lundi 14 décembre 2009

Les brèves du lundi, 2.

1. Deux jours à arpenter la rue de Rennes, l'avenue du Général Leclerc et la rue d'Alésia, chasse aux cadeaux de Noël. Depuis quelques temps, il est du dernier snobisme de dire qu'on "n'aime pas Noël", que c'est commercial, patin-couffin. Respirer par le ventre et déclarer d'un air marmoréen que si vous n'aimez pas Noël, nom de nom, deux solutions :
- vous êtes catho : allez à la messe, participez à la chorale ou à la garderie des petits (rendez-vous utiles, au moins) et rentrez chez vous, pioncez, demain c'est férié. Si vous avez des gosses, dites-leur que nan, le petit Jésus il n'a eu que de l'or, de l'encens et de la myrrhe mais que vous, vous n'avez pas de roi sous la main pour lui apporter tout ça, donc bernique.
- vous n'êtes pas catho (cas le plus courant) : vous devriez en avoir encore davantage rien à foutre de Noël. N'allez pas à la messe et rentrez pioncer chez vous, c'est férié pareil. Et expliquez à vos gosses que Noël, c'est catho, donc méchant et vilain et que pour le camion de pompiers, on attendra de voir le bulletin scolaire.
C'est pas compliqué pourtant.



2. Fait froid. Pour remédier à nos problèmes de moisi dans l'appartement, mon propriétaire au eu la chouette idée de percer des trous dans le mur afin d'améliorer l'aération.
Chouette. Maintenant, il va faire froid dans l'appartement aussi. Superchouette.


3. En ce moment : Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. Une merveille, un bijou, un trésor, un graal, une extase littéraire. D'autant plus jouissif qu'on le lit à 12 ans pour lire des histoires de mousquetaires (avec des épées qui font tchaf, tchaf !), à 16 parce que les histoires d'amûûûr, ça fait toujours son effet, à 18 parce qu'en prépa, le prof a parlé romantisme et couleur locale, et encore et encore parce que cette oeuvre est tellement ciselée qu'on y trouve quelque chose de nouveau à chaque fois.
Merci Théo.


4. Mon yucca fait des feuilles jaunes. Je suis désespérée. Y a-t-il un botaniste dans la salle ?


5. Dans la série "bidules improbables", j'ai acheté un Neutrogena Wave. Un machin qui vibre sur lequel vous fichez un coton imbibé de produit pour vous ravaler la façade, enfin vous nettoyer la figure, quoi. C'est rigolo comme tout et presque aussi snob que d'ajouter une base et un top coat sur votre vernis à ongles. Je surkiffe, comme on dit.
Messieurs, si vous voulez des idées de cadeaux de Noël pour Madame...


