vendredi 29 mai 2009

Le philosophe inconnu de la Sorbonne.


Depuis quelques mois, un individu dont la pensée atteint des sommets philosophiques, couvre les murs de la Sorbonne de ses aphorismes délicats. Probablement échauffé par le mouvement de grève contre la réforme de l'enseignement - je n'exclus pas non plus un besoin d'extérioriser sa révolte contre Fayard qui lui a refusé la publication de son manuscrit, il nous régale jour après jour de sa pensée.

L'homme a le sens du distique et de la formule, voir parfois de la rime. Je pense qu'il a également lu le Seigneur des Anneaux, et qu'il s'essaie à l'écriture elfique, d'où les délicates arabesques ponctuées que vous observerez.

Le poids des mots, le choc des photos (prises dans l'escalier C de la Sorbonne, pour ceux qui connaissent, c'est quand on va préparer sa colle d'histoire à la bibliothèque Lavisse).

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Eh si, parfois, les gens ont des âmes d'artiste. Raté certes, mais artiste quand même.
Je vous signale que je n'ai rien dit sur ce que je pensais du fait de tagguer des monuments historiques. Mais bon.



mardi 14 avril 2009

Le XVIIe siècle en film. 1. Les trois mousquetaires, de R. Lester (1973).


Voilà longtemps que j'ai envie d'inaugurer une série de "critique ciné" à ma façon, consacrée à des films représentant le XVIIe siècle. À tout seigneur tout honneur, je commence par un des films fétiches de Chéri, qui m'a donné le virus. Je suis nulle en critique ciné, mon but n'est pas de singer les Cahiers du cinéma, mais de montrer les évolutions du XVIIe siècle dans le "septième art", comme on dit. Et il y a matière à rigoler.

À partir de 1973, Richard Lester, cinéaste peu prolifique, réalise trois films dont l'intrigue est tirée des romans de Dumas. Les deux premiers, Les Trois mousquetaires et On l'appelait Milady, correspondent aux Trois mousquetaires de Dumas : le premier volet consacré à l'affaire des ferrets de la Reine, le second à la vengeance puis à la chute de Milady. Le troisième, Le retour des Mousquetaires, s'inspire de loin de Vingt Ans Après. Il est du reste plus dispensable, et j'en parlerai peu.

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Le film était destiné à attirer par la palette de stars qu'il réunissait. Charlton Heston, Raquel Welch, Jean-Pierre Cassel, Faye Dunaway, Olivier Reed, Geraldine Chaplin, Georges Wilson, bref, que du bon. Ils sont tous là >>>. Les costumes rappellent vaguement les photos du théâtre français des années 1950, comme on avait dans nos éditions de Molière, au collège : XVIIe un peu toc, mais plutôt bien imité. Un peu vieilli : on fait bien évidemment mieux aujourd'hui, surtout quand on va tourner à Versailles où à Vaux-le-Vicomte. Là, les mousquetaires évoluent entre studios et plateaux de tournage en Espagne, ce qui donne des éléments pittoresques, comme par exemple lorsque les mousquetaires sont censés aller de Saint-Germain en Laye jusqu'en Angleterre chez Buckingham : Lester les filme cavalant dans le désert. Or j'ai beau avoir regardé ma carte de France et révisé l'Histoire du Climat de Le Roy Ladurie : au XVIIe siècle comme aujourd'hui, entre l'Ile de France et l'Angleterre, y'a pas de désert.

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Passons aussi sur la scène finale de On l'appelait Milady, supposée se passer dans un couvent proche de Béthune, où Milady réussit à assassiner Constance Bonacieux : le couvent de Béthune devient un somptueux couvent baroque en pleine Castille. Magnifique au demeurant, mais Béthune, c'est quand même plus verdoyant que la sierra. Bref.

On peut également s'amuser à relever un Louis XIII caricatural de nullité, incarné à la perfection par Jean-Pierre Cassel, et rire devant la médiocrité de la technique de la nuit américaine, mais que voulez-vous. De même, la furieuse tendance de la caméra à vouloir absolument faire entrer les quatre amis dans le même plan, finit par lasser. Mais le carton-pâte et le cliché, quand c'est bien fait, on peut aussi trouver ça bien.

