable d'assister à la messe, de sortir de l'église, faire le tour et repasser par la sacristie en l'espace de douze secondes, et que donc les autres seraient capables de faire de même, je n'ai récolté que des regards noirs.

Je passe aussi sur les commentaires entendus la veille au soir, à base de "ahlala, le prêtre de d'habitude est bien mais pour le baptême on nous a imposé le vieux qui a Parkinson, bon il est gentil mais c'est relou quoi".

La messe donc. Les cousins se pointent les uns après les autres, s'installent en discutant au fond de l'église. Mais au moins, ils sont là. La famille de l'autre petit baptisé en même temps, du reste, s'abstient ne serait-ce que de rentrer, des fois que ça leur donne des maladies.

Pompon de la pomponette, le baptême. La famille de l'autre petit baptisé ne sait apparemment pas ce qu'elle fait là. Ils débarquent à cinquante dans la petite église de campagne, hurlent des grands bonjours alors que le prêtre essaie désespérément de faire comprendre que bon, euh, ça a commencé là. Personne ne se taira vraiment pendant la cérémonie, du reste. On chante du Yannick Noah - seul moment où nous ne sommes pas les huit clampins susnommés seuls à chanter. Le père du petit baptisé (Ewann, bien sûr - sa petite soeur s'appelle Tess et ce n'est pas un diminutif, c'est bien son prénom) fait rire sa famille en faisant des "YESSSSS" à chaque fois que le pauvre prêtre finit une phrase, se moque de ses tremblements parkinsoniens, fait semblant de chanter en faisant des grimaces.
Je n'ai même pas vraiment compris à quel moment on avait mis de l'eau baptismale sur les petits, tellement c'était le bordel dans l'église. J'en étais à faire des "chut" comme dans une classe de CE2... même mes neveux, 8 et 4 ans, étaient choqués devant le manque de respect total de l'assemblée.

J'ai tenu jusqu'au baptême et je me suis tirée avant la fin. C'était ça ou latter sa gueule au grand connard de père du petit baptisé. Ou fondre en larmes. Ou les deux.

Personne n'a rien vu, de toute façon on n'était plus à ça près. D'autres étaient déjà sortis et leur seule réaction en me voyant sortir en tremblant de rage, c'était "toi aussi tu viens faire une pause clope ? Ah non c'est vrai tu ne fumes pas".


Pourquoi maintenant est-ce que je vous raconte ça ? Non pas, comme on pourra le croire, pour me foutre de la gueule des non-cathos, de ceux qui ne vont pas à l'église, qui ne sont pas super au fait des usages religieux. Mais parce que le grand connard de père de l'autre petit baptisé s'est permis de lire un texte au début de la cérémonie, sur le respect et les valeurs religieuses. Très bien, en soi, pourquoi pas, après tout.
Mais que ce grand connard (y'a pas d'autres mots, désolée) s'est surtout allègrement permis de se foutre de la gueule des catholiques présents, y compris d'un prêtre âgé, malade et handicapé. Et qu'en sortant il s'est aussi permis de faire une sortie sur "ah mais moi, hein, c'était pour la forme, ce baptême, parce que les cathos, ils sont pas tolérants, ils se la pètent...".

Mais il croyait quoi, ce trou du cul ? Qu'il était tolérant, lui ? Qu'il était respectueux ?


Le soir, ma mère - catholique charitable, qui essaie de trouver toujours au moins un peu de bon dans tout - se réjouit de ce baptême... Moi, j'ai surtout eu l'impression que le baptême, on ne l'a pas trop vu, que les gens étaient surtout là pour le gueuleton qui allait suivre. Bien entendu, parmi l'avalanche de cadeaux réglementaires, il n'y a eu aucun cadeau à consonance religieuse fût-elle minime...


Je veux bien que l'Eglise soit critiquable. Je veux bien que les catholiques ne soient pas parfaits, loin de là. Bien entendu.