6. Allez, promis, cette semaine, je vais voir un musée rigolo et je vous raconte. Sur ce, bonne semaine !


samedi 12 décembre 2009

L'Immaculée Conversion


Moi je m'en fiche, c'est celle qui l'a dit qui l'est!
8 décembre - Solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie
Calée par un hasard du calendrier (?) au début de l'Avent, au tout début de l'année liturgique, la solennité de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, que l'Eglise a célébrée mardi, rejoue sur une autre partition le registre de l'attente. Entre l'attente du Christ Roi qui clôt l'année sur une violente perspective eschatologique et l'Avent qui nous conduit à la joyeuse Nativité du Messie, la présence de la Vierge Marie se fait sentir comme un repère rassurant. De l'ombre embrasée de l'Apocalypse à la lumière tremblante de la crèche dans la nuit...
Et pourtant cette solennité, et le dogme qui l'accompagne, ne sont ni faciles à comprendre, ni évidents à accepter. On ne trouve évidemment aucune trace de ce que l'Eglise nous propose aimablement d'avaler comme un "mystère de la foi" dans les écritures. D'ailleurs les textes du jour tournent autour de la nouvelle Eve et de l'Annonciation, entretenant par là le malentendu sur l'Immaculée Conception dont il est question. Le Catéchisme, particulièrement étique sur le sujet, ne nous aide pas vraiment plus (cf. 411). On se retrouve pour ainsi dire bien démuni devant cette grande formule "Immaculée Conception", qui fleure bon la masturbation intellectuelle théologisante, l'apparition à la grotte d'une dame toute blanche dans la boue du ruisseau, et la dévotion puritaine d'une autre époque.
Car en plus d'être démuni il est possible qu'on ne se trouve pas très à l'aise. Immaculée Conception, Vierge conçue sans tache. Sans LA tache, celle du péché originel, vous savez, celui dont on n'entend plus parler, et dont, à vrai dire on n'a plus vraiment envie de parler. Celui dont on ne comprend pas très bien comment il pourrait se justifier, ni d'où il sort, sinon de la culpabilité paternelle théologisée de notre champion de la prédestination, Augustin. Enfin, quand je dis "on", je parle pour moi, il faudra bien que j'assume un jour ce débat... mais le péché originel, on s'en occupera un autre jour.
Pour en revenir à nos moutons, en toute cohérence logique, il semble évident qu'il faille accepter l'idée que, pour porter en elle et tisser en sa chair la chair du Christ préservé du péché, Marie en ait été préservée elle-même. Pourquoi et comment... Mystère. Mais ça n'est pas cette ignorance du pourquoi et du comment qui gêne, ça n'est pas le plus ennuyeux. Ce qui plombe, c'est de ressentir ce dogme comme la sacralisation de la pureté d'une femme désincarnée, d'une sorte de déesse nimbée dominant avec hauteur notre infinie capacité à nous vautrer dans nos taches diverses et variées.
La pureté de la Vierge Marie sauve l'humanité en rendant possible l'Incarnation. Mais le choix de l'évangile de la solennité de l'Immaculée Conception nous rappelle que la pureté ne suffit pas: « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole ». Marie a beau être sans tache, elle n'est pas sans avoir son mot à dire. Ce qui importe à Dieu c'est la liberté de l'homme, qu'Il a créé autonome, pour qu'il puisse choisir de se tourner vers Lui. Or la première lecture du jour nous indique que la liberté de Marie, la Vierge toute pure, renvoie à la liberté d'Eve, la première femme, non moins pure... à l'origine. Mais la liberté d'Eve s'est laissée prendre au spectre de sa toute puissance. Celle de Marie se plie à l'autorité divine et en recueille toute la fécondité. Eve et Marie sont les deux archétypes qui se rejoignent dans le visage de l'humanité, perdue et rachetée, ainsi que les deux termes de l'histoire du salut qui est l'histoire d'une conversion.
Eve toute pure avant la première faute, Marie toute pure mais toute libre devant Dieu, on voit bien que la pureté ne suffit pas à nous sauver. L'Immaculée Conception nous renvoie donc à quelque chose d'autre qu'à cette pureté fantasmée qui nous hante. Peut-être nous renvoie-t'elle simplement à notre propre conversion. Dans notre rapport à nous-même, à Dieu et à l'autre, la Vierge pure et l'Eve impure nous questionnent quant au regard de Dieu sur notre nudité. Adam et Eve ayant commis l'irréparable se cachent dans le jardin. "J'ai pris peur parce que je suis nu", avoue le premier homme à Dieu qui le cherche et qui s'étonne: "Qui donc t'a dit que tu étais nu ?". Et nous, qui nous a dit que nous étions nus? Que cachons-nous, parfois sous de si terribles stratagèmes, sous de sinistres oripeaux?
Le péché originel, le début du mensonge, de la honte, de la peur. La fin de la nudité pure et heureuse. La crainte du regard de Dieu et de celui de l'autre, alors qu'Adam et Eve prennent peur devant leur nudité réciproque et se couvrent de vêtements. Se protéger de l'autre, se préserver de Dieu, cacher sa faiblesse et sa vulnérabilité. La nudité parfaitement pure de l'Immaculée Conception nous permet de retrouver cette liberté de se montrer nu et de vivre sous le regard de Dieu sans peur. L'Immaculée Conception nous ouvre à une immaculée conversion. Puisque le baptême nous lave de nos fautes. Puisque nous avons toujours la liberté de nous tourner vers Dieu dans notre nudité pour Lui demander de nous rendre immaculés. Puisque, la deuxième lecture le rappelle, "en Lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard"

jeudi 10 décembre 2009

Les objets d'Artémise.


Pour une raison un peu compliquée liée à des affaires de familles peu gaies, la succession de mes grands-parents paternels consista essentiellement en un sauvetage de quelques meubles, livres, vaisselle et rares souvenirs abimés par la maladie et les conflits.

Mes grands parents paternels sont morts quand j'étais adolescente et c'est avec une infinie tristesse que je me rappelle ne pas leur avoir assez téléphoné, écrit, donné des nouvelle, dit que je les aimais.