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Une partie d'échecs de taille... royale !

Le film entier est une carte postale sur laquelle les acteurs se déchaînent. Tout y est un plaisant cliché : les soldats du cardinal sont balafrés et ont l'air méchant (mais alors très très méchant), les gentils sont très très gentils. Tantôt burlesque (scène où les mousquetaires subtilisent leur nourriture dans une auberge en simulant une bagarre), tantôt très émouvant.

On fera honneur à la prestation de Charlton Heston, somptueux cardinal de Richelieu, courbé par les ans mais majestueux, l'oeil vif, le sourire carnassier. On n'en dira du reste pas autant de Philippe Noiret en cardinal Mazarin, qui a l'air de s'ennuyer au-delà de l'entendement dans le troisième volet. Richelieu apparaît comme un redoutable politique, mais qui sait aussi perdre pour sauver la face et les intérêts du roi. Un méchant, mais surtout un très grand homme. Et puis Charlton Heston, quoi.

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Les mousquetaires sont tous très réussis : Michael York en d'Artagnan a l'air couillon et provincial, ce qu'est le personnage. Donc, c'est parfait

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D'Artagnan découvre sa piaule chez Bonacieux...
en fait, plus précisément, il vient d'apercevoir madame Bonacieux...

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Ah bah oui, hein, quand je dis l'air couillon, j'ai mes raisons... mais le personnage est couillon !
C'est de loin le moins subtil des mousquetaires, à mon avis.

Olivier Reed, grande prestance et triste oeil bleu, est un Athos abimé par la vie mais portant haut son honneur. Aramis est beau, très beau, sourire charmeur et oeillades en cascade, jouant à merveille sa qualité de "mousquetaire par intérim", en attendant d'être prêtre. Richard Chamberlain rend à merveille les ambiguités du personnage, qui n'est pas le dévot bigot mais contrarié qu'on en fait souvent : au contraire, c'est plutôt un libertin à la manière de Cyrano de Bergerac, un noble personnage hésitant entre la vie de noble et les aménités qu'elle apporte, et ses aspirations spirituelles. Le personnage de Porthos, incarné par Frank Finlay, est également rendu avec une gande finesse : ce n'est pas l'espèce de bourrin "gros dur au coeur tendre" qu'on voit souvent, mais également un noble personnage, un peu rude certes, mais surtout abimé comme les autres par les déceptions de la vie militaire, qui permet parfois de s'illustrer, mais surtout de souffrir pour le service d'un roi pas toujours très reconnaissant.

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Les scènes militaires sont également remarquables : pas sanglantes (le soldat Ryan, c'est plus tard), superbes, juste assez grandiloquentes : pour le siège de La Rochelle, il faut bien un peu en rajouter, sinon c'est pas la peine. Mais également très mélancoliques : tant d'efforts héroïques, si peu récompensés...

Les femmes ne sont pas en reste. Raquel Welch est quelque peu sous-employée mais elle joue à merveille Constance Bonacieux, un peu cruche, dépassée par les événements. Dommage que son mari soit joué sur le mode de l'imbécile à moitié sénile, du reste. Mais bon, Raquel Welch est splendide, et sa poitrine aussi, ce qui est confirmé par les regards éloquents qu'y jette d'Artagnan.

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Geraldine Chaplin est remarquable de dignité (sauf dans le troisième volet).

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Et Faye Dunaway en Milady... Eh bien, elle est géniale de machiavélisme tout en retenue. Elle rend aussi parfaitement l'injustice profonde du sort de Milady, qui devient diabolique parce que les hommes l'y poussent : condamnée pour une broutille, elle devient paria, intouchable, condamnée une deuxième fois par Athos puis par tous les autres : quand on y réfléchit deux secondes, elle se bat avec les mêmes armes que ceux qui l'ont déjà détruite. Dumas, premier féministe ? Je l'ignore. Mais quand on relit le bouquin, la question du personnage de Milady est bien plus complexe qu'il y paraît quand on a dix ans et qu'on découvre Dumas.

