samedi 15 août 2009

Le Corbeau du Connoly's corner

Passage des Patriarches, Paris Ve. Un mystérieux corbeau dénonce les pratiques sexuelles d'honnêtes citoyens. Cela nous renvoie aux heures les plus sombres de notre histoire.

Un cliché accablant.

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Oui, vous lisez bien - et avec une fautes d'orthographe - Francis se tape des cucurbitacés.



Voilà cinq ans que j'ai commencé à aller boire des pintes avec les copines au Connoly's corner. J'y ai toujours vu ce graffiti, écrit au bic sur les lambris des toilettes. J'en suis toujours autant par terre de rigolade.

Selon toute probabilité, il n'y a pas grand-chose à enquêter, sinon sur les méfaits de l'alcool qui pousse les gens, par frustration littéraire, à inscrire le fond de leur pensée sur les parois.




(Et bon 15 août. J'étais à la messe de ma paroisse à Paris, on a eu droit à la présence de l'évêque auxiliaire et à la lecture intégrale du voeu de Louis XIII - consécration de la France et de la Couronne à la Vierge - et d'ailleurs l'ordonnance est signée Sublet - quand je vous dis qu'il est partout - et le sermon était drôlement chouette, sur la Vierge et sa participation à l'oeuvre du salut, rien chouette je vous dis.)


dimanche 2 août 2009

Les gros branleurs du Quai Branly.


Je n'avais jamais fichu les pieds au musée du Quai Branly jusqu'à hier. Un peu parce que je n'avais jamais trouvé le temps, et beaucoup parce que les fétiches océaniens troglodytes, je m'en fous un peu. Jusqu'à hier, je ne savais pas trop pourquoi, mais heureusement, j'étais accompagnée de ma chère Élise qui a su mettre des mots - comme toujours - sur ce que je ressentais vaguement.

En fait, les statuettes phalliques en bois, les colliers en coquillage, les pagnes en peau de zébu, les paniers en vannerie et les pots en poterie, c'est hyper moche. Les snobs trouvent ça beau mais en fait cela ne fait que réveiller des pulsions. Cela ne fait appel à aucun sens du beau, du sublime. C'est juste là. Et en plus, c'est moche (mais je l'ai déjà dit).

Cependant, faut pas mourir idiot. Et puis, avec ma copine Élise, on voulait aller reluquer les pectoraux de Johnny Weissmüller voir l'exposition sur Tarzan, qui se peut visiter en ce mois d'août au Quai Branly.

On se pointe donc sur place et là, franchement, agréable surprise : le jardin, le bâtiment, c'est plutôt réussi. Frais et agréable, avec des petits nanimaux dans les bassins (des piafs, pas des hippopotames, faut pas rêver non plus). Et en plus, comme nous sommes jeunes et belles, on ne paie pas notre entrée. La vie est belle.

C'est dans l'exposition que ça se complique et que nous nous énervons progressivement. La raison ? Pour un musée qui se veut "haut de gamme", cette exposition n'est pas une exposition scientifique. Et en plus, c'est assez mauvais, un comble avec un sujet en or pareil.

Pourtant, tout commençait bien. Le sous-titre de l'expo ("Rousseau chez les Waziris") semblait indiquer que le commissaire avait bien pigé l'intérêt de son sujet, à savoir : quelle vision de l'homme, de la nature, du "bon sauvage", transparaît dans ce mythe du XXe siècle ?

Si l'on prend la retape de l'expo sur le site, on lit :

Cette exposition, consacrée à une icône de l’imagerie populaire, propose au public de découvrir les voies de la création du héros, et le décryptage du mythe qu’il incarne.

