vendredi 26 août 2011

Sexisme à deux balles ou bêtise confondante ?


Les gens sont tout de même assez peu fins. Même des gens gentils, sympas comme tout, qui veulent avoir un bon mot pour vous faire sourire et se trouvent agréables, peuvent avoir un don spécial pour sortir d'énormes conneries.

Par exemple, n'avez-vous pas remarqué un phénomène étrange ? Lorsqu'une femme relativement jeune et sans enfants prend dans les bras le mioche nouveau-né d'une amie, et ce quelle que soit la raison (permettre à la copine de boire son thé tranquille ou juste le prendre parce qu'on aime bien les mioches), on entend le mec d'icelle prendre un air désolé et dire au mec de la première "ah bah maintenant, tu vas être obligé de lui en faire un, hein, elle va réclamer".
Et là, mis à part traiter le mec de gros connard de macho (et accessoirement vous fâcher à mort avec les amis en question, ce qui n'est pas forcément le but lorsque ces gens vous invitent chez eux), que voulez-vous faire ?

Lui expliquer patiemment que femme ne signifie pas forcément hystérique ? Qu'une fille peut fonctionner autrement que sur le mode "je vois-je veux", qu'il s'agisse d'une paire de chaussures ou d'un enfant ? Que les femmes peuvent aussi savoir raisonner et gérer toutes seules comme des grandes la question du désir d'enfants et la possibilité d'en faire ?

Lui faire remarquer que si c'est la raison pour laquelle lui-même s'est reproduit, c'est bien dommage pour lui ? Que la conception d'enfants dépasse probablement la simple notion de coup de bite destiné à combler le caprice de Madame un samedi soir après avoir pris dans ses bras le mioche de sa copine ? Qu'un homme aussi peut désirer d'être père ?

Pire encore, la réflexion peut venir aussi (mais moins souvent) de la fille.


Mais qu'ils sont cons. Mais qu'ils sont cons.






jeudi 25 août 2011

(non-billet)




Ah, si la politique m'intéressait, si je lisais avec soin le Courrier international et le Monde diplo... ce serait chouette, parce que j'aurais pu faire un billet sur la Libye et la déconfiture de Khadafi. Malheureusement, ce ne sera pas le cas.

Et c'est fort dommage, parce que j'avais trouvé un magnifique titre.


"Tripoli pour être honnête".



Mais comme je n'ai rien à mettre sous cet intitulé, je me contente de vous livrer ce jeu de mot pourri de mon cru personnel, dont je suis extrêmement fière vu que je me fais moi-même rigoler avec.

Vous en ferez ce que vous voudrez.




jeudi 11 août 2011

Paris révolutionnaire, 2. La rue des Colonnes.




Il y a peu d'exemples d'architecture révolutionnaire en France. D'abord pour une raison toute simple : on avait d'autres chats à fouetter. On ne peut pas toujours tout faire, démonter la Bastille d'un côté, pondre la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, courir après les prêtres réfractaires, et construire des trucs.
Donc on s'est plutôt attachés à investir les lieux déjà existant. C'était bien pratique, avec tous ces nobles émigrés, ça faisait de la place.
Et puis après la Révolution, pensez bien qu'on s'est attaché à vandaliser comme des perdus les rares souvenirs architecturaux de cette époque.

Si vous voulez voir de l'architecture révolutionnaire, il y en a quand même un peu. Le monument Sec, par exemple, à Aix en Provence : il faut sortir un peu du centre-ville mais c'est à cinq minutes de la cathédrale (et à deux minutes du parking où vous vous garez pour aller à la cathédrale) alors au lieu de chercher à acheter des places de festival hors de prix, allez plutôt visiter le monument Sec. Vous m'en direz des nouvelles.
Et pour ceux qui n'auront pas l'occasion d'aller à Aix pendant les vingt prochaines années, voilà de quoi satisfaire votre curiosité intellectuelle : ici.


L'autre exemple, qui est celui dont j'étais partie pour vous causer, est la rue des Colonnes, à Paris, deuxième arrondissement. Il faut être au courant mais si vous êtes comme moi un compulsif des panneaux marron de la mairie de Paris (qui vous informe aimablement des curiosités au fil des rues), vous apprendrez que cette petite rue entre les stations de métro Quatre Septembre et Bourse, eh bien, c'est l'un des rares restes architecturaux de la Révolution.

