lundi 28 novembre 2011

Ah, les conversations Facebook, ou le café du commerce même pas intello.

Aujourd'hui sur Facebook, Le Jour du Seigneur (que j'ai l'honneur et l'avantage de compter parmi mes amis) publiait une petite niouse sur la place des femmes dans l'Eglise. Ce qui m'a donné le bonheur de lire la prose de quelques messieurs que j'ai autant envie de rencontrer qu'un loup-garou un soir de pleine lune. Je vous laisse apprécier - et non, je ne sais pas faire de captures d'écran. Mais ce n'est pas grave, il y a quand même de quoi se marrer.


Pourquoi les femmes sont elles aussi peu représentées dans les instances d'Eglise? L’Église est elle prête pour l'ordination des femmes? La réponse de Christine Pedotti dans un bonus. Une exclusivité lejourduseigneur.com

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    • Sylvain Lagrange Le jour ou les femmes seront ordonnées je quitterai l’église catholique, déjà que je n'y reste que par amour de Benoit XVI. Je rejoindrai les Orthodoxes! Les femmes ont un travail immense a faire dans l’église mais pas d'être prêtre.
      Il y a 7 heures · · 1
    • Pierro Mendes Je confirme c'est aussi ce que j'allais dire c'est du tout normal
      Il y a 6 heures ·
    • Patrice Le Cavorzin je suis pour que les femmes puissent être prêtres !
      Il y a 6 heures · · 3
    • Sylvain Lagrange Je pense que seul des catholiques pratiquants peuvent avoir une opinion sur ce sujet et sur tout sujets d'église.
      Il y a 5 heures ·
    • Luc Moisan Je pense que les femmes sont très présentes dans l'église (en pastorale, par exemple) mais leur travail n'est pas toujours reconnu à sa juste valeur.
      Il y a 4 heures ·
    • Le Jour du Seigneur Pratiquants ou pas, votre opinion compte! Merci de débattre ici, dans le respect bien entendu.
      Il y a 3 heures ·
    • Gilles Priollet La femme est vénérée dans l'Eglise comme dans aucune autre instance humaine. D'autre part l'égalité ne se décrète pas ; c'est une tentative de mise à niveau politique démagogique car impossible à atteindre, par nature. L'égalité est en droit, donc dans la loi humaine seulement. rendre la femme par contrainte égale de l'homme est une manière de la dégrader, de lui enlever ses qualités pour lui donner des qualités d'homme. Cela n'est ni favorable à son développement ni à l'équilibre de la société. Il suffit pour s'en convaincre de voir ce que font les enfants dans la rue. Il n'est donc pas étonnant dans ce contexte que les tenants du nivellement par le bas veuillent faire des prêtresses contre la Foi de celles qui se dévouent de si belle manière.


Alors notre ami Sylvain, il doit être sincèrement persuadé d'être un type super important. Un peu comme ces parents d'élèves qui vous expliquent que si vous continuez à martyriser leur Choupinet, ils le mettront dans le privé. Mais allez-y, putain, cassez-vous ! Puisque vous êtes mieux que tous les autres, allez faire montre de vos talents ailleurs. Je savoure aussi le commentaire sur "seuls les catholiques pratiquants (pas les faux en plastique, hein) peuvent avoir un avis sur la question".

Bref, un mec modeste et ouvert à la discussion, comme je les aime.

Vous aurez sans doute apprécié l'argumentation "anti-femmes prêtres" à base de phrases toutes faites, sans queue ni tête, probablement lues ça et là dans la presse conservatrice et qui consiste à dire que si tout fout le camp, c'est à cause de ces connasses qui ne font pas ce qu'on leur dit de faire (se la fermer, quoi). Vous aurez appris que si les gosses ne sont pas élevés, c'est bien à cause des bonnes femmes - jamais la faute du père qui n'est jamais, bien sûr, inconsistant voire demeuré.
Et encore, on a échappé au sempiternel "la famille est la cellule de base de la société", ressortie à tout bout de champ à chaque fois.