De mon grand-père, je garde des attaches normandes qui relèvent essentiellement du fantasme (n'ayant mis les pieds que deux fois une semaine en Normandie, et encore même pas du côté du village originel). C'est aussi lui qui m'a permis de récupérer quelques objets ayant appartenu à ma défunte grand-mère. Une bague que je ne porte jamais mais qui me fascinait étant petite, car la pierre principale, une opale, changeait de couleur avec une telle rapidité que ma grand-mère nous faisait croire qu'elle était magique. Un fauteuil crapaud vieux rose dans lequel je m'asseyais telle une princesse lorsque je rendais visite à ma grand-mère. Quelques foulards, quelques bijoux.

Et surtout, un petit marque-page ancien, une pince ornée d'une main décorée de pierres rouges. Du verre coloré, bien entendu. Et du métal doré, rien de précieux.



Cette petite main fait partie de ces petites choses qui me suivent partout. Déjà, parce que je me promène rarement sans un livre dans mon sac à main. Et que, depuis que j'ai arrêté de corner des pages comme une sauvage (parce que sur les livres de la bibliothèque municipale, ça ne se fait pas), j'ai besoin d'un marque-page.



J'ai une tendresse infinie pour cette bricole qui m'accompagne dans toutes mes lectures. Cette petite main, ce sont des générations de lecteurs avant moi. Ce sont des arrière-grand-mères qui lisaient des romans à l'eau de rose, une grand-mère qui lisait du Georges Duby (un ami de la famille) et un grand-père qui épluchait des livres sur l'aviation pendant la Seconde Guerre mondiale. Marquer ma page avec cette petite main, c'est, autant que d'acheter des livres d'occasion ou d'aller à la bibliothèque, m'inscrire dans la communauté des amoureux de la lecture.


Des marque-page, on m'en a offert un certain nombre (cadeau très courant qu'on fait aux gros lecteurs, quand on ne leur offre pas un bouquin). Aucun n'a remplacé ce petit objet désuet.


mardi 8 décembre 2009

Les brèves du lundi, 1.

1. Mais vous ne croyiez sérieusement pas que j'allais laisser tomber ce concept terrible des Brèves du lundi ? Je sais bien que changement d'herbage réjouit les veaux, mais les veux mangent quand même toujours de l'herbe. Donc, on continue avec les Brèves du lundi.


2. On n'a pas fini de nous casser les pieds avec l'histoire des minarets en Suisse. Personnellement, j'ai l'impression que les gens découvrent un peu l'eau chaude dans cette affaire. Comme si c'était neuf que les Suisses n'étaient pas les moins xénophobes de la planète. Je dis ça sans haine aucune, en plus j'aime beaucoup la Suisse. N'empêche, du temps que je faisais un mois de stage au pays des vaches mauves et des lacs de montagne, j'étais déjà une vilaine étrangère qui venait leur piquer leur boulot. Pourtant, j'étais dans le Valais et j'allais à la messe le dimanche.
C'était l'époque où les Suisses votaient pour l'extension de leurs accords avec les nouveaux pays de l'Union Européenne. Je ne vous raconte même pas ce que j'ai pu entendre en matière d'histoires de plombiers polonais.
Alors vous imaginez des types pas européens, qui ne vont pas à la messe et qui veulent des minarets ? Sérieusement, vous imaginez quoi ?



3. Ce mois-ci, dans la série Engagez-vous, Rengagez-vous, le Salon Beige s'engage pour la canonisation de Louis XVI et contre le vaccin contre la grippe A.
Objectivement il faut se rendre à l'évidence : à part mourir (et même pas pour sa foi), Louis XVI n'a rien fait qui mérite sa canonisation. Si encore un jour un clampin se levait pour dire que Louis XVI lui est apparu et à fait un miracle pour le guérir...
Quant à leur attitude d'andouilles sur la question de la grippe, je les remercie de penser aux asthmatiques et autres insuffisants respiratoires (et y'en a pas qu'un en France) qui auront la joie de morfler durablement lorsqu'ils auront la grippe pour ne pas s'être fait vacciner après avoir lu ce genre de propos.