Ce que je veux, moi, c'est qu'on respecte. Même quand on n'adhère pas, on doit toujours voir avant tout qu'il s'agit, en face, d'êtres humains, avec des croyances, un esprit, une foi (ou pas de foi). Qu'on ne vienne pas à l'église comme des consommateurs. Qu'on arrête de se foutre de la gueule des gens.
J'essaie non pas d'être tolérante (qui l'est, en vérité ?). J'essaie juste d'être charitable. Bien évidemment je ne suis pas allée cracher mon dégoût à la face de tous ceux qui se sont ouvertement foutus de ce qui se passait ce jour-là dans cette église. J'aurais dû, peut-être. Parce que si le Christ nous a dit de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, il n'a pas dit qu'on était obligés de se laisser prendre pour des cons.




vendredi 26 mars 2010

Les joies du commentaire.



Hier, j'ai reçu un message de Blogger. Un commentaire à modérer. J'ouvre le mail et tombe là-dessus :

La messe, en latin en français ou en chinois, c'est bon comme les enculades d'enfants de choeur dans les sacristies par de gros prêtres pervers, et d'autant plus pervers qu'ils sont plus intransigeants dans leurs condamnations des moeurs du siecle. Mais après tout, c'est pour ça que vous, parents catholiques, mettez vos enfants dans les pensionnats religieux, non ? Pour qu'on leur élargisse le cercle de leur connaissance, hein ?

Finalement, je vais soutenir vigoureusement les pratiques de pédophilie institutionnelle de l'église catholique. Pour une église toujours plus pédophile, toujours plus haineuse, toujours plus jeunesse hitlérienne, toujours plus dogmatique, de sorte qu'elle apparaisse plus que jamais pour ce qu'elle est : un cloaque.


Ouch.

Passé le choc et l'envie de mettre mon poing dans la gueule au connard qui n'a pas eu honte d'écrire ces lignes, j'ai été prise d'un profond sentiment de tristesse et de lassitude. On a beau se dire que tout ça c'est des cons retranchés derrière l'anonymat de leur écran, on se lasse.


Peu après, j'ai discuté avec l'Époux de la nouvelle affaire Benoît XVI qui aurait couvert des prêtres pédophiles. Et j'ai eu aussi le plaisir de lire l'excellent article de Koztoujours sur la question :


http://www.koztoujours.fr/?p=7211



Outre le moment de franche rigolade (car oui, en plus, c'est drôle), un commentaire m'a fortement interpellée : l'un des lecteurs souligne que c'est fou ce que les anticléricaux connaissent tous des tas de gens violés par des prêtres.

Moi aussi j'en ai fait des retraites de communion, de profession de foi et de confirmation, avec des moments où on était en tête à tête avec l'aumônier. Des camps scouts en pagaille, des pélerinages divers et variés. J'ai connu des tas de gens qui ont fait la même chose que moi, certains qui ont été placés dans des pensionnats tenus par des religieux, et je ne connais, ni de près ni de loin, personne qui puisse me rapporter un cas, un seul, même éloigné, de pédophilie avérée au sein des communautés religieuses.
Silence des victimes ? Peut-être, mais enfin, si tous les petits catholiques avaient été violés dans leur enfance, ça ferait quand même des effets à long terme, non ?

Entendons-nous bien. Je ne dis pas que les prêtres pédophiles, ça n'existe pas. On sait bien que les salauds de cette espèce choisissent des métiers qui les rapprochent des enfants : instit, moniteur de sport... le boulot d'aumônier de jeunes en fait malheureusement partie.
Je ne minimise pas non plus la douleur d'un enfant violé, et je pense tout simplement et frustement que les pédophiles sont des gros dégueulasses, point. J'espère qu'ils auront des tas de très, très gros problèmes dans ce monde et dans l'au-delà, qu'ils soient prêtres ou non, et que ce sera bien fait pour eux.

Seulement, il y a beaucoup d'accusations. Pas toutes vraies. Et j'en ai plein le dos des blagues sur les curés pédophiles, des sales sous-entendus et de la diffamation publique - car oui, dire que le pape a couvert des actes pédophiles, c'est un petit peu de la diffamation quand même. Mais vraiment marre. Chaque jour que j'ouvre le journal, j'ai l'impression de prendre une gifle. Et c'est lassant, à force.