Pour ma part, je me permets juste de faire remarquer humblement que je n'ai jamais, jamais rencontré quelqu'un qui soit foutu de m'expliquer comment on peut justifier que les femmes ne puissent pas accéder à la prêtrise dans l'Eglise catholique. Non que la question m'empêche de dormir. Non qu'elle soit la seule - à titre personnel, je n'ai pas compris tout un tas de trucs qui ne m'empêchent pas d'aller à la messe le dimanche. Tenez, par exemple, j'ai jamais bien compris le rapport entre le fait de mourir sur une Croix et de sauver l'Humanité et c'est pas faute d'écouter les sermons de Pâques avec moult attention. Après, comme je ne suis pas contrariante, je dis que oui, d'accord, après tout si vous voulez, hein.

Je note seulement que, selon le bon vieil adage "c'est toujours les mêmes qui font tout", on veut bien que les femmes fassent tout dans une paroisse : l'animation des chants, la catéchèse, le ménage, l'administration et le secrétariat. D'ailleurs, dans les milieux un peu tradis sur les bords, il est de bon ton de s'en plaindre : trop de femmes, ça fait fuir le chaland et c'est pour ça que l'Eglise fout le camp depuis Vatican II. C'est donc bien toujours de la faute des femmes, donc. Surtout pas des hommes qui sont probablement trop bien pour faire tout ça.

Alors ? Une femme prêtre, pourquoi cela choque-t-il ? Pourquoi non ? Comment l'expliquer avec des arguments que tout le monde pourrait entendre ? D'ailleurs, les anti-femmes-prêtres se réfugient derrière un vague "ordre voulu par Dieu" aussi fumeux que peu compréhensible.

Si seulement on pouvait discuter.











mardi 22 novembre 2011

En cuisine - le jeu des trucs et des machins (4e épisode)

Voilà un truc que... bah je sais pas ce que c'est. Alors c'est à votre bon coeur pour me donner son utilité, parce que sinon, il va rester inutile au fond de mon tiroir à couverts pour la fin des temps.







lundi 7 novembre 2011

Les trois médecins (mes héros).

J'aime bien lire des blogs de médecins. Il y en a plein d'excellents : Jaddo, Borée, Docmam, Souristine, l'incontournable Martin Winkler, Docteur Milie, mais aussi les autres : sages-femmes (Dix Lunes), vétérinaires (Boules de Fourrure)... Pour tous les goûts, sur tous les tons... cherchez-les sur Google, vous les trouverez sans peine. Et vous passerez un bon moment.

En ce moment, ces blogs se posent tous plus ou moins la question : "qu'est-ce qu'un bon médecin ?". Et ce depuis que Winkler a pondu une liste de billets sur les "médecins maltraitants" - ceux qui vous envoient chier, ceux qui vous balancent une sale remarque, ceux qui ne jugent pas nécessaire de vous examiner, encore moins de vous parler, avant de vous coller une ordonnance de doliprane et d'anti-dépresseurs qui fleure bon le "démerdez-vous et lâchez-moi la grappe".

Il y en a.

Certes.

Je peux même vous raconter l'histoire du connard qui m'a doctement expliqué au téléphone que mon époux avait une "bête gastro" et s'est foutu allègrement de la gueule quand je lui demandais de m'envoyer un médecin parce que bordel, je connais mon mari et je vois bien que ce n'est pas une gastro. Et que c'étaient des coliques néphrétiques.
Je peux aussi vous raconter comment y'a pas moyen de trouver un généraliste à Paris qui vous prenne moins de 50 euros, comment les gynécologues vous font soit un examen avec échographie qui vous est facturé 110 euros, ou alors ne vous font pas d'échographie, facturent leur examen 50 euros mais vous envoient faire une échographie ailleurs "car vous comprenez, hein, madame..." (que vous payerez 65 euros). Ouais.


Ce qui m'inquiète un peu plus, c'est le discours ambiant, qu'on trouve un peu partout, qui consiste à dénigrer systématiquement les médecins, la médecine, l'hôpital et tout ce qui touche de près ou de loin aux médicaments. A en croire ce discours, on devrait se contenter de l'acupuncture, des huiles essentielles et des tisanes aux plantes.
J'entends ainsi beaucoup de jeunes femmes enceintes qui chouinent que leur médecin "les fait culpabiliser" parce qu'il a eu le malheur de leur faire remarquer que fallait peut-être y aller mollo sur la prise de kilos pendant la grossesse. Bien sûr, ce n'est pas de leur faute, c'est qu'on les fait "culpabiliser". Pareil pour celles à qui l'on explique que la clope et l'alcool, va falloir arrêter pendant les neuf mois à venir. Et je ne parle pas de celles qui réclament à cor et à cri "un accouchement respecté" et (pour les plus atteintes) qui militent activement contre l'accompagnement médicalisé de la grossesse.