4. Ah oui, encore une précision : je m'en fiche, que le Salon Beige fasse de l'info et que ça demande beaucoup de travail, et que tout ça c'est du temps passé, ma brave dame. C'est l'argument typique du mauvais élève : "ah mais j'ai travaillé huit heures sur mon devoir, madame, vous ne pouvez pas me mettre 02/20". Eh bien si, je peux. On peut très bien travailler beaucoup et produire un truc parfaitement nul (ma thèse en sera probablement un excellent exemple).
Ma prof d'histoire de terminale avait pour coutume de nous répéter "travaillez moins, écrivez moins, réfléchissez plus".


En plus, c'est un chouette argument : personnellement, j'écris mes posts en une quinzaine de minutes grand maximum. Donc pour ceux qui me disent que j'écris des âneries, ça ne me vexe pas, vu que ce que j'écris n'a pas vocation à faire autorité.

Et toc.


5. Dans la série "critique littéraire" : Schnitzler, c'est bien, mais c'est pas rigolo. Un peu comme du Stefan Zweig, mais en bien. L'édition du Livre de Poche en deux volumes (enfin livre de poche, mon oeil, livre déforme-poche) est d'un excellent rapport poids-qualité-prix, bon apparat critique, bonne présentation. Je recommande tout particulièrement La Ronde (bien sûr), Mourir, Pour une heure.


6. Et dans la série films, eh bien, on chausse ses bottes flashy et ses pantalons pattes d'eph', on passe un haut à sequins et on se fait une cure d'ABBA avec Mamma mia ! La comédie musicale où c'est que Meryl Streep et Pierce Brosnan chantent en vrai.
Même que c'est chouette.



vendredi 4 décembre 2009

Musées en folie, 1.


Puisqu'il s'agit d'écrire un peu sur cette page web toute belle et toute neuve (mais dont la présentation laisse encore à désirer, je SAIS, je suis une tanche en manipulation informatique), quoi de mieux que de commencer par une râlerie ?

Ordoncques, l'Époux a le bras long et grâce à ce, m'octroie le droit de bénéficier des largesses associées à sa position éminente, à savoir être invitée - par exemple, au hasard - à des visites guidées d'expositions.
Hier, c'était au musée Rodin, où se tient, dans un coin sombre et mal éclairé (et dont les vitrines d'expositions sont dégueulasses), une exposition consacrée au lien entre Henri Matisse et Auguste Rodin.



La mise en perspective de deux artistes, c'est la grande invention muséographico-expositoire des dix dernières années.

Comment on fait ? On prend deux artistes, n'importe lesquels, on colle d'un côté les oeuvres de l'un, de l'autre côté celles de l'autre, on fait un carton biographique pour chacun, deux autres cartons pour raconter leur rencontre (ou leur non-rencontre, si par exemple vous choisissez Van Eyck et Jeff Koons), et vous faites payer huit euros cinquante à tous les guignols qui auront lu la réclame d'enfer que vous aurez eu soin de faire rédiger dans Le Point ou dans les pages Sortir du Télérama.
Moi la première, hein. Pour le Télérama, pas Le Point, faut pas abuser non plus.

Ne reste plus qu'à attendre les rombières emperlouzées qui sévissent habituellement dans ce genre d'expositions.

Bref, là en l'occurence, c'était Matisse et Rodin. Parce que Matisse n'a pas seulement fait des découpages de canson bleu qu'on nous fait reproduire en arts plastiques en CE2, mais il s'est aussi intéressé à la sculpture, et ce dans les mêmes thèmes/termes que Rodin : la danse, le nu féminin, la scupture inachevée, le corps torturé, la simplification, l'expressionnisme, etc.

Alors, un jour, Matisse s'est pointé dans l'atelier de Rodin pour lui montrer ses dessins et ses créations, et il semblerait que Rodin l'ait plus ou moins envoyé paître en lui recommandant d'aller apprendre à dessiner. On en convient, ce n'est pas très gentil.

Cela confirme aussi l'idée assez communément répandue selon laquelle Auguste Rodin était aussi un parfait pignouf, mais ce n'est pas le sujet.

Venons-en à l'exposition, maintenant.

Si vous avez un certain nombre d'euros à perdre, ou si vous êtes vraiment amateurs, allez-y. Sinon, soyons francs, c'est vraiment cher payé pour ce que ça apporte - en plus, les vitrines sont sales et mal éclairées. En outre, l'exposition est minuscule (trois malheureuses salles) et manque cruellement d'explications. Je ne parle même pas du malheureux Nu Bleu de Matisse, relégué au fond d'un couloir d'un mètre de large, en fin d'exposition.