C'est une jolie rue bordée d'arcades avec un décor antiquisant mais qui fait plus temple d'Abou Simbel que chapiteau corinthien. Jugez plutôt (les photos ne sont pas de moi, j'ai perdu les miennes. Moi au moins j'avais réussi à cadrer un truc potable. Mais eux, il savent garder les photos, alors...)




En fait, les colonnes à palmettes sont censées être inspirées du temple de Paestum. C'était du moins l'idée de Nicolas Jacques Antoine Vestier, l'architecte qui dirigea d'abord le chantier.

Pourquoi une rue à colonnes ? D'abord parce que les colonnes, ça fait antique, et qu'au moment de la Révolution, tout ce qui est antique est trendy. Ensuite, il s'agissait tout simplement de mêler efficacement habitant et commerce, histoire que les gens pussent faire leur shopping sans être trempés. Comme on l'avait déjà fait place des Vosges ou dans les galeries du Palais-Royal. Cela se faisait déjà aussi très bien en Italie du Nord, par exemple. Par la suite, l'idée a fait son petit chemin et a abouti, à Paris, à la rue de Rivoli, mais aussi plus tard à la floraison de passages couverts dans le Paris du XIXe siècle. L'idée est d'avoir des commerces au rez-de-chaussée, et un habitat bourgeois à l'étage avec tout le confort qu'on pouvait rêver à l'époque : dans chaque immeuble, un appartement différent à chaque étage, séparé, avec cuisine, cabinet de toilette, garde-robe, internet par fibre optique, salon et chambre. Le premier étage est l'étage noble avec une pièce supplémentaire qui sert de salle à manger. Cette pièce supplémentaire a été obtenue en plaçant la cuisine dans l'entresol.

Le chantier qui ne fut pas de tout repos. Entre condamnations à mort d'un des entrepreneurs, un autre qui a dû se faire discret pour éviter de passer au rasoir national, et les ennuis financiers des investisseurs, les rebondissements sont nombreux. Les détails sont extrêmement bien racontés sur la page wikipedia à laquelle je vous renvoie car l'article y est à ma foi tout à fait convenable : ici.


La rue des Colonnes a souffert par la suite de l'haussmanisation de Paris : mutilée par le percement de la rue de la Bourse puis celle du Quatre Septembre, il a été question de la reconstruire à l'identique au moment du Bicentenaire de la Révolution. Le projet dort encore dans les cartons de la Marie de Paris et des Monuments historiques, avec d'autres projets farfelus : la reconstruction du palais des Tuileries, celle du château de Saint Cloud... Après tout, il est toujours permis de rêver !




mercredi 3 août 2011

Une femme de la Renaissance (tag d'Euterpe)

(voir le tag lancé par Euterpe !)





Si je devais choisir une femme de la Renaissance, je choisirais Isabelle Claire Eugénie d'Autriche, infante d'Espagne. D'abord parce que l'Espagne est la mal-aimée de l'histoire moderne, systématiquement taxée de bigoterie, assaisonnée de tas de vilains inquisiteurs tout chauves et tout crasseux, d'autodafés de juifs et de morisques à tous les coins de rues, et de cohortes de malheureux gens supposément frustrés par les susnommés vilains inquisiteurs. Et moi, j'aime bien l'Espagne du Siècle d'Or.

D'ailleurs, c'est facile de reconnaître les Espagnols dans les fictions et docus-fictions historiques : c'est ceux en noir, chauves à l'air très très vilain. Et ils veulent brûler tout le monde.

Parmi les Espagnols, il y en a un qui remporte la palme du gros vilain, c'est Philippe II, roi d'Espagne de 1556 à 1598. Dans les films, il fait toujours très peur. Alors que pourtant, même si le bonhomme n'a pas toujours l'air guilleret sur ses portraits, il n'y a pas non plus de quoi s'effrayer.

C'est peut-être lié à son chapeau ?

Pour ma part, j'ai une grande sympathie pour Philippe II - un peu moins pour son système de gestion des finances de l'Etat (= la banqueroute permanente, mais rien n'est parfait en ce bas monde). Si un jour vous avez comme moi l'heur de visiter 1 le Prado à Madrid et 2 l'Escurial à quarante bornes de Madrid, vous comprendrez sûrement mieux l'essence de ce grand roi, mécène éclairé (chez lui, il y avait aussi bien du Jérôme Bosch que du Greco), croyant sincère, politique rusé mais aussi homme d'une grande complexité, bon père de famille, époux aimant, ami affectionné pour les rares qui lui étaient vraiment proches.