=> Cette exposition ne permet rien du tout au public. Rien n'est dit ou presque sur Edgar Rice Burroughs, créateur du personnage de Tarzan. On a à peine ses dates et deux-trois considérations banales sur l'histoire d'un gosse dont papa aurait préféré qu'il fît carrière d'ingénieur mais qui se dirigea vers les petis mickeys. Idem, quasiment rien sur ses influences, ou très mal fichu. Le rapport entre l'univers de Kipling (Le Livre de la Jungle) et Tarzan, pourtant évident, est à peine effleuré. Les considérations sur le contexte de la fin du XIXe siècle, sur les colonies, les grandes explorations, sont réduites à quelques phrases banales de l'ordre du "à l'époque, les gens étaient racistes, et pi aussi puritains, d'ailleurs Tarzan et Jane ne sont jamais à poil, et puis alors l'Afrique, ça faisait fantasmer le petit bourgeois londonien". Sans blagues.

Si Edgar Rice Burroughs est le père absolu du personnage de Tarzan, tous ceux qui le mirent en scène - dans la bande dessinée, le cinéma, l’affiche, la figurine, le disque, le jeu…- se réfèrent à des imageries et des représentations collectives qui fondent quelques unes des mythologies les plus fortes de notre siècle.

=> Là encore, un certain nombre de documents variés ont été réunis. Planches de BD, éditions en plusieurs langues des livres de Tarzan, films - du muet à Christophe Lambert. L'ennui ? Rien de tout cela n'est daté, mis en perspective, exploité. On a collectionné, rien de plus. Les commentaires des pièces sont rédigés dans le style café du commerce intello alliant périphrase foireuses ("le parfait petit meccano de l'imaginaire colonial" pour "la série de clichés coloniaux habituels") et considérations déplacées : on se souviendra notamment d'un carton consacré à l'épisode où l'on voit Jane sortir nue d'un buisson, aussitôt rhabillée en bikini panthère par la censure des illustrés pour enfants, se terminant sur cette phrase inimitable : "Aujourd'hui, une certaine Sarah Palin semble suivre la même voie de censure". Mais quel rapport, bordel ?

Alors certes, point intéressant de l'exposition, les extraits de films, plutôt rigolos (et puis les pectoraux de Johnny Weissmüller, quoi) et bien choisis. Des comiques, des très sérieux, un avec Christophe Lambert, un avec des vrais animaux, d'autres avec des léopards en peluche et des types déguisés en gorilles, de l'érotisme à deux balles des années 1930, bref, ça vaut son pesant de cacahuètes. Mais de là à en tirer quelque chose d'intéressant...

L’exposition parcourt les origines et la nature de Tarzan, en tant que personnage et en tant que mythe (de Saturnin Farandoul, documentaire de 1914, à Greystoke en 1983), et réhabilite le personnage en tant que héros contemporain de défense de la nature.

=> Eh bien non ! Rien ou presque n'est dit sur le personnage de Tarzan, sur son histoire. On ne prend même pas la peine de vous expliquer comment un type blanc a débarqué dans la jungle africaine (le coup de lord et lady Greystoke qui l'ont paumé entre deux lianes, etc).

En revanche, et c'est là le pompon de la débilité politiquement correcte, on nous en fait un héros écolo. Avec des cartons du parcours enfant qui vous expliquent que "comme Tarzan, sois l'ami des bêtes", "comme Tarzan qui se déplace super vite dans la jungle, prends ta trotinette pour lutter contre le réchauffement climatique", "comme Tarzan, protège les ours blanc et ne prends pas l'avion pour aller faire des safaris pour tes vacances".

Comme si l'écologie c'était un truc de héros. N'importe quoi. Bien sûr qu'il y a un côté "écolo" même dans l'oeuvre originelle (sur le mode "science sans conscience n'est que ruine de l'âme"), bien sûr qu'il y a un côté admiratif pour une Afrique pure et fantasmée. N'empêche que Burroughs, s'il critique comme Kipling la société occidentale et coloniale, n'en prend pas moins les Africains pour des crétins - ou des cannibales.