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Quoi qu'il en soit, les acteurs principaux sont tous excellents et d'une remarquable finesse : on n'en dira pas autant des caricatures de Trois mousquetaires qui ont pu être faites en France au même moment. À la fois glamour (ah, Simon Ward en duc de Buckingham, quel beau gosse !), drôle (ah, la baston finale, d'Artagnan escaladant un lierre et Planchet déguisé en ours), plein d'entrain (cavalcades et duels sont au rendez-vous, tchaf, tchaf !), les deux premiers opus sont très réussis.

Le troisième, vous l'aurez compris, est plus dispensable : outre un scénario en roue libre, la suppression du personnage de Mordaunt au profit d'une jeune femme qui serait la fille de Milady et de Rochefort, incarnée par Kim Cattrall (aujourd'hui Samantha dans Sex and the City, o tempora, o mores), aurait pu être une bonne idée, mais n'est qu'un prétexte à montrer des poitrines gonflées sous le pourpoint... bof, au bout d'un moment, c'est lassant. Les acteurs sont vaguement vieillis (en gros, on leur blanchit la moustache) et deviennent patauds. Même les scènes de duel deviennent ennuyeuses, un comble.

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Quelques éléments bien trouvés cependant : une maison regorgeant de pièges et de mécanismes secrets actionnés par des nains, un duel sur un lac gelé, un envol en mongolfière... mais plus aucune finesse. Dommage. On notera que l'ambiance du tournage fut du reste réellement plombée par la mort de l'acteur incarnant Planchet, d'une chute de cheval pendant une cascade.

Bilan :

Une série de films remarquablement intelligents dans la compréhension de la finesse des personnages de Dumas, malgré la lourdeur du dernier opus. Une belle fable sur l'honneur, émouvante et digne. Je pense notamment à cette réplique marquante d'Aramis, à la fois noble et désabusée : quand, à la guerre, le roi dit "Battez-vous", on se bat. Alors allons nous faire tuer là où on nous dit d'aller, la vie vaut-elle de faire tant de question ?". Malgré le côté carton-pâte parfois outrageant et vieilli, un XVIIe siècle dont la pacotille n'est qu'apparente.

J'insisterai notamment sur la représentation des mousquetaires, ces nobles personnages prêts à se faire tuer pour un roi ou une reine, sans que cela soit toujours reconnu : après tout, les mousquetaires sont à peine remerciés par la reine pour l'affaire des ferrets, et l'héroïsme de La Rochelle restera inconnu du roi. Le drame de d'Artagnan - la mort de Constance - est purement gratuit, injuste. Ces hommes ont tout à perdre et pas grand-chose à gagner. Quelques années après la mort de Louis XIII (dont je déplore la caricature dans ce film, où il paraît vraiment débile, ce qu'il n'était pas, et incapable, alors qu'il fut un chef de guerre remarquable), ces mêmes hommes se révolteront et se déchireront : on se rappelle qu'Athos et Aramis choisissent le parti de la Fronde, tandis que d'Artagnan et Porthos choisiront sans vraiment savoir pourquoi, le parti du roi, mais plus par intérêt que par conviction.

La grande intelligence de ce film, justement, est de mêler le burlesque au romanesque : les gages renforcent l'absurdité des vies de ces mousquetaires, chevaliers à la triste figure autant que Cid campeador. Baroques, sublimes et profondéments humains.

jeudi 2 avril 2009

Katyn.

On s'agite, on encense le courage de Wajda, on s'esbaudit de la sortie de ce film - que je verrai demain si je peux.

On s'émerveille de ce qu'il montre - enfin - l'une des atrocités commises par l'Armée rouge pendant la seconde guerre mondiale - ici, en l'occurence, le massacre d'officiers polonais, massacre dont la faute fut rejetée sur les nazis, et enfin reconnu par l'URSS sous Gorbatchev.

On dénonce une diffusion plus que restreinte en criant presque à la censure - cela dit, treize salles dans toutes la France, c'est peu. Pierre Assouline explique que c'est dû à un problème de distribution - mouais, bof. D'autres crient au complot maçonnico-soviétique, visant à effacer le souvenir de Katyn.

Il paraîtrait que la France est davantage prête à charger l'Allemagne nazie que les bolcheviks. Ce qui n'est pas tout à fait faux, si j'en juge par le nombre de gens que je connais qui persistent à se rouler par terre devant Ernesto Guevara - d'ailleurs, personne ne songe à monter un club des fan de Leonid Brejnev, c'est curieux, à croire que la belle gueule joue pour beaucoup dans la vénération du Che. Ce qui me permet de douter d'autant plus du bien-fondé des convictions des staliniens de tout poil.