Comme je vous le disais, il n'a pas non plus l'air spécifiquement marrant.
La légende veut qu'il n'ait ri qu'une fois dans sa vie.
En apprenant le massacre de la Saint Barthélemy.


(sans déconner : il faut avoir visité l'Escurial une fois dans sa vie.)



Philippe II n'a pas eu de chance dans sa vie matrimoniale : marié une première fois, il eu pour fils le fameux Don Carlos (celui de l'opéra de Verdi), puis il s'est marié une seconde fois, un peu pour la déconne, avec la reine d'Angleterre Marie Tudor. La troisième fois, avec Elisabeth de Valois, qui avait bien vingt ans de moins que lui et qu'il aima sincèrement. Lorsqu'elle mourut, elle lui laissa deux filles dont l'une est celle qui m'intéresse, Isabelle Claire Eugénie, née en 1566. (Ensuite, il s'est encore marié une quatrième fois, histoire d'avoir enfin un héritier : ce qui a fini par marcher).

Isabelle Claire Eugénie et Catherine Michèle, infantes d'Espagne.
Par Sofonisba Anguissola.



L'autre raison qui me fait aimer Philippe II, c'est que dans sa sagesse, il savait déceler l'intelligence chez les gens. C'est la raison pour laquelle il préféra toujours ses deux filles issues de son troisième mariage. La naissance de l'aînée, Isabelle Claire Eugénie, lui causa dit-on une grande joie, plus encore que s'il lui était venu un fils. L'affection qu'il porta à sa fille et à la soeur d'icelle, Catherine Michèle, ne se démentit jamais au fil des années.

Catherine Michèle, la petite soeur.
Par Sofonisba Anguissola (1577)
Mais vous avez VU ce portrait ? Ces yeux ?

Philippe II aimait la compagnie de ses filles au point de les garder avec lui pendant ses séances de travail. Plus tard, elles se mirent à l'assister en lui traduisant des documents - car il leur fit donner une excellente éducation. Chose qu'il ne permettait pas à ses fils (qu'il prenait pour des imbéciles, et apparemment, il n'avait pas tort).

Philippe II avait de grandes ambitions pour ses filles : ainsi il manoeuvra pour pousser Isabelle Claire Eugénie sur le trône de France à la place d'Henri IV. Ce qui ne fonctionna pas (c'est là qu'on ressortit la fameuse loi Salique, vous savez, celle qui excite encore tant les royalistes d'aujourd'hui), mais cela nous montre surtout que pour Philippe II, c'était pensable et envisageable. Donc qu'il était probablement drôlement moins macho que ses contemporains.

Isabelle Claire Eugénie par Juan de la Cruz, en 1599.
L'étoffe d'une reine : elle est représentée debout.



Isabelle Claire Eugénie dut renoncer au trône de France, mais fit néanmoins une belle carrière. On lui fit épouser en 1599 son cousin Albert d'Autriche et son père la nomma gouverneur des Pays Bas espagnols. Avec pour mission de pacifier la région, en grand chambardement politico religieux depuis alors trente ans. Il y avait une feinte derrière ce mariage : Albert était nommé gouverneur des Pays-Bas alors en pleine révolte et soutenus par la France et l'Angleterre. Le conflit avait plus ou moins pris fin avec la paix de Vervins et Philippe II avait choisi d'octroyer leur indépendance aux Pays-Bas avec à leur tête Albert lequel est marié à Isabelle-Eugénie, sa fille aînée qui apporter à son mari, par sa dot, les Pays-Bas. Or une clause du traité de Vervins précise que si le couple venait à s'éteindre sans descendance, les Pays-Bas redeviendraient possession espagnole. Or, il était assez vraisemblable qu'Albert était incapable d'engendrer, et Isabelle Claire Eugénie étant alors âgée de trente-trois ans, fallait pas rêver... Cette indépendance généreusement octroyée n'est qu'un tour de passe-passe politique permettant aux Pays-Bas de retrouver la paix avant de retourner à la couronne espagnole (vous avez vu comme c'est chouette la politique ?).