Quand on a peur des mots et des héros du XIXe siècle, on prend Candy comme sujet d'expo, pas Tarzan. Tarzan, c'est le mâle blanc dans toute sa splendeur d'homme occidental : il a beau vivre parmi les singes et être avant tout un modèle de force brute, c'est aussi un modèle de raffinement - il parle aussi l'anglais médiéval, le français, l'allemand et d'autres langues européennes. Rien à voir avec un héros écolo et proche de la nature. D'ailleurs, le mâle blanc qui sauve la jungle, c'est colonial et fââââchiste : il faut donc réhabiliter le personnage, bien sûr ! Quoi de mieux que l'écologie.

L'expo se termine enfin en eau de boudin par la pub de Jean-Paul Goude pour le parfum homme de Guerlain (celle avec un beau gosse aux yeux verts qui boit dans un marigot avec un copain léopard puis devient léopard lui-même), un extrait de film avec Marlène Dietrich dans une revue de music-hall déguisée en singe (on ne sait pas ce qu'il fout là cet extrait de film, probablement qu'ils n'ont pas su le caser ailleurs), et par une allégorie de la pureté : une femme africaine allaitant. Bref, du gros n'importe quoi.

J'en conclus que le commissaire de l'expo, tout ethnologue connu qu'il est, ne sait pas que l'ethnologie est une science, et qu'il n'est pas interdit d'en faire sérieusement. Ou alors, il le sait mais il est tellement affolé à l'idée de passer pour un gros vilain méchant colonialiste qu'il est prêt à faire dire n'importe quoi à son sujet.

Dans tous les cas, c'est grave.

Mais quand même, il y a Johnny Weissmüller.

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mardi 21 juillet 2009

Révélation.


Ma vie n'est plus la même depuis qu'au gré de mes lectures, il m'est apparu que

La caisse des Dépôts et Consignations

ça fait un alexandrin (avec diérèse, en plus

mardi 2 juin 2009

Sur les murs de Pompéï.

Certes, j'ai disparu dans les tourments des dernières révisions d'agrégation, mais comme c'est la veille de mon anniversaire, je n'oublie pas mon bien-aimé lectorat. Donc, un petit cadeau rigolo, à savoir le best-of des inscriptions de Pompéi. Sur vos écrans.

Électif.

- Epidium Sabinum duumvirum iure dicundo oro vos faciatis. Trebius cliens facit consentiente sanctissimo ordine.

Élisez Epidieux Sabinus, duumvir chargé de la justice. C'est son client Trebius qui vous le demande, en accord avec le très respectable ordre des décurions.

Les vedettes du cirque.


- Suspirium puellarum Celadus thraex.

Celadus le Thrace fait soupirer les filles.

Hypocondriaque ?

- Pituita me tenet.

J'ai attrapé un rhume.

Le raciste.

- Puteolanis feliciter, omnibus Nucerinis felicia, et uncum Pompeianis Petecusanis.

Bonne chance aux gens de Pouzzoles, Prospérité à ceux de Nuceria, les Pompéiens et ceux de Pithécusses au croc de boucher !

Le militant.

- Holconium Priscum aedilem, Clodi, fac. Sei copo, probe fecisti quod sellam commodasti.

Clodius, élis Holconius Priscus édile. Tu as bien fait, Seius l'aubergiste, de me prêter une chaise (pour peindre l'inscription, NDLR).

Le guide du Pompéien pas cher.

- Arphocras hic cum Drauca bene futuit denario.

Ici, Harpocras a bien baisé avec Drauca, pour un denier.

Les divertissements grand public.

- Cumis gladiatorum paria XX et eorum suppositicii pugnabunt Kalendis Octobribus, III, prodie nonas Octobres. Cruciarii, venatio et vela erunt. Cuniculus scriptor Lucceio salutem.

Vingt paires de gladiateurs et leurs doublures combattront à Cumes aux Calendes d'octobre, l'avant-veille et la veille des Nones d'Octobre. Il y aura des crucifiés, une chasse et un pare-soleil. Cuniculus qui écrit ces mots salue Lucceius.

Le libéral.

- Lucrum gaudium.

Le profit, c'est la joie.

Récitatif.

- Hic ego cum veni, futui, deinde redei domi.