Néanmoins (car il y a toujours un néanmoins), quelques éléments stimulants :

- l'idée, qu'il convient de marteler allègrement, de la perméabilité entre les arts et les disciplines. On notera la très jolie vitrine (un peu mieux nettoyée, en outre) consacrée aux statuettes et aux dessins de Rodin et de Matisse sur le sujet de la danse - et le rappel de l'amitié entre ces artistes et des danseuses comme Isadora Duncan et Loïe Fuller. Des petites figurines bondissantes, torturées, inachevées, brutes, qui donnent l'impression de s'envoler, très joliment mises en perspective avec les dessins et les découpages de Rodin.



- de beaux dessins et quelques lithographies : Rodin, académique et érotique, Matisse, plus léger et plus sensuel.

- les quatre impressionnants panneaux de bronze de Matisse, représentant un nu féminin de dos, de plus en plus stylisé. On pense à la monumentalité des statues préhistoriques de Filitosa, c'est très troublant.





Après, c'est vous qui voyez, mais normalement, maintenant que vous avez lu ça, vous pouvez vous en dispenser avec la conscience tranquille. Vous venez d'économiser huit euros cinquante, merci qui ?

vendredi 16 octobre 2009

(N') allez (pas forcément) voir "L'âge d'or hollandais" à la Pinacothèque de Paris.

Mercredi, j'ai de nouveau débauché ma copine Sémiramis pour qu'elle quitte son bureau entre midi et deux et qu'elle vienne voir l'exposition de la Pinacothèque de Paris, consacrée à la peinture de l'"âge d'or" hollandais, au XVIIe siècle. Du Rembrandt, du Vermeer, voilà qui semblait prometteur.

N'y allez pas, si :

- le mot de "tolérance", répété à tort et à travers, vous donne envie de sortir votre batte de base-ball.

- vous vous attendez à voir du grand tableau de maître. L'exposition annonce fièrement son ambition de replacer Rembrandt et Vermeer dans le contexte de la peinture hollandaise du XVIIe siècle, en montrant aussi bien leur influence que leur place à part. Malheureusement, des Vermeer et des Rembrandt, il y en a autant que mes doigts de pieds (une dizaine, donc, en gros), et même pas des majeurs. Pas des croûtes non plus, bien sûr, mais tout de même. Frustrant.

- si vous êtes un tant soit peu amateur de géographie historique, et que ça vous tape sur les nerfs qu'on parle de "Hollande" en lieu et place des Provinces-Unies. Rogntudju. Oui oui, c'est de l'élitisme, tout à fait.

- si vous êtes un tant soit peu historien et que ça vous gonfle, les lieux communs sur la "liberté en Hollande, vu que les gens étaient hyper tolérants", alors qu'ailleurs l'Inquisition brûlait des milliards de gens, c'est bien connu.

- si la peinture animalière, c'est moyen votre truc. Et que les tableaux de Paulus Potter, dont le sujet de prédilection est la gent bovine, vous laissent relativement froid - entre nous soit dit, je n'ai jamais compris comment diable on pouvait s'intéresser aux vaches (sauf sur Farmville, mais c'est une autre histoire).

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Paulus Potter, Le jeune taureau - un effet boeuf, hahaha.
Notez, c'est son plus connu et il n'y est même pas.

- si vous n'aimez pas les expositions au tarif prohibitif limitant l'entrée aux rombières sans-gêne, friquées et emperlouzées, dont l'unique but dans la vie semble être de vous filer des coups de coude en râlant parce que vous bouchez prétendûment la vue sur un objet, et de se coller devant un tableau jusqu'à ce que, lassé d'attendre son départ, vous passiez dans la salle d'à côté.

Allez-y tout de même si

- vous avez dix euros à perdre (mais dix euros pour une expo, ça va pas la tête non plus ?)

- si vous voulez une petite cure de peinture lumineuse, ou si vous êtes historien et que l'histoire du paysage, ça vous branche. Effectivement, les maîtres hollandais du XVIIe siècle, c'est pas Poussin non plus. N'empêche qu'il y a un portrait de David (ou de Salomon... enfin un type biblique) frappé d'une lumière dorée à se rouler par terre. Des paysages de campagne enneigée à vous couper le souffle, des moulins baignés d'or. Tout ça vaut largement le détour - la salle consacrée à la représentation picturale de la ville est moins bluffante, à mon sens.