Je m'excuse mais cela s'appelle cracher dans la soupe. Qui est chaude et faite maison avec des tas de beurre et de fromage. Bref, avoir un comportement de sale gosse pourri gâté.

Pour me faire un peu mieux comprendre, j'aimerais partir d'un truc qui n'a rien à voir. Voyez-vous, il y a un musée à Péronne, l'Historial de la Grande Guerre (celle de 14-18, donc), où l'on vous propose de "revivre les tranchées". En gros, vous passez dans un genre de tunnel où il fait tout noir, et puis y'a du bruit d'explosions et le sol tremble. Bah voilà c'est les tranchées.
Or, pour revivre les tranchées, il faudrait ajouter l'odeur de pisse et de diarrhée, vous faire asseoir et supporter les rats qui vous passent dessus, et surtout, surtout, vous faire vraiment risquer de mourir à tout moment. La mort pour de vrai.
La guerre, c'est cela.


Ces femmes qui veulent un "accouchement respecté", ces écolos qui ne jurent que par la médecine chinoise, veulent faire naturel, authentique, tout ça. Mais comme le beurre c'est mieux avec l'argent du beurre, il faudrait en plus que ce soit sans risques. Et que donc, on se plie à leurs moindres désirs. Bref, un accouchement naturel, une médecine naturelle, mais sans avoir à en supporter les conséquences - sinon vous comprenez, vous allez les faire culpabiliser.

(Et pourtant, les Chinois eux-mêmes, ils ne sont pas aussi tarés : en cas de cancer, c'est pas de l'acupuncture, qu'ils font, c'est de la chimio, comme tous les gens normalement constitués).

Ce doit être parce que j'ai passé trop de temps à lire des registres paroissiaux où les femmes meurent en couches (et le mioche avec) que j'ai tendance à trouver que "l'accouchement respecté", à force d'être chanté sur tous les tons, ça mérite des baffes. Que la critique du corps médical en général, c'est un peu trop facile. Et énervant.


Et pour terminer, je voudrais juste dire que j'en suis à mon troisième médecin traitant, déménagement oblige, mais que je les remercie tous les trois du fond du coeur.



Merci à toi, médecin de famille de mes jeunes années, qui a soigné mes parents, mes soeurs et moi-même, qui savait être alarmiste quand il le fallait (et il a fallu, parfois). Qui savais nous écouter et qui me tutoie encore.

Merci à vous, cher docteur B., mon toubib parisien, qui preniez le temps de m'écouter pendant les trois années où ça n'allait pas fort avec mes allergies, mes terribles migraines à répétition, mes bronchites et mon inaptitude à dormir plus de deux heures d'affilée - et ma légère tendance hypocondriaque. Merci à vous d'avoir supporté mes demandes de rendez-vous alors que bordel j'aurais pu me soigner avec un doliprane mais que j'allais mieux rien qu'en allant au cabinet. Remerciez par la même occasion de ma part votre secrétaire si gentille qui tapait la discute aux patients dans la salle d'attente, et que ça aussi, ça faisait du bien.

Merci à vous, notre actuel médecin, cher docteur de la ville de banlieue, qui vous occupez de mon matricule depuis quelques mois (depuis ma superbe grippe de l'hiver dernier). Qui avez un vrai talent de pédagogue, laissez les gens parler et savez rassurer l'hypocondriaque qui sommeille toujours en moi.

mercredi 2 novembre 2011

En cuisine - le jeu des trucs et des machins (3e épisode, la solution))


L'objet d'il y a deux jours était donc un "instrument aux usages multiples, pour décorer les radis et pour couper en dents de scie les moitiés d'orange, etc".

Comme je n'avais chez moi ni radis ni moitié d'orange, je vous ai mis les délicates illustrations de la boîte. Dans le plus pur style années 70 - car la bestiole nous vient tout droit du fond de la nuit des temps - c'est-à-dire de la RFA, c'est vous dire.
Preuve à l'appui : c'est écrit en chleuh dessus, "made in Western Germany".