Quand je suis arrivé ici, j'ai baisé, puis je suis rentré chez moi.

Le militant, 2.

- Neroni feliciter.

Vive Néron !

Le fin lettré.

- Arma virumque cano, Troiae qui primus ab oris...

"Je chante les combats et le héros qui, le premier, depuis les rivages de Troie..."

Celle qui s'est fait avoir.

- Fututa sum hic.

J'ai été baisée ici.

Le parasite.

- Quisque me ad cenam vocarit, valeat.

Quiconque m'invite à dîner, qu'il se porte bien !

La maison qui parle.

- Marci Iuni insula sum.

Je suis l'immeuble de Marcus Junius.

L'hygiéniste.

-Cacator cave malum, aut si contempseris, habeas Iovem iratum.

Toi qui conchies ce lieu, attention aux ennuis ! et si tu n'en tiens pas compte, que Jupiter tourne sa colère contre toi.

Le libéral, 2.

- Abomino pauperos. Quisquis quid gratis rogat, fatuus est. Aes det et accipiat rem.

J'ai horreur des pauvres. Celui qui demande quelque chose gratuitement est un fou : qu'il donne de l'argent et reçoive sa marchandise.

Le vantard.

- Omnes luseron Maximus sum.

Je vous roulerai tous, je suis Maximus (ou "je suis le plus fort" ?).

Le militant, 3.

- Marcum Cerrinium Vatiam aedilem oro nos faciatis. Seribibi universi rogant.

Élisez édile Marcus Cerrinius Vatia ! Tous ceux qui picolent la nuit le demandent.

Le militant, 4.

- Mustius fullo facit et dealbat. Scripsit unicus sine reliquis sodalibus.

Mustio le foulon vote pour lui et blanchit le mur pour y peindre ces mots. Il a fait l'inscription tout seul, sans ses camarades.

Le soupirant.

- Rogo, domina, per Venerem te rogo : habeto mei memoriam !

Je t'en prie, ma maîtresse, je t'en prie au nom de Vénus, souviens-toi de moi !

Le mauvais coucheur.

- In cruce figaris.

Va te faire crucifier !

Le philosophe.

- Admiror, paries, te non cecidisse ruinis, qui tot scriptorum taedia sustineas.

Je m'étonne, mur, que tu ne te sois pas effondré, alors que tu portes les naiseries de tous ceux qui ont écrit sur toi.

Le sarkozyste.

- Fures foras, frugi intro.

Dehors les voleurs ! Les gens de bien à l'intérieur !

Le compatriote.

- Pompeianos, ubique, salutem !

Aux Pompéiens, en tous lieux, salut !

Toutes les citations sont extraites de Moreau Philippe, Sur les murs de Pompéi, Paris, Gallimard, coll. "Le Promeneur", 1993.

vendredi 29 mai 2009

Le philosophe inconnu de la Sorbonne.


Depuis quelques mois, un individu dont la pensée atteint des sommets philosophiques, couvre les murs de la Sorbonne de ses aphorismes délicats. Probablement échauffé par le mouvement de grève contre la réforme de l'enseignement - je n'exclus pas non plus un besoin d'extérioriser sa révolte contre Fayard qui lui a refusé la publication de son manuscrit, il nous régale jour après jour de sa pensée.

L'homme a le sens du distique et de la formule, voir parfois de la rime. Je pense qu'il a également lu le Seigneur des Anneaux, et qu'il s'essaie à l'écriture elfique, d'où les délicates arabesques ponctuées que vous observerez.

Le poids des mots, le choc des photos (prises dans l'escalier C de la Sorbonne, pour ceux qui connaissent, c'est quand on va préparer sa colle d'histoire à la bibliothèque Lavisse).

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Eh si, parfois, les gens ont des âmes d'artiste. Raté certes, mais artiste quand même.
Je vous signale que je n'ai rien dit sur ce que je pensais du fait de tagguer des monuments historiques. Mais bon.



mardi 14 avril 2009

Le XVIIe siècle en film. 1. Les trois mousquetaires, de R. Lester (1973).