Ce fut néanmoins un mariage heureux et redoutablement efficace, qui rétablit la paix dans la région, réforme la justice, développe l'économie, en suscitant des grands travaux (en particulier) l'assèchement des marécages à la frontière de l'actuelle Flandre orientale et de la France. Ils installent leur cour à Bruxelles et s'entourent d'artistes, Brueghel ou Rubens. La mort d’Albert survient en 1621 mais n'empêche pas Isabelle Claire Eugénie de rester comme seule gouvernante des Pays Bas espagnols. Veuve éplorée, elle prend alors l'habit de Clarisse et continue de diriger la région d'une main de fer dans un gant de velours.

Isabelle Claire Eugénie en habit de clarisse.
D'après Rubens.

Elle meurt en 1633 : c'est la fin d'une période de calme et d'essor pour les Pays Bas Espagnols, qui ne se calmeront de nouveau qu'en 1648, lors des traités de Westphalie.





lundi 1 août 2011

L'énervement du lundi.


Au risque de me faire lyncher par nombre de mes petits camarades, j'avouerai ici haut et fort que s'il y a bien un chanteur dont je ne supporte plus l'encensement régulier, c'est bien Brassens.

"un antimilitariste convaincu" : position très originale après la guerre de 39-45, cela va de soi.

"contre la peine de mort" : euh, oui, "Gare au gorille"... certes. Victor Hugo, lui, a fait Le Dernier Jour d'un condamné. Pas tout à fait le même calibre.

"la non-demande en mariage" : "ah mais tu comprends, c'est magnifique, il était tellement contre l'autorité patriarcale du mariage qu'il n'a jamais épousé sa femme". - "bah non c'était justement pas sa femme" - "oui enfin sa compagne" - "c'était pas sa compagne non plus, ils ne cohabitaient pas" - "oui bon son amour, quoi" - "ouais... ou alors tu considères comme moi que c'était juste un mufle qui voulait bien baiser de temps à autres avec sa gonzesse, mais surtout pas s'embarasser d'elle". - "...".

"contre la bourgeoisie bien-pensante" : "tous ceux qui ne se roulent pas de grosses galoches sur les bancs publics, c'est rien que des vilains frustrés, et toc".


Brassens, c'est un peu comme Coluche : ils n'ont jamais fait que taper sur des sujets sur lesquels tout le monde tapait déjà. La bourgeoisie, l'Eglise et l'armée. Extrêmement risqué, quoi.


Je veux bien que les chansons de Brassens ne soient pas désagréables voire rigolottes, mais qu'on en fasse un parangon de la lutte pour la liberté, non possumus. Faut-il avoir une piètre conception de la liberté...




lundi 25 juillet 2011

Quelques notes décousues sur les femmes (réédition)


Ma soeur aînée, ingénieur, a un super travail très haut placé qui lui permet, à tout juste trente ans, de gagner des tas de sous comme la plupart d'entre nous n'en pourront même pas rêver.

Mon beau frère aussi, gagne des tas de sous, mais moins.

Souvent, quand les gens savent ça autour de nous, il y a des réactions outrées.

Cela s'outre d'autant plus quand ils apprennent que ma soeur, deux enfants - huit et quatre ans - travaille énormément et que c'est son mari qui assure beaucoup de choses à la maison.


Ma soeur attend son troisième enfant et déjà j'ai entendu plusieurs personnes me dire que maintenant elle allait bien être obligée (oui oui, obligée) d'arrêter de travailler ou alors de ralentir de beaucoup son activité.


Alors NON, messieurs-dames, elle ne fera rien de cela. Le papa gère déjà admirablement bien et personne parmi nous (les parents et soeurs) ne voyons pourquoi sous prétexte d'un troisième enfant elle devrait renoncer à sa place. Ou alors c'est une question métaphysique (genre le troisième enfant doit obligatoirement avoir sa mère au foyer, sinon il deviendra militant à la LCR ?), je ne sais pas ?


Et parce que ça semble un peu dur à la comprenette, je republie ce que j'avais écrit il y a quelques mois et qui m'avait valu une volée d'insultes (que j'avais censurées joyeusement, je suis pas maso non plus).

Et comme la base de la pédagogie, c'est la répétition, on va espérer que ça soit bénéfique.






Pour bien donner une idée de ma position sur la question, une petite histoire.

Il se trouve que, dans le mouvement scout où j'ai traîné longtemps mes guêtres, il y a ce que l'on appelle les Guides Aînées, le pendant féminin des Routiers. En gros, c'est ce qu'on fait après avoir été guide (ou scout) et avant de devenir cheftaine (ou chef). J'ai été, pour ma part, dans un groupe, où, grosso modo, on vous expliquait que votre rôle à venir, c'est bonne soeur ou mère de famille. Ou, éventuellement, laïque consacrée. Point final.