On apprend ainsi que dans l'Allemagne occidentale des années 70, on bouffait des olives aux poivrons en salade dans des oranges.
J'ai toujours dit qu'ils étaient pas nets, outre-Rhin.



lundi 31 octobre 2011

En cuisine - le jeu des trucs et des machins (3e épisode)






Alors, la question rituelle : qu'est-ce que c'est que ce machin ?

Cette fois-ci, je connais la réponse, en plus.

Mais j'aime autant préciser que je ne m'en suis jamais servie. Parce qu'il faut bien dire une chose, il faut être un grand malade pour utiliser ce genre de trucs dans sa cuisine.

lundi 10 octobre 2011

La fameuse baisse du niveau... vue de la fac.


Toutes les semaines que Dieu fait depuis quatre ans, j'ai l'honneur et l'avantage d'aller enseigner la bonne parole à des élèves plutôt faciles à vivre, car contrairement à mes collègues du secondaire, ils ont non seulement dépassé la puberté, mais de plus, les emmerdeurs patentés ont pris l'habitude délectable de ne pas venir en cours - ce qui économise les nerfs de tout le monde.

On l'aura compris, ce sont des élèves de fac, niveau master, et des élèves de prépa titulaires d'un master qui préparent des concours de l'administration (c'est pas prépa HEC, quoi).

Oui, je suis une sale privilégiée - et en plus je suis payée par vos impôts, ça vous énerve, hein ? Mais ce n'est pas le sujet.


On parle beaucoup de la "baisse du niveau des élèves", accusant la fameuse méthode globale d'apprentissage de la lecture, les salauds de profs gauchistes (payés par vos impôts, je vous le rappelle), la baisse du nombre d'heure de cours, le peu qui reste étant envahi par les cours de politiquement correct (appelé " éducation à la citoyenneté") et de leçons de vie (appelées "éducation à la citoyenneté" et couvrant des disciplines aussi variées que "le tri sélectif à la maison", "manger 5 fruits et légumes par jour" ou "le respect dans le métro").
Malgré tout, je connais plein d'enseignants du primaire qui continuent de faire un boulot admirable et je vois bien que mes neveux, par exemple, reçoivent une véritable instruction à l'école.


Mais alors, la fameuse "baisse du niveau" ? Comment on la voit ? Comment ça se traduit ? Pourquoi on SAIT que ça existe ?

Mon expérience de la fac d'histoire est probablement une manière d'appréhender les choses par le petit bout de la lorgnette, mais c'est assez révélateur des deux visages de la "baisse du niveau".

Tout d'abord, il y a la baisse générale de la culture générale chez les étudiants. Quelques exemples en vrac :

- les fautes d'orthographe se sont mises à pulluler dans les copies. Plus inquiétant, les professeurs qui préparent aux concours de l'enseignement constatent que prétendent au CAPES et à l'agrégation des étudiants qui sont fichus de faire une vingtaine de fautes d'orthographe par page.

- en histoire, la plupart des lycéens n'ayant pas fait de latin (et encore moins de grec) au lycée se retrouvent complètement largués en histoire antique et médiévale. Plus inquiétant, ils s'indignent lorsqu'un professeur refuse de les lancer sur un master en histoire médiévale alors qu'ils ne maîtrisent pas cette langue quasi omniprésente au Moyen-âge. Un ami m'a raconté s'être fait harceler par un étudiant qui ne comprenait pas qu'on lui refuse de faire un master en histoire byzantine alors qu'il n'avait jamais fait de grec. Quand on voit comment Sylvain Gougenheim, historien pourtant brillant, s'est couvert de ridicule avec son Aristote au Mont Saint Michel, qui voulait traiter du passage de la culture grecque via les espaces musulmans alors qu'il ne connaît pas l'arabe, on se dit qu'un néophyte latinisant ne peut que très difficilement réussir la gageure de travailler sur des sources latines alors qu'il n'arrive pas à les lire.
Les plus motivés s'y mettent pour leurs études. Mais la plupart du temps, c'est "trop tard" : il est en effet difficile d'apprendre une langue quand on est déjà en train de faire autre chose de prenant.