Cela dit, depuis mon cours de terminale sur la Seconde guerre mondiale (le programme s'ouvre là-dessus, si ça fait longtemps que vous êtes sorti du lycée), j'ai toujours entendu parler de Katyn, et de l'Armée rouge comme responsable.

Certes, j'étais chez les jésuites, donc sous une influence probablement un peu plus anticommuniste que la moyenne, mais cela me donne à penser que "l'occultation du massacre de Katyn en France par un complot rouge" est un peu une vaste blague. J'ai relu mon bouquin de terminale, Katyn est dedans, pas de problème. À ceux qui de même poussent des cris pour réclamer une révision des manuels scolaires parce qu'on n'y parle pas assez de la colonisation, par exemple, je réponds exactement la même chose : si vous aviez pris votre professeur d'histoire pour autre chose qu'un con radoteur, si vous aviez ouvert votre bouquin plus de deux fois dans l'année, vous n'auriez pas besoin de crier au complot occulte des forces du mal.

La vraie raison, ce n'est pas que le complot rouge en France cherche encore à occulter le massacre de Katyn, dont seuls les cons nient la réalité. Et les cons, c'este trop tard pour s'en préoccuper. La vérité, c'est que les Polonais, tout le monde s'en fout. Et que si un film balançant sur l'Armée rouge réjouit le coeur des vieux réacs (moi la première) par sa sortie, l'histoire de la Pologne, on s'en tamponne quand on fait partie des "grandes puissances".

La vérité, c'est que l'histoire de la Pologne est pathétique et que cela n'intéresse personne. La Pologne a toujours voulu jouer dans la cour des grands et nous, les "grands", nous nous sommes contentés de la piétiner joyeusement. Cela a commencé lorsqu'Henri de Valois s'embêtait comme un rat mort à la cour de France (en attendant la mort du grand frère pour lui piquer sa couronne), qu'il s'est fait élire roi de Pologne histoire de rigoler un peu, puis qu'il s'est tiré dare-dare pour rentrer au royaume des lys, parce que régner sur les barbares, ça lui disait moyen.

Au XVIIIe siècle, on s'est juste dit que la Pologne, c'était bien joli mais qu'on pouvait aussi se la partager entre grands. Sous Napoléon, les Polonais ont prêté à l'empereur la belle Marie Walewska en espérant que ça lui donnerait l'idée de rendre l'idépendance à la Pologne, mais bernique. Au XXe siècle, on s'est contentés d'aller y massacrer des juifs, et puis les autres aussi - c'était des Polonais, vous comprenez, on n'en avait rien à foutre. Après les nazis, ils se sont pris les rouges sur la gueule, et on n'a plus trop entendu parler d'eux.

Aujourd'hui, la Pologne a envoyé des contingents en Irak histoire de se faire bien voir et de donner l'impression que la Pologne, c'est chouette. Résultat, ils passent juste pour des cons et on ne se prive pas pour leur dire en haut lieu. Ah, l'Europe démocratique et sa bonne conscience de la justice...

La vérité, c'est que Katyn a intéressé les anciens nazis parce que ça leur permettait de dire "pour une fois, c'est pas nous", et l'Armée rouge, qui disait "ah bah en plus, regardez, ils ont aussi massacré des officiers polonais".

Si "la France des droits de l'homme tarde à reconnaître Katyn" (entendu à la radio ce matin), c'est surtout parce que c'est pas chez nous et que les Polonais, on s'en fout. Nous, on a le mémorial du juif inconnu et la loi Gayssot, on ne peut pas tout faire, n'est-ce pas ?

Le Monde pond une critique (bon, cela dit, si les pages critiques ciné du Monde étaient bonnes, ça se saurait) pour dire que Katyn n'est pas un bon film parce qu'il ne parle pas de la Shoah : eh oui. Les juifs, ça intéresse encore. En revanche, des Polonais, catholiques en plus, c'est tout de suite moins glamour, n'est-ce pas ?