Voilà longtemps que j'ai envie d'inaugurer une série de "critique ciné" à ma façon, consacrée à des films représentant le XVIIe siècle. À tout seigneur tout honneur, je commence par un des films fétiches de Chéri, qui m'a donné le virus. Je suis nulle en critique ciné, mon but n'est pas de singer les Cahiers du cinéma, mais de montrer les évolutions du XVIIe siècle dans le "septième art", comme on dit. Et il y a matière à rigoler.

À partir de 1973, Richard Lester, cinéaste peu prolifique, réalise trois films dont l'intrigue est tirée des romans de Dumas. Les deux premiers, Les Trois mousquetaires et On l'appelait Milady, correspondent aux Trois mousquetaires de Dumas : le premier volet consacré à l'affaire des ferrets de la Reine, le second à la vengeance puis à la chute de Milady. Le troisième, Le retour des Mousquetaires, s'inspire de loin de Vingt Ans Après. Il est du reste plus dispensable, et j'en parlerai peu.

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Le film était destiné à attirer par la palette de stars qu'il réunissait. Charlton Heston, Raquel Welch, Jean-Pierre Cassel, Faye Dunaway, Olivier Reed, Geraldine Chaplin, Georges Wilson, bref, que du bon. Ils sont tous là >>>. Les costumes rappellent vaguement les photos du théâtre français des années 1950, comme on avait dans nos éditions de Molière, au collège : XVIIe un peu toc, mais plutôt bien imité. Un peu vieilli : on fait bien évidemment mieux aujourd'hui, surtout quand on va tourner à Versailles où à Vaux-le-Vicomte. Là, les mousquetaires évoluent entre studios et plateaux de tournage en Espagne, ce qui donne des éléments pittoresques, comme par exemple lorsque les mousquetaires sont censés aller de Saint-Germain en Laye jusqu'en Angleterre chez Buckingham : Lester les filme cavalant dans le désert. Or j'ai beau avoir regardé ma carte de France et révisé l'Histoire du Climat de Le Roy Ladurie : au XVIIe siècle comme aujourd'hui, entre l'Ile de France et l'Angleterre, y'a pas de désert.

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Passons aussi sur la scène finale de On l'appelait Milady, supposée se passer dans un couvent proche de Béthune, où Milady réussit à assassiner Constance Bonacieux : le couvent de Béthune devient un somptueux couvent baroque en pleine Castille. Magnifique au demeurant, mais Béthune, c'est quand même plus verdoyant que la sierra. Bref.

On peut également s'amuser à relever un Louis XIII caricatural de nullité, incarné à la perfection par Jean-Pierre Cassel, et rire devant la médiocrité de la technique de la nuit américaine, mais que voulez-vous. De même, la furieuse tendance de la caméra à vouloir absolument faire entrer les quatre amis dans le même plan, finit par lasser. Mais le carton-pâte et le cliché, quand c'est bien fait, on peut aussi trouver ça bien.

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Une partie d'échecs de taille... royale !

Le film entier est une carte postale sur laquelle les acteurs se déchaînent. Tout y est un plaisant cliché : les soldats du cardinal sont balafrés et ont l'air méchant (mais alors très très méchant), les gentils sont très très gentils. Tantôt burlesque (scène où les mousquetaires subtilisent leur nourriture dans une auberge en simulant une bagarre), tantôt très émouvant.

On fera honneur à la prestation de Charlton Heston, somptueux cardinal de Richelieu, courbé par les ans mais majestueux, l'oeil vif, le sourire carnassier. On n'en dira du reste pas autant de Philippe Noiret en cardinal Mazarin, qui a l'air de s'ennuyer au-delà de l'entendement dans le troisième volet. Richelieu apparaît comme un redoutable politique, mais qui sait aussi perdre pour sauver la face et les intérêts du roi. Un méchant, mais surtout un très grand homme. Et puis Charlton Heston, quoi.