- dans les plus petites choses, je citerais en vrac l'absence totale de culture géographique (chaque année, de l'affaire, je dois exiger qu'ils apprennent par coeur la carte de France des départements, préfectures et sous-préfectures). En histoire, j'ai vu les étudiants connaître de moins en moins bien les chiffres romain, puis ne plus les connaître du tout : la plupart de mes masters ne savent pas lire une date en chiffres romains - et pire, n'identifient même pas qu'il s'agit de chiffres romains : ils voient un X, un L, un V et des I mais n'ont pas la moindre idée de ce dont il s'agit.
Je précise que j'enseigne dans un établissement parisien réputé, dit "de l'élite". Pas au fin fond de la Mongolie inférieure.

- beaucoup d'élèves justifient leur paresse intellectuelle avec une mauvaise foi stupéfiante : je n'entre jamais dans les églises/je n'ai pas lu la Bible parce que je suis athée (vécu par la Souris des ARchives), je n'ai jamais lu Céline parce que c'est un facho, je n'ai lu que Reynald Sécher sur la Révolution française parce que ça fait deux siècles que la République nous ment à ce sujet (et que mon grand-père est de La Roche sur Yon, même que si ça se trouve j'ai des tas d'ancêtres chouans).


Le second versant, c'est l'absence totale de responsabilité des étudiants. Ces derniers revendiquent hautement qu'ils ne sont "plus des élèves" (certes) mais exigent un travail prémâché, avec le moins de contraintes possibles.

- évidemment, il faut fliquer les travaux donnés à la maison (ramasser au hasard trois cahiers et menacer d'un zéro qui compte dans la moyenne si le travail n'est pas fait - oui, comme en sixième). Pour cela, encore, je peux comprendre, c'est humain.

- plus grave, on voit apparaître des étudiants qui n'ont "pas le temps de travailler". La Souris des Archives en avait déjà parlé. Il y a encore quatre ans, on n'avait jamais droit à cette excuse, mais depuis, ça devient récurrent. Elèves n'ayant pas fait leur travail - un exposé, en général - se pointant les mains dans les poches en cours, tranquillou-bilou, et qui n'ont même pas la présence d'esprit de s'inventer une excuse. Ils n'ont "pas le temps".

- il faut régulièrement rappeler aux élèves l'opportunité de prendre des notes en cours. Mais pour beaucoup, "c'est dur, madame". On aboutit parfois à des dialogues qui frisent l'ubuesque :
"- Madame, vous allez donner le poly de votre cours ?
- (et pourquoi pas cent balles et un mars aussi ?) Non, je regrette, je ne donne pas le poly du cours, seulement le powerpoint avec les images et le plan.
- Mais madame, pourquoi vous ne nous le donnez pas ?
- Parce que je préfère que vous preniez des notes, et qu'en outre mon cours n'est pas rédigé entièrement, il y a trop d'abréviations et d'allusions, cela ne vous serait pas pratique (mais au fond pourquoi je me justifie, bordel ?).
- Mais même avec des abréviations, on voudrait bien l'avoir, votre poly, nous !
- Non, je vous ai dit que je ne comptais pas vous le donner, je ne souhaite pas qu'il termine diffusé et photocopié à grande échelle (c'est pas que j'estime haut ma renommée professorale, mais on ne sait jamais).
- Oui mais alors, on va devoir tout prendre en notes ?
-Euh... oui".
(soupirs exaspérés des élèves).

- de plus en plus d'élèves n'ont pas validé le master II qu'ils avaient pourtant entamé. Motif ? "pas le temps" mais surtout "vous comprenez, madame, je n'ai pas réussi à l'écrire".
Là, il est temps de s'étrangler.
En effet, il est notoire que pour peu que vous rendiez une centaine de pages correctement écrites avec un plan plus ou moins élaboré, on vous refile votre master II. C'est-à-dire qu'on vous mettra 10 afin que vous foutiez le camp des bancs de la fac (et du bureau de votre directeur de master qui n'a pas que ça à faire), vous n'aurez pas de mention (ce qui n'est pas génial à mettre sur un cv) mais vous pourrez au moins attester d'un bac+5, ce qui est le minimum en sciences humaines - de fait, déjà que c'est pas facile de trouver un boulot autre que prof avec un cursus en sciences humaines, essayez avec une simple licence ou un master I, qu'un rigole.

Ce qui veut dire, quand ils n'ont pas validé leur master, qu'ils n'ont tout simplement jamais réussi une seule fois en une année universitaire, à coller leur cul sur une chaise pendant deux heures d'affilée pour pondre un mémoire structuré - ça promet pour quand ils auront un boulot, s'ils en trouvent un.