Quant au crétin qui a pris la peine de m'écrire ce message, je me contenterai de lui dire que, pauvre con, je te pisse à la raie, ça te va comme ça ? La métaphore à base de fesse me semble être tout à fait digne du fond de ta pensée.



mercredi 3 mars 2010

Du bon usage de la messe quand on est une grosse feignasse.

Il se trouve que je ne suis pas du matin. Il se trouve que la perspective d'avoir à me lever avant 9h du matin est une mission quasi-impossible. Je suis du reste littéralement écrasée d'admiration devant la force mentale de mon Époux, capable de se lever tous les jours que Dieu fait (sauf le samedi et le dimanche), à 7h30.

Parce que moi, le matin, y'a pas moyen.

Alors, la messe du dimanche matin, c'est un vrai problème. Parce qu'il s'agit de tomber du lit avant 10h, histoire d'y être à 10h45, heure de la messe dominicale dans ma paroisse.

Dilemme. Y aller le samedi soir ? Difficile.

D'où joie et pleurs de joie quand j'ai découvert que ma paroisse avait mis en place une messe le dimanche soir, 18h l'hiver et 18h30 l'été. Superchouette.

Problème : c'est la messe en latin. Le latin, en soi, je m'en balance sévère, mais j'étais un peu triste de ne plus voir le curé de la paroisse, qui dit la messe le matin. Enfin on s'en remet, me direz-vous.

Bilan des courses, je suis devenue tradi par flemme. Enfin tradi, pas vraiment, mais l'expression fait rigoler les copains, alors je la garde.

Autre bilan, y a-t-il vraiment intérêt à aller à la messe en latin ?

- pour le latin ? cf. supra, le latin, je m'en balance. Au mieux ça ne fait que réveiller en moi de douloureux souvenirs de prépa (où on faisait du latin sans dictionnaire, eh ouais). En outre, j'ai derrière moi 25 ans de pratique dominicale, la messe pourrait être dite en espéranto que ça va bien, merci, je sais où on en est.

- pour la communion à genoux dans la bouche ? Bof. C'est folklorique la première fois, mais le folklore trouve assez vite ses limites. En outre le côté "prêtre qui tourne le dos de temps à autres à l'assemblée", je trouve ça un peu ridicule, et j'ai pas bien compris l'intérêt d'assister à des trucs qu'on n'entend pas. Il faut dire que mes capacités de concentration sont à peu près nulles et que mon esprit à vite fait de se mettre à penser à la liste des courses sitôt que le prêtre commence à murmurer.

- pour le décorum ? Mis à part que les prêtres ont des ornements sacerdotaux assez canons (ils ressortent les belles broderies, et tout), je déteste toujours autant le chant grégorien (chiant et impossible à écouter - désolée j'ai été élevée à Rameau et Mozart, moi) et l'encens me fait toujours autant éternuer. Aussi, je bénis le prêtre qui s'occupe de la messe en latin, qui limite autant que faire se peut l'usage de l'encens. Allergique, lui aussi, peut-être ?

- pour l'ambiance ? Déjà plus. Dans ma paroisse, la messe en latin, c'est pas pour les douze tradis du quartier, c'est plutôt pour les quinze petits vieux nostalgiques. D'ailleurs, en gros, on est une grosse vingtaine dans l'abside de l'église, peinard dans un coin à l'abri des courants d'air, et les petits vieux sont contents. Et puis en plus, comme on est pas beaucoup, on peut plus facilement causer avec le prêtre à la sortie. Superchouette.



Conclusion : ma propension à la flemme m'a ouvert les yeux sur un point : la messe en latin, c'est pas du tout ce qu'on croit. Et plus précisément, que la messe en latin n'est pas le problème, le problème, c'est ceux qui font la messe, qu'elle soit en français, en latin ou en moldave. Encore plus précisément, que le vrai problème, c'est les imbéciles et les radicaux de tout poil.



Attendez, j'ai pas dit que ma conclusion allait être révolutionnaire, eh.

lundi 14 décembre 2009

Malgré la nuit

Mémoire de st Jean de la Croix, docteur de l'Eglise


Je sais la source qui jaillit et fuit

malgré la nuit.