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Les mousquetaires sont tous très réussis : Michael York en d'Artagnan a l'air couillon et provincial, ce qu'est le personnage. Donc, c'est parfait

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D'Artagnan découvre sa piaule chez Bonacieux...
en fait, plus précisément, il vient d'apercevoir madame Bonacieux...

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Ah bah oui, hein, quand je dis l'air couillon, j'ai mes raisons... mais le personnage est couillon !
C'est de loin le moins subtil des mousquetaires, à mon avis.

Olivier Reed, grande prestance et triste oeil bleu, est un Athos abimé par la vie mais portant haut son honneur. Aramis est beau, très beau, sourire charmeur et oeillades en cascade, jouant à merveille sa qualité de "mousquetaire par intérim", en attendant d'être prêtre. Richard Chamberlain rend à merveille les ambiguités du personnage, qui n'est pas le dévot bigot mais contrarié qu'on en fait souvent : au contraire, c'est plutôt un libertin à la manière de Cyrano de Bergerac, un noble personnage hésitant entre la vie de noble et les aménités qu'elle apporte, et ses aspirations spirituelles. Le personnage de Porthos, incarné par Frank Finlay, est également rendu avec une gande finesse : ce n'est pas l'espèce de bourrin "gros dur au coeur tendre" qu'on voit souvent, mais également un noble personnage, un peu rude certes, mais surtout abimé comme les autres par les déceptions de la vie militaire, qui permet parfois de s'illustrer, mais surtout de souffrir pour le service d'un roi pas toujours très reconnaissant.

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Les scènes militaires sont également remarquables : pas sanglantes (le soldat Ryan, c'est plus tard), superbes, juste assez grandiloquentes : pour le siège de La Rochelle, il faut bien un peu en rajouter, sinon c'est pas la peine. Mais également très mélancoliques : tant d'efforts héroïques, si peu récompensés...

Les femmes ne sont pas en reste. Raquel Welch est quelque peu sous-employée mais elle joue à merveille Constance Bonacieux, un peu cruche, dépassée par les événements. Dommage que son mari soit joué sur le mode de l'imbécile à moitié sénile, du reste. Mais bon, Raquel Welch est splendide, et sa poitrine aussi, ce qui est confirmé par les regards éloquents qu'y jette d'Artagnan.

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Geraldine Chaplin est remarquable de dignité (sauf dans le troisième volet).

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Et Faye Dunaway en Milady... Eh bien, elle est géniale de machiavélisme tout en retenue. Elle rend aussi parfaitement l'injustice profonde du sort de Milady, qui devient diabolique parce que les hommes l'y poussent : condamnée pour une broutille, elle devient paria, intouchable, condamnée une deuxième fois par Athos puis par tous les autres : quand on y réfléchit deux secondes, elle se bat avec les mêmes armes que ceux qui l'ont déjà détruite. Dumas, premier féministe ? Je l'ignore. Mais quand on relit le bouquin, la question du personnage de Milady est bien plus complexe qu'il y paraît quand on a dix ans et qu'on découvre Dumas.

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Quoi qu'il en soit, les acteurs principaux sont tous excellents et d'une remarquable finesse : on n'en dira pas autant des caricatures de Trois mousquetaires qui ont pu être faites en France au même moment. À la fois glamour (ah, Simon Ward en duc de Buckingham, quel beau gosse !), drôle (ah, la baston finale, d'Artagnan escaladant un lierre et Planchet déguisé en ours), plein d'entrain (cavalcades et duels sont au rendez-vous, tchaf, tchaf !), les deux premiers opus sont très réussis.

Le troisième, vous l'aurez compris, est plus dispensable : outre un scénario en roue libre, la suppression du personnage de Mordaunt au profit d'une jeune femme qui serait la fille de Milady et de Rochefort, incarnée par Kim Cattrall (aujourd'hui Samantha dans Sex and the City, o tempora, o mores), aurait pu être une bonne idée, mais n'est qu'un prétexte à montrer des poitrines gonflées sous le pourpoint... bof, au bout d'un moment, c'est lassant. Les acteurs sont vaguement vieillis (en gros, on leur blanchit la moustache) et deviennent patauds. Même les scènes de duel deviennent ennuyeuses, un comble.