Ce qui est triste, dans tout ça, c'est que ces élèves se lancent dans des masters II, avec une bourse ou le fric de papamaman, et n'en font rien. Une année de perdue pour des clous. Ils se rendent bien compte que c'est en partie de leur faute mais n'en déploient pas moins des trésors de mauvaise foi pour se justifier ("mais moi madame, je suis plutôt dans l'oralité, l'écrit c'est pas mon truc"). Quand vous devez leur expliquer que passer un concours quand on a des problèmes à l'écrit, ça risque de coincer. Ils se mettent à flipper à mort car au fur et à mesure de vos cours, ils sentent bien l'étendue de leurs propres lacunes.
Mais comme la paresse est une habitude qui leur est bien chevillée au corps, l'aiguillon ne suffit plus. Ils commencent à être opportunément malades les jours de devoirs. Des gastros terribles les prennent pile la semaine où ils doivent passer un oral, et se pointent avec le certificat médical qui va bien pour vous expliquer qu'ils n'ont malheureusement pas eu le temps de réviser.
Certains vont même jusqu'à vous envoyer un mail la veille du devoir pour vous expliquer qu'ils n'auront pas le temps de venir à l'examen, et que si vous pouvez leur mettre une "note factice", ça les arrangerait beaucoup (ne rigolez pas, c'est vraiment arrivé).
Et enfin, pour ceux qui viennent se coltiner le devoir sur table, au moment du rendu de notes, il n'est pas rare de voir des élèves tomber de l'armoire lorsqu'ils constatent que vous avez eu la méchanceté de leur coller la note qu'ils méritent quand c'est mauvais.

L'avantage, c'est que pour le moment, on n'a pas encore les parents qui viennent se plaindre du châtiment de tortionnaires qu'on a fait subir à leur pauvre choupinet. Sans vouloir être pessimiste, je ne serais pas étonnée si on commençait à en voir d'ici quelques années.


Avec tout ça, on nous demande de "faire des choses utiles" à la fac. De fait, lorsqu'on récupère des premières années en histoire, il faut leur dire que malheureusement pour eux, tous ne seront pas Emmanuel Le Roy Ladurie. D'abord parce qu'il n'y a pas assez de places pour tout le monde, et ensuite parce que tout le monde n'a pas les capacités d'Emmanuel Le Roy Ladurie (oh, mettez Jean Tulard, si vous n'aimez pas Emmanuel Le Roy Ladurie).

On nous a aussi inventé le "plan licence", formidable machine à faire du rien. Je ne développe pas, allez plutôt lire la Souris des Archives (oui oui, encore) là-dessus.

Bref, la situation est claire : au lieu de vouloir que la fac soit le lieu de l'excellence, on veut qu'elle soit le lieu du consommable et du pratique.

On se fout de notre gueule, si vous voulez.




mercredi 5 octobre 2011

Wake me up before you go.

L'Epoux est trop bon. Il se lève avant moi et fait l'impossible pour ne pas (trop) me réveiller. Avant de partir, il m'embrasse et me souhaite une bonne journée alors que je suis encore plus proche des limbes de la couette que des réalités du monde du travail de tous les jours.

Et pourtant, il devrait m'arracher du lit comme on arrache un poireau. Parce que sinon, voilà comment ma journée se passe - une journée hautement productive comme on va le voir.

8h10 : l'Epoux quitte le domicile conjugal. Nous nous souhaitons bonne journée.

8h25 : Oh, ça va, j'ai le temps, je peux bien encore pioncer...

9h25 : Ah ben tiens, j'ai bien eu le temps de pioncer.

9h28 : Petit déjeuner. Dinosaurus, jus d'orange, thé - consultation de blogs et divers journaux.

10h00 : tiens, j'ai passé bien du temps pour manger six Dinosaurus. C'est pas brillant.

10h02 : tiens, j'ai pas consulté tous mes blogs favoris. Et puis, hein, de toute façon, je vais travailler à la maison (puisque j'ai raté ma réservation BNF et qu'à cette heure, c'est plus la peine d'y aller, y'a plus de places).

10h32 : douche ? Tiens, je peux me faire un masque aujourd'hui puisque j'ai le temps (et que je vais pas à la BNF)

11h00 : fin de la douche. Faudrait se mettre à bosser - j'ai des tas de contrats de mariage à finir de collationner et un inventaire après-décès à transcrire.