- si vous aimez les portraits de riches types du XVIIe siècle. Quelques très beaux spécimen, avec manchettes de dentelle. Je crois que ce que je préfère dans le XVIIe siècle, finalement, ce sont les manchettes de dentelle, douces, nobles et mystérieuses.

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Vermeer, La lettre d'amour.
Bon, des Vermeer, y'en a deux en tout, mais celui-là est bien quand même.

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Franz Hals, Portrait de Pieter Van den Broecke.
Ces dentelles, Seigneur...

Cette critique étant très pondérée, dans le plus pur style social-démocratie, je m'arrête là et conclus sur le mode "débrouillez-vous" en vous disant de vous décider tout seuls comme des grands.

mercredi 7 octobre 2009

Le XVIIe siècle en film. 4. L'Homme au masque de fer (Randall Wallace, 1998).


En fait, les gens, vous aimez que je raconte des vacheries. Moi aussi, mais comme je le disais lundi, je l'assume très mal (comme Loth d'Orcanie dans Kaamelott : "mais sire, vous n'êtes pas avide de pouvoir ? - Si, mais je l'assume très mal".). Ce qui ne m'empêche pas de le faire avec plaisir.

Notre sujet d'étude sera donc, à la demande générale : L'homme au masque de fer, sorti sur les écrans de France et de Navarre en 1998. L'histoire, très librement inspirée de Dumas et de l'histoire de France vue par un américain pas très cultivé, se résume en deux coups de cuillères à pot : Louis XIV, jeune roi de France, est très très méchant. Dark Vador D'Artagnan, qui est son père (on l'apprend à la fin mais on a compris en deux minutes, n'allez pas dire que je casse le suspinse), rassemble ses copains Athos, Porthos et Aramis, pour monter un complot et substituer au méchant roi son gentil petit frère jumeau, Philippe, enfermé dans une prison très, très glauque (il ne voit même pas la lune en entier, et les rats lui boulottent son quatre heures, c'est dire s'il n'a pas de bol) par son très, très méchant frère. Au début, les mousquetaires sont moyennement d'accord, puis ils acceptent parce qu'ils en ont marre que Louis XIV soit un gros salaud.

Au milieu, le méchant roi saute deux ou trois demoiselles de la cour, dont Judith Godrèche, et fait tourner en bourrique sa maman, Anne d'Autriche - c'est Anne Parillaud, qui a de beaux yeux bleus et pas une ride, et donc incarne assez mal une reine de France âgée de plus de soixante ans. Mais à la fin, ça se termine bien puisqu'après une bataille finale (pif ! pif ! boum ! boum ! tchaf, tchaf !), le méchant roi est remplacé par son gentil frère, et la France est sauvée, brave gens.

L'histoire vu par Randall Wallace, c'est rigolo, ça permet deux-trois scènes de porno soft (on ne mesure pas assez le potentiel érotique du jupon à cerceau, du sein comprimé dans un corps de jupe, et du lit à baldaquin), on peut raconter n'importe quoi parce que c'était il y a longtemps, et puis on peut jouer à rendre moche des acteurs canons, en leur graissant les cheveux et en leur collant une barbiche clairsemée. Sur l'affiche, ça donne ça - et ça fait très peur :

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On note aussi l'usage abusif du costume à trous et du chapeau fatigué, genre
"héros malmené par la vie".



On reconnaît donc les trognes d'excellents acteurs dont on se demande bien ce qui leur a pris d'accepter un tel rôle : John Malkovich en Athos, Gabriel Byrne en d'Artagnan, Jeremy Irons en Aramis, et notre Gégé national en Porthos. Plutôt pas idiot, comme casting, quand on y réfléchit.

Il y a aussi Léo. Ah, Léo, qui vient alors d'accéder au rang de star avec l'innénarrable Titanic. Léo, excellent acteur quand il est bien dirigé. Léo qui, du reste, se tire plutôt honorablement du double rôle qu'on lui a attribué (Louis XIV et son frère jumeau). On salue du reste la performance. Yantôt pervers sadique et despotique, tantôt gentil couillon faisant son apprentissage de la vie, il parvient à incarner pas trop mal les deux personnages, et évite le ridicule complet, alors qu'on lui a manifestement dit : "quand tu fais le méchant roi, tu fronces les sourcils et tu pinces la bouche, quand tu fais le gentil couillon, tu ouvres grand les yeux et tu prends l'air ahuri de la baleine qui a trouvé un pinceau à blush".