Cette source éternelle est cachée,
mais moi je sais où elle a sa demeure,
malgré la nuit.
Ne sais son origine, car n'en a point,
mais je sais que d'elle toute origine vient,
malgré la nuit.
Je sais que ne peut être chose si belle,
et que cieux et terre boivent en elle,
malgré la nuit.
Je sais qu'on ne peut en trouver le fond,
et que nul ne peut la passer à gué,
malgré la nuit.
Sa clarté jamais n'est obscurcie,
et je sais que d'elle toute lumière vient,
malgré la nuit.

Je sais que ses cours sont si abondants,
qu'ils irriguent l'enfer, les cieux et les nations,
malgré la nuit.
Le cours qui naît de cette source,
je sais qu'il est aussi vaste et tout puissant,
malgré la nuit.
Le cours qui de ces deux procède,
je sais qu'aucun d'eux ne le précède,
malgré la nuit.
Cette source éternelle est cachée,
en ce pain vivant pour nous donner vie,
malgré la nuit.

Elle appelle là toutes les créatures,
et de cette eau s'abreuvent, quoique dans l'obscur,
car c'est la nuit.

Sa clarté jamais n'est obscurcie,

et je sais que d'elle toute lumière vient,
malgré la nuit.


Jean de la Croix,
Aunque es de noche,
Cantar de la alma que se huelga de conoscer a Dios por fe,
édition bilingue des Poésies Complètes par Bernard Sesé aux Ibériques de José Corti.