Tout cela s'accompagnait d'un enseignement assez éléphantesque (dans sa subtilité autant que dans sa quantité) sur l'éducation à l'affectivité - id est, en quatre mots : pas avant le mariage. À une époque où je m'apprêtais à entamer des études longues en commençant par une prépa, j'aurais préféré peut-être entendre des choses sur le savoir et son rôle dans la foi, sur le rôle des études et de la connaissance dans la vie d'une femme, mais bon, il ne faut pas trop en demander.

Malgré tout, l'année que j'ai passée aux Guides Aînées fut plutôt agréable et se termina ma foi fort bien par un pélerinage entre Pérouse et Assise, qui reste un des événements marquants de ma fin d'adolescence.

La fin de l'année fut marquée par ce qui s'appelle les prises d'engagement chez les Guides Aînées. En gros pour les non-initiés, c'est là où on s'engage à suivre dans toute sa vie les principes scouts (esprit chevaleresque, sens du service, etc, etc). C'est là que ça devient intéressant pour mon propos.

Chez les routiers, la prise d'engagement se fait par un cérémonial magnifique et se termine lorsque le nouvel engagé quitte le cercle où il vient de renouveler sa promesse face aux autres, et part, après avoir reçu un bâton de marche et une bible, seul dans la nuit pour une marche, exercice à la fois physique et spirituel, de plusieurs jours, en solitaire. Les paroles sont belles et solennelles. Elles appellent à l'élévation, au dépassement de soi.

Pour les guides aînées, les filles, donc... la cérémonie est bien plus courte, assez gnangnan et se termine... lorsque les filles se réunissent au coin du feu en veillée prière.

Super, n'est-ce pas ? Excessivement excitant !

Avec le recul, j'ai retiré de cela et de bien d'autres choses, l'idée que le problème, c'est que l'Église ne sait pas trop quoi faire des femmes. Oui oui, je sais bien, la Vierge Marie et les saintes femmes... mais si j'ai bien compris, la Vierge Marie, il n'y en a eu qu'une, il n'y en aura pas d'autres. Et chez les saintes femmes, on met en valeur soit leur martyre (et leur vertu), soit à l'inverse, leur "virilité", chez les abbesses et autres grandes dames (Thérèse d'Avila, Hildegarde de Bingen, etc).


Un autre exemple ? Une fois, un site catho que je ne nommerai pas mettait en lien un site destiné aux femmes catholiques, "Sentinelles de l'invisible". En lien avec la pastorale de l'Eglise sur le rôle des femmes dans la transmission de la spiritualité dans la famille et dans le monde.
Je me suis dit Ah, tiens, chic alors, enfin un truc intéressant, du genre à vous faire réfléchir sur votre rôle de femme. Je trouvais le titre particulièrement bien trouvé.
Ben non. Les Sentinelles de l'invisible, sur ce site, elles s'échangent des tuyaux pour acheter des pelotes de laine 100% coton (qui passent mieux à la machine) et des bocaux de cuisine avec 50% de réduction.

Voilà. Le rôle des femmes, c'est le bon plan tricot et tupperware. Sors pas de la cuisine ma fille, tu vas t'enrhumer le cerveau si tu réfléchis.



Je n'irai pas jusqu'à dire, comme on peut parfois le voir, que les femmes sont des membres de seconde zone de l'Église catholique. N'empêche que. Il y a des choses sur lesquelles ont peut s'interroger.

Quand j'étais petite, je voulais être prêtre. Et puis ma mamie m'a expliqué que je pouvais seulement être religieuse. Mais je veux prêcher, disais-je ! Tu pourras aller en mission en Afrique (ma mamie a connu les colonies, on ne va pas la refaire) ou entrer chez les Ursulines, là tu pourras enseigner. Mais je veux prêcher à l'église, moi. Bah non. Pas touche. Il fallait naître homme.

C'est de la jalousie de bas étage, je vous l'accorde. Qui me travaille lorsqu'il m'arrive de m'ennuyer ferme pendant l'homélie du dimanche, lorsqu'un prêtre aux piètres capacités d'orateur enchaîne phrases pompeuses et vides en guise de sermon, du style curé dans Les Langages hermétiques des Inconnus - "et il n'est même pas fichu de faire trois parties", m'arrive-t-il de grincer avec peu de charité. Car je suis bien consciente de manquer cruellement et d'humilité et de charité en ces moments. N'empêche que le "je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas en faire autant" est une tentation.