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Là, par exemple, il prend l'air couillon puisqu'il est en mode "gentil".



Il y a encore quelques bons éléments, malheureusement gâchés par une caméra agitée : le choix de Vaux-le-Vicomte et du Vieux Mans comme lieux de tournage - tout le monde n'est pas Sofia Coppola pour se payer Versailles, bande de snobs, en plus, au moment où se déroule l'intrigue, Versailles n'existe pas encore.


Une fois qu'on a fait le tour des points positifs, on reste quand même assez consterné par le film. Passons sur les libertés prises avec l'histoire. D'habitude, je suis plutôt bon public et je ne râle pas trop devant les aberrations historiques. On pardonnera aussi à Randall Wallace de ne pas avoir lu le bouquin définitif de Jean-Christian Petitfils, résolvant la question du masque de fer, paru en 2003, mais plus difficilement de faire par exemple disparaître Philippe, duc d'Orléans, petit frère de Louis XIV. Tout bêtement. Hop là, à la trappe. Plus difficilement aussi, de faire coucher Anne d'Autriche avec d'Artagnan, parce que déjà, l'infante d'Espagne et reine de France ne se serait jamais abaissée à se laisser toucher par un inférieur, ensuite parce que même chez Dumas, Anne d'Autriche, c'est justement l'antithèse de la femme faible et gouvernée par ses sens. Anne d'Autriche, c'est la dignité même. La voir, dans ce film, chouiner, pleurnicher, glapir, c'est un vrai crève-coeur.


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Elle pète quand même bien le feu pour une sexagénaire.
On note encore quelques éléments érotico-historico-kitsch : le cuir noir et la rose rouge, wahou.



Tout aussi terrible est le ratage complet des rôles de nos vieux mousquetaires : Dipardiou-Porthos sur le mode 'pipi-caca-valseuses à l'air" (hahaha), Aramis en crypto-jésuite un peu perfide mais pas trop (hohoho), Athos en vieux schnock rabâcheur et rabat-joie... Pffff...


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Et là, ils se déguisent. Scène bouffonne. Qu'est-ce qu'on se marre.



On soulignera également l'extrême laideur des costumes, et leur côté extrêmement toc. On se désole devant la coiffure ridicule de Léo, sans perruque à boucles (dommage, c'eût été marrant) mais coiffé comme une jeune fille de pensionnat, les cheveux lissés aux plaques en céramiques et sagement peignés.

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On s'affligera enfin de la conclusion : le méchant va en prison et le gentil monte sur le trône, et "il apporta pain, paix et prospérité à son peuple". Pan dans les dents. Avec un roi de scénario pareil, on se demande comment ça se fait que la révolution ne soit arrivée qu'au siècle suivant.


Vous l'aurez compris, on a du mal à tirer quoi que ce soit de ce film : l'histoire est seulement prétexte à raconter n'importe quoi, sur le mode du "on s'en fout, c'était au temps des rois, ça passera toujours".
"Au temps des rois". Vous trouvez ça dans les mauvaises copies de lycées. Le "temps des rois", c'était avant, quand le monde allait mal et que les joies de la République n'avaient pas été inventées. Le temps des rois, c'est un vaste gloubiboulga de sang, de sexe, de bûchers et de meurtres dont sont responsables les monarques et l'Inquisition, qui étaient des gens très très méchants, avides de pouvoir - et le pouvoir était corrupteur, avant, tout le monde sait ça. La preuve, c'est que Louis XIV était un monarque "absolu", hein ? La preuve, il pousse une malheureuse jeune fille au suicide et il fait enfermer en prison son gentil frère jumeau qu'avait rien demandé à personne. Quand on vous dit que les rois étaient très, très méchants. C'est limite s'ils ne devaient pas faire égorger cinq types par jour pour agrémenter leur petit-déjeuner.

Au-delà du côté légèrement ridicule de ce film, ce qui me fait sortir de mes gonds, c'est le tableau affreusement crétin, naïf et manichéen qui est fait du XVIIe siècle. Sous prétexte que "c'était il y a longtemps", on raconte les pires âneries en faisant semblant d'ignorer que l'histoire, c'est quand même des gens derrière, pas une abstraction.



Groumph.