11h02 : encore mieux, je pourrais faire du repassage. En écoutant de la musique ou encore mieux de chez mieux, mater un épisode de Faites entrer l'accusé en streaming.

11h45 : fin du repassage. Un peu de boulot avant de préparer mon repas de midi ? Mais il y a la poubelle des plastiques à descendre (notez que toutes les compromissions sont bonnes pour ne pas avoir à bosser).

12h00 : j'avais une lessive de clair à lancer. Je la lance.

12h12 : (à midi 12, j'ai toujours faim et toute ma considération à celui qui trouve l'origine de cette citation, l'Epoux étant hors jeu car c'est trop facile sinon) il est temps de manger. Et puis j'ai la fin de mon épisode de Faites entrer l'accusé à regarder.

13h : fin du repas. Digestion - tisane et blogs (y'a sûrement des trucs qui ont été actualisés). Sieste.

14h : il faudrait se mettre à la thèse mais d'abord, étendre le linge.

14h15 : puisque j'ai encore de la place sur le fil à linge, ce serait pas mal que je lance une autre lessive. Dont acte.

14h36 : passer l'aspirateur. Très important de passer l'aspirateur, on est mercredi.

14h55 : Et si je me mettais au boulot ? Mais un coup de fil opportun de l'Epoux me rappelle que j'ai un coup de fil ultra urgent à passer au rectorat (et un autre auprès de l'enfoiré de chauffagiste qui nous a fait une chaudière pas aux normes).

15h15 : je suis mise sur attente par le secrétariat du rectorat. Depuis vingt minutes, donc. Puis me fait raccrocher au nez. Le chauffagiste m'envoie paître.

15h30 : appeler l'Epoux pour lui demander de me préparer un recommandé bien sanglant pour régler son compte à l'affreux chauffagiste.

15h37 : aller chercher le courrier, ça me fera toujours faire un peu de sport.

15h45 : plus rien à faire, il va falloir se mettre à travailler. Je commence en soupirant à collationner des contrats de mariage.

15h47 : le chauffagiste me rappelle pour me dire qu'il va procéder à la mise aux normes que je réclamais à cor et à cri. Gratos.

15h49 : j'appelle l'Epoux pour lui signifier avec allégresse cette victoire remportée haut la main. L'Epoux s'en fout, il est sur répondeur. L'ingrat (mais il bosse, lui).

15h53 : je recommence à collationner des contrats de mariage.

17h00 : j'ai bien travaillé je trouve. Je m'auto-congratule.

18h30 : l'Epoux rentrant bientôt, il va être temps de faire à becqueter. (Je signale aux féministes prêtes à me tomber sur le râble à coup de batte de base-ball que oui, j'aime que l'Epoux trouve un repas prêt en rentrant (mais c'est que sinon, il a faim et il mange des chips. Et ça m'énerve. Alors comme c'est mauvais pour les artères de s'énerver, je préfère qu'il mange un vrai bon repas, et en plus après il dit merci, alors j'aime bien (je signale aux machos prêts à me tomber sur le râble à coup de batte de base-ball que oui, je sais, j'ai une tendance certaine à faire suer mon pauvre mari. Je SAIS. Mais il est assez grand pour se plaindre tout seul (et d'ailleurs il ne s'est jamais plaint de ma bouffe, alors)))).

19h30 : l'Epoux est rentré, on mange. Et sauf cas exceptionnel, je ne travaille jamais le soir et le week-end (faut pas déconner, est-ce que mes camarades bossant dans le privé le font ? Non ? alors).


Voilà donc une journée hautement productive.

Alors la prochaine fois, Chéri, réveille-moi. Pitié. Envoie ta feignasse de femme au turbin. Qu'elle ne te laisse pas trimer seul pour gagner notre croûte.






En fait, cet article n'est destiné qu'à justifier mon envie de partager avec mon aimable lectorat mon goût pour l'oeuvre chanté de George Michael (période jeune). Ouais.

Et aussi de faire suer ceux qui se roulent par terre quand ils apprennent que certains sont payés par l'Etat pour faire leur thèse Voyez comment je glande grâce à vos beaux impôts. Haha. Vengeance.

(il va de soi que toutes mes journées sont strictement identiques. Et qu'il ne m'arrive jamais de terminer sur les rotules une journée BNF).