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Quelques éléments bien trouvés cependant : une maison regorgeant de pièges et de mécanismes secrets actionnés par des nains, un duel sur un lac gelé, un envol en mongolfière... mais plus aucune finesse. Dommage. On notera que l'ambiance du tournage fut du reste réellement plombée par la mort de l'acteur incarnant Planchet, d'une chute de cheval pendant une cascade.

Bilan :

Une série de films remarquablement intelligents dans la compréhension de la finesse des personnages de Dumas, malgré la lourdeur du dernier opus. Une belle fable sur l'honneur, émouvante et digne. Je pense notamment à cette réplique marquante d'Aramis, à la fois noble et désabusée : quand, à la guerre, le roi dit "Battez-vous", on se bat. Alors allons nous faire tuer là où on nous dit d'aller, la vie vaut-elle de faire tant de question ?". Malgré le côté carton-pâte parfois outrageant et vieilli, un XVIIe siècle dont la pacotille n'est qu'apparente.

J'insisterai notamment sur la représentation des mousquetaires, ces nobles personnages prêts à se faire tuer pour un roi ou une reine, sans que cela soit toujours reconnu : après tout, les mousquetaires sont à peine remerciés par la reine pour l'affaire des ferrets, et l'héroïsme de La Rochelle restera inconnu du roi. Le drame de d'Artagnan - la mort de Constance - est purement gratuit, injuste. Ces hommes ont tout à perdre et pas grand-chose à gagner. Quelques années après la mort de Louis XIII (dont je déplore la caricature dans ce film, où il paraît vraiment débile, ce qu'il n'était pas, et incapable, alors qu'il fut un chef de guerre remarquable), ces mêmes hommes se révolteront et se déchireront : on se rappelle qu'Athos et Aramis choisissent le parti de la Fronde, tandis que d'Artagnan et Porthos choisiront sans vraiment savoir pourquoi, le parti du roi, mais plus par intérêt que par conviction.

La grande intelligence de ce film, justement, est de mêler le burlesque au romanesque : les gages renforcent l'absurdité des vies de ces mousquetaires, chevaliers à la triste figure autant que Cid campeador. Baroques, sublimes et profondéments humains.

jeudi 2 avril 2009

Katyn.

On s'agite, on encense le courage de Wajda, on s'esbaudit de la sortie de ce film - que je verrai demain si je peux.

On s'émerveille de ce qu'il montre - enfin - l'une des atrocités commises par l'Armée rouge pendant la seconde guerre mondiale - ici, en l'occurence, le massacre d'officiers polonais, massacre dont la faute fut rejetée sur les nazis, et enfin reconnu par l'URSS sous Gorbatchev.

On dénonce une diffusion plus que restreinte en criant presque à la censure - cela dit, treize salles dans toutes la France, c'est peu. Pierre Assouline explique que c'est dû à un problème de distribution - mouais, bof. D'autres crient au complot maçonnico-soviétique, visant à effacer le souvenir de Katyn.

Il paraîtrait que la France est davantage prête à charger l'Allemagne nazie que les bolcheviks. Ce qui n'est pas tout à fait faux, si j'en juge par le nombre de gens que je connais qui persistent à se rouler par terre devant Ernesto Guevara - d'ailleurs, personne ne songe à monter un club des fan de Leonid Brejnev, c'est curieux, à croire que la belle gueule joue pour beaucoup dans la vénération du Che. Ce qui me permet de douter d'autant plus du bien-fondé des convictions des staliniens de tout poil.

Cela dit, depuis mon cours de terminale sur la Seconde guerre mondiale (le programme s'ouvre là-dessus, si ça fait longtemps que vous êtes sorti du lycée), j'ai toujours entendu parler de Katyn, et de l'Armée rouge comme responsable.