De fait, le sacerdoce féminin ne fait pas partie de mes chevaux de bataille. Je préférerais que l'on travaille d'abord un peu plus en profondeur à l'éducation catholique des femmes - un peu plus de mise en avant de l'intelligence, du savoir et de la réflexion (ah, ces gamines qui avouent encore avec fierté connaître le Salve regina par coeur, mais ne comprennent pas le latin) un peu plus de considération pour le travail féminin, un peu moins de gnangnan et un peu plus d'élévation, ce ne serait déjà pas si mal.

Je m'agace régulièrement de certaines personnes qui voudraient absolument faire de l'élevage des gosses la seule gloire d'une femme. Oui, c'est bien, c'est noble, c'est tout ce que vous voulez, mais on peut difficilement dire que c'est franchement excitant pour tout le monde. D'ailleurs, si c'était si épanouissant que ça, la plupart des hommes de familles cathos-BCBG pleins d'enfants (mais pas seulement hein : on peut très bien être un mufle sans cela) se hâteraient un peu plus le soir pour rentrer avant que Madame ne se soit chargée toute seule du bain, des couches, du dîner, du ménage et du coucher.

Ensuite, j'aimerais bien qu'on m'explique en quoi c'est forcément mieux pour un enfant d'être élevé par une mère au foyer qui l'aurait allaité toute son enfance. Que je sache, je ne crois pas que Louis XIV ait été allaité et torché par Anne d'Autriche, ça ne l'a pas empêché 1. d'adorer sa mère et 2. de réussir pas trop mal dans sa vie. Cette configuration, à savoir la mise en nourrice des enfants, concerne l'écrasante majorité des enfants des franges supérieures des sociétés de l'époque moderne (noblesse d'abord, puis bourgeoisie plus ou moins modeste par imitation), et ils n'en sont pas tous morts, pour autant que je sache.
Oui, les médecins et les pédiatres s'accordent à dire que physiologiquement, cela peut être mieux pour un enfant d'être allaité pendant au moins six mois après sa naissance. Pour la mère, cela participe aussi de sa récupération (perte de poids, etc). Mais pour celles qui n'ont pas de lait ? Qui ne veulent pas (ne peuvent pas) allaiter ? On a toujours su se débrouiller autrement sans engendrer de catastrophe démographique, alors foutez-nous la paix avec ces histoires d'allaitement et de mère au foyer.

Enfin, beaucoup de femmes font des études. Ce n'est pas pour se retrouver aide-ménagère gratuite. Dans mon entourage, il y a des femmes professeurs de lettres classiques, ingénieurs, polytechniciennes, médecins... qui veulent avoir des enfants, les éduquer, en faire des êtres à part entière avec des valeurs, de la culture... mais qui n'ont pas forcément l'intention de renoncer aux plusieurs milliers d'euros par mois auxquels elles peuvent aspirer. Beaucoup disent que c'est de l'égoïsme de mères dénaturées. Et là non plus, je ne vois pas bien ce que vient foutre l'amour maternel là-dedans.

Pour ma part, je travaille pour l'argent, comme tout le monde, en fait. Si je pouvais être rentière, croyez-moi, je serais la première à ne plus en foutre une rame. Sauf que je ne me transformerais pas, je ne me transformerai jamais, en aide-ménagère gratuite. Car je ne considère pas que changer des couches et faire des lits soit une vocation et une fin en soi. Que ça soit essentiel et qu'il faille bien en passer par là, d'accord. Que l'on veuille y échapper si on en a la possibilité ne me paraît pas être le comble de la monstruosité.


Malheureusement, quoi qu'on fasse, on fera le mauvais choix. Tu veux t'arrêter de travailler ? Tu es une feignasse attardée entretenue par un homme. Tu veux faire des enfants, prendre ton congé maternité ? Tu es une traître à la cause, une pondeuse indigne du monde du travail. Tu veux travailler alors que tu as des enfants ? Tu es une salope égoïste, une mauvaise mère, tes enfants finiront drogués et prostitués, voire pigistes au Monde diplomatique.

Mais merde à la fin. On ne peut pas avoir le choix ?