samedi 12 décembre 2009

L'Immaculée Conversion


Moi je m'en fiche, c'est celle qui l'a dit qui l'est!
8 décembre - Solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie
Calée par un hasard du calendrier (?) au début de l'Avent, au tout début de l'année liturgique, la solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, que l'Eglise a célébrée mardi, rejoue sur une autre partition le registre de l'attente. Entre l'attente du Christ Roi qui clôt l'année sur une violente perspective eschatologique et l'Avent qui nous conduit à la joyeuse Nativité du Messie, la présence de la Vierge Marie se fait sentir comme un repère rassurant. De l'ombre embrasée de l'Apocalypse à la lumière tremblante de la crèche dans la nuit...
Et pourtant cette solennité, et le dogme qui l'accompagne, ne sont ni faciles à comprendre, ni évidents à accepter. On ne trouve évidemment aucune trace de ce que l'Eglise nous propose aimablement d'avaler comme un "mystère de la foi" dans les écritures. D'ailleurs les textes du jour tournent autour de la nouvelle Eve et de l'Annonciation, entretenant par là le malentendu sur l'Immaculée Conception dont il est question. Le Catéchisme, particulièrement étique sur le sujet, ne nous aide pas vraiment plus (cf. 411). On se retrouve pour ainsi dire bien démuni devant cette grande formule "Immaculée Conception", qui fleure bon la masturbation intellectuelle théologisante, l'apparition à la grotte d'une dame toute blanche dans la boue du ruisseau, et la dévotion puritaine d'une autre époque.
Car en plus d'être démuni il est possible qu'on ne se trouve pas très à l'aise. Immaculée Conception, Vierge conçue sans tache. Sans LA tache, celle du péché originel, vous savez, celui dont on n'entend plus parler, et dont, à vrai dire on n'a plus vraiment envie de parler. Celui dont on ne comprend pas très bien comment il pourrait se justifier, ni d'où il sort, sinon de la culpabilité paternelle théologisée de notre champion de la prédestination, Augustin. Enfin, quand je dis "on", je parle pour moi, il faudra bien que j'assume un jour ce débat... mais le péché originel, on s'en occupera un autre jour.
Pour en revenir à nos moutons, en toute cohérence logique, il semble évident qu'il faille accepter l'idée que, pour porter en elle et tisser en sa chair la chair du Christ préservé du péché, Marie en ait été préservée elle-même. Pourquoi et comment... Mystère. Mais ça n'est pas cette ignorance du pourquoi et du comment qui gêne, ça n'est pas le plus ennuyeux. Ce qui plombe, c'est de ressentir ce dogme comme la sacralisation de la pureté d'une femme désincarnée, d'une sorte de déesse nimbée dominant avec hauteur notre infinie capacité à nous vautrer dans nos taches diverses et variées.
La pureté de la Vierge Marie sauve l'humanité en rendant possible l'Incarnation. Mais le choix de l'évangile de la solennité de l'Immaculée Conception nous rappelle que la pureté ne suffit pas: « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ». Marie a beau être sans tache, elle n'est pas sans avoir son mot à dire. Ce qui importe à Dieu c'est la liberté de l'homme, qu'Il a créé autonome, pour qu'il puisse choisir de se tourner vers Lui. Or la première lecture du jour nous indique que la liberté de Marie, la Vierge toute pure, renvoie à la liberté d'Eve, la première femme, non moins pure... à l'origine. Mais la liberté d'Eve s'est laissée prendre au spectre de sa toute puissance. Celle de Marie se plie à l'autorité divine et en recueille toute la fécondité. Eve et Marie sont les deux archétypes qui se rejoignent dans le visage de l'humanité, perdue et rachetée, ainsi que les deux termes de l'histoire du salut qui est l'histoire d'une conversion.
Eve toute pure avant la première faute, Marie toute pure mais toute libre devant Dieu, on voit bien que la pureté ne suffit pas à nous sauver. L'Immaculée Conception nous renvoie donc à quelque chose d'autre qu'à cette pureté fantasmée qui nous hante. Peut-être nous renvoie-t'elle simplement à notre propre conversion. Dans notre rapport à nous-même, à Dieu et à l'autre, la Vierge pure et l'Eve impure nous questionnent quant au regard de Dieu sur notre nudité. Adam et Eve ayant commis l'irréparable se cachent dans le jardin. "J'ai pris peur parce que je suis nu", avoue le premier homme à Dieu qui le cherche et qui s'étonne: "Qui donc t'a dit que tu étais nu ?". Et nous, qui nous a dit que nous étions nus? Que cachons-nous, parfois sous de si terribles stratagèmes, sous de sinistres oripeaux?
Le péché originel, le début du mensonge, de la honte, de la peur. La fin de la nudité pure et heureuse. La crainte du regard de Dieu et de celui de l'autre, alors qu'Adam et Eve prennent peur devant leur nudité réciproque et se couvrent de vêtements. Se protéger de l'autre, se préserver de Dieu, cacher sa faiblesse et sa vulnérabilité. La nudité parfaitement pure de l'Immaculée Conception nous permet de retrouver cette liberté de se montrer nu et de vivre sous le regard de Dieu sans peur. L'Immaculée Conception nous ouvre à une immaculée conversion. Puisque le baptême nous lave de nos fautes. Puisque nous avons toujours la liberté de nous tourner vers Dieu dans notre nudité pour Lui demander de nous rendre immaculés. Puisque, la deuxième lecture le rappelle, "en Lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard"

dimanche 6 avril 2008

Ostrov - L'île, de Pavel Lounguine

Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice, dans l'angoisse tu m'as mis au large: pitié pour moi, écoute ma prière!
Ps. 4, 2
Pour ce vieil homme, le monde se réduit depuis des années à quelques aller-retours quotidiens. Vers une carcasse de bateau, qu'une passerelle bancale relie à une cahute de pierre effroyablement austère, où brûle un feu infernal. Vers une île, au large de son monastère de cette hallucinante terre de Sibérie. Un décor dostoïeskien pour un film qui se lit comme un grand roman russe, centré sur le péché et la rédemption, tout imprégné de la parole de Dieu, de la beauté du monde, du tragique de l'existence humaine, de la force de la foi, de la constance de l'espérance et de l'infinie miséricorde divine.
Yahvé, ne me châtie pas dans ton courroux, ne me reprends pas dans ta fureur. En moi tes flèches ont pénétré, sur moi ta main s'est abattue, rien d'intact en ma chair sous ta colère, rien de sain dans mes os après ma faute. Mes offenses me dépassent la tête, comme un poids trop pesant pour moi; mes plaies sont puanteur et pourriture à cause de ma folie; ravagé, prostré, à bout, tout le jour, en deuil, je m'agite. Mes reins sont pleins de fièvre, plus rien d'intact en ma chair; brisé, écrasé, à bout, je rugis, tant gronde mon coeur. Seigneur, tout mon désir est devant toi, pour toi mon soupir n'est point caché; le coeur me bat, ma force m'abandonne, et la lumière même de mes yeux. [...] Or, je suis voué à la chute, mon tourment est devant moi sans relâche. Mon offense, oui, je la confesse, je suis anxieux de ma faute.
Ps. 38, 1-11, 18-19
Le péché, le père Anatoli commence à en avoir fait le tour. Il le connaît si bien qu'il y habite chaque jour, depuis des années; depuis ce jour de la "grande guerre patriotique" où les allemands ont pris son bateau et l'ont obligé à tirer sur son capitaine. Il semble n'avoir alors échappé à la mort que pour porter cette faute impardonnable. Il connaît si bien sa faute! Elle se dresse chaque jour devant lui, chaque jour il lutte contre ses démons, dans la fournaise de la chaufferie du monastère dont il a la charge. Qu'il alimente en charbon sur la carcasse de son ancien bateau, échoué. Dans le gel de cette île où chaque jour il va errer, le coeur grondant de douleur, les tempes battant des paroles du psaume, le corps emprunt d'une angoisse terrible.