Certes, j'étais chez les jésuites, donc sous une influence probablement un peu plus anticommuniste que la moyenne, mais cela me donne à penser que "l'occultation du massacre de Katyn en France par un complot rouge" est un peu une vaste blague. J'ai relu mon bouquin de terminale, Katyn est dedans, pas de problème. À ceux qui de même poussent des cris pour réclamer une révision des manuels scolaires parce qu'on n'y parle pas assez de la colonisation, par exemple, je réponds exactement la même chose : si vous aviez pris votre professeur d'histoire pour autre chose qu'un con radoteur, si vous aviez ouvert votre bouquin plus de deux fois dans l'année, vous n'auriez pas besoin de crier au complot occulte des forces du mal.

La vraie raison, ce n'est pas que le complot rouge en France cherche encore à occulter le massacre de Katyn, dont seuls les cons nient la réalité. Et les cons, c'este trop tard pour s'en préoccuper. La vérité, c'est que les Polonais, tout le monde s'en fout. Et que si un film balançant sur l'Armée rouge réjouit le coeur des vieux réacs (moi la première) par sa sortie, l'histoire de la Pologne, on s'en tamponne quand on fait partie des "grandes puissances".

La vérité, c'est que l'histoire de la Pologne est pathétique et que cela n'intéresse personne. La Pologne a toujours voulu jouer dans la cour des grands et nous, les "grands", nous nous sommes contentés de la piétiner joyeusement. Cela a commencé lorsqu'Henri de Valois s'embêtait comme un rat mort à la cour de France (en attendant la mort du grand frère pour lui piquer sa couronne), qu'il s'est fait élire roi de Pologne histoire de rigoler un peu, puis qu'il s'est tiré dare-dare pour rentrer au royaume des lys, parce que régner sur les barbares, ça lui disait moyen.

Au XVIIIe siècle, on s'est juste dit que la Pologne, c'était bien joli mais qu'on pouvait aussi se la partager entre grands. Sous Napoléon, les Polonais ont prêté à l'empereur la belle Marie Walewska en espérant que ça lui donnerait l'idée de rendre l'idépendance à la Pologne, mais bernique. Au XXe siècle, on s'est contentés d'aller y massacrer des juifs, et puis les autres aussi - c'était des Polonais, vous comprenez, on n'en avait rien à foutre. Après les nazis, ils se sont pris les rouges sur la gueule, et on n'a plus trop entendu parler d'eux.

Aujourd'hui, la Pologne a envoyé des contingents en Irak histoire de se faire bien voir et de donner l'impression que la Pologne, c'est chouette. Résultat, ils passent juste pour des cons et on ne se prive pas pour leur dire en haut lieu. Ah, l'Europe démocratique et sa bonne conscience de la justice...

La vérité, c'est que Katyn a intéressé les anciens nazis parce que ça leur permettait de dire "pour une fois, c'est pas nous", et l'Armée rouge, qui disait "ah bah en plus, regardez, ils ont aussi massacré des officiers polonais".

Si "la France des droits de l'homme tarde à reconnaître Katyn" (entendu à la radio ce matin), c'est surtout parce que c'est pas chez nous et que les Polonais, on s'en fout. Nous, on a le mémorial du juif inconnu et la loi Gayssot, on ne peut pas tout faire, n'est-ce pas ?

Le Monde pond une critique (bon, cela dit, si les pages critiques ciné du Monde étaient bonnes, ça se saurait) pour dire que Katyn n'est pas un bon film parce qu'il ne parle pas de la Shoah : eh oui. Les juifs, ça intéresse encore. En revanche, des Polonais, catholiques en plus, c'est tout de suite moins glamour, n'est-ce pas ?

Il n'y a pas de complot. Juste une profonde indifférence au sort des autres. La Seconde Guerre mondiale mise à la sauce française contemporaine, c'est la Shoah, les gentils résistants et les méchants vichyssois. Point. Les Polonais, rien à foutre. Bien sûr.

Moralité, allez voir Katyn, ça sera toujours ça de pris aux champions du je m'en foutisme.