Yahvé, ne me châtie point dans ta colère, ne me reprends point dans ta fureur. Pitié pour moi, Yahvé, je suis à bout de force, guéris-moi, Yahvé, mes os sont bouleversés, mon âme est toute bouleversée. Mais toi, Yahvé, jusques à quand? Reviens, Yahvé, délivre mon âme, sauve-moi, en raison de ton amour. Car, dans la mort, nul souvenir de toi: dans le shéol, qui te louerait?
Ps. 6, 2-6
Le père Anatoli connaît si bien ses démons, il est si familier dans leur promiscuité terrible, qu'il est capable d'affronter ceux des autres. Affluent à sa cahute malades et inconsolables. Il les accueille avec malice, avec rudesse, il les brusque et les exorcise. Tout comme il malmène ses frères moines! Le royaume de Dieu n'est pas dans la demi-mesure. Thaumaturge, et devin, exorciste, confesseur qui ne réussit pas à recevoir lui-même l'absolution; le père Anatoli est un fol en Christ, magnifiquement incarné par Piotr Mamonov, qui dérange et effraie.
Dieu, crée pour moi un coeur pur, restaure en ma poitrine un esprit ferme; ne me repousse pas loin de ta face, ne m'enlève pas ton esprit de sainteté. Rends-moi la joie de ton salut, assure en moi un esprit magnanime. Aux pécheurs j'enseignerai tes voies, à toi se rendront les égarés. Affranchis-moi du sang, Dieu, Dieu de mon salut, et ma langue acclamera ta justice; Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange.
Ps. 50, 11-17
Magnifiquement construit vers une délivrance finale dont l'intensité est bouleversante, long, lent, contemplatif, irrationnel; on retrouve dans l'Île le caractère extrême des grands personnages de la culture russe - Dostoïevski revient forcément en mémoire. Ce film fonctionne comme un roman russe, mais aussi comme une parabole évangélique qui serait longuement et superbement déployée à partir de deux petites lignes de texte... L'erreur à commettre serait d'en faire une définition de la sainteté, à l'instar des injonctions des évangiles, et de rester choqué devant l'absolu renoncement que demanderait le salut. Il suffit seulement de se laisser habiter par l'image, le visage, le verbe qui s'incarne au fur et à mesure de la trame du récit, et d'en laisser sourdre la voix dans son âme.
Heureux qui est absous de son péché, acquitté de sa faute! Heureux l'homme à qui Yahvé ne compte pas son tort, et dont l'esprit est sans fraude! Je me taisais, et mes os se consumaient à rugir tout le jour; la nuit, le jour, ta main pesait sur moi; mon coeur était changé en un chaume au plein feu de l'été. Ma faute, je te l'ai fait connaître, je n'ai point caché mon tort; j'ai dit: J'irai à Yahvé. Confesser mon péché. Et toi, tu as absous mon tort, pardonné ma faute.
Ps. 32, 1-5