Il n'y a pas de complot. Juste une profonde indifférence au sort des autres. La Seconde Guerre mondiale mise à la sauce française contemporaine, c'est la Shoah, les gentils résistants et les méchants vichyssois. Point. Les Polonais, rien à foutre. Bien sûr.

Moralité, allez voir Katyn, ça sera toujours ça de pris aux champions du je m'en foutisme.

samedi 21 mars 2009

L'expérience de la mélancolie - Charles d'Orléans.

En feuilletant mon exemplaire des poèmes de Charles d'Orléans, j'y ai retrouvé avec un plaisir tant poétique que patriotique, un très beau rondeau, que je n'ai jamais vu, curieusement, cité par les blogs de la "réacosphère". Allez comprendre.

Je ne trouverai pas de mots aussi sensibles que ceux de ce captif, fait prisonnier par les Anglais à Azincourt, attendant vingt-cinq ans qu'on veuille bien lui payer sa rançon afin qu'il puisse revoir les siens. Plutôt que la lettre de Guy Moquet, revenons à Charles d'Orléans.

En regardant vers le pays de France,
Un jour m’advint à Douvres sur la mer
Qu’il me souvint de la douce plaisance
Que soulois au dit pays trouver ;
Si commençai de cœur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Je m’avisai que c’était nonsavance
De tels soupirs dedans mon cœur garder,
Vu que je vois que la voie commence
De bonne paix, qui tous biens peut donner.
Pour ce tournai en confort mon penser,
Mais non pourtant mon cœur ne se lassoit
De voir France que mon cœur aimer doit.

Alors chargeai en la nef d’Espérance
Tous mes souhaits, en leur priant d’aller
Outre la mer sans faire demeurance
Et à France de me recommander.
Or nous donn’ Dieu bonne paix sans tarder !
Adonc aurai loisir, mais qu’ainsi soit,
De voir France que mon cœur aimer doit.

Paix est trésor qu’on ne peut trop louer.
Je hais guerre, point ne la dois priser ;
Destourbé m’a longtemps, soit tort ou droit,
De voir France que mon cœur aimer doit.

lundi 16 mars 2009

La connerie du jour : est nominé Le Monde

... pour un article sur la possible "origine africaine de Cléopâtre".

Parce que vous comprenez, jusqu'à présent, les historiens idiots, racistes et obscurantistes avaient l'outrecuidance de souligner les origines grecques (les Lagides, d'origine macédonienne) de la reine au destin tragique. Le Monde dit même que dans l'opinion générale, Cléopâtre était une européenne. Sans se douter de la profonde bêtise qu'il y a à employer ces termes. Pour l'époque, le problème, c'était d'être un barbare ou pas. On s'en foutait d'être européen.

Or, selon Le Monde, qui s'en roule par terre de bonheur, on aurait prouvé par le squelette de sa soeur, que Cléopâtre avait du sang africain dans les veines.

Et manifestement, ça change beaucoup de choses.

J'aimerais bien savoir quoi.

D'abord, parce que je croyais que les races n'existaient pas, que ça ne changeait rien d'être blanc ou noir ou rouge et jaunes à petits pois.

Ensuite, parce qu'il suffit de lire un tant soit peu les textes anciens (mais je soupçonne un bon paquet de journaleux d'avoir une culture du niveau d'un pot de yaourt) pour comprendre que les "harems" de ces braves gens étaient plein de femmes de différentes origines, métisses, noires, blanches, de tous les horizons. Donc s'émerveiller des potentielles origines africaines de Cléopâtre me paraît relever de l'intérêt de l'invention de l'eau tiède.

Et troisièmement, putain de merde, il faudrait piger que ce qui fait un individu, c'est sa culture, celle à laquelle il choisit d'appartenir. Ergo, arrêtez de nous gonfler avec les origines biologiques des gens. Ergo, Le Monde est victime de ce putain de déterminisme à deux roubles.

Ergo, je soupçonne Le Monde de vouloir nous péter les noix en nous refaisant le coup du métissage-qui-améliore-les-races, ce qui fleure bon la connerie, l'eugénisme et la bien-pensance.

mercredi 21 janvier 2009

Je le savais bien, moi, que c'étaient des conneries.

Depuis quelques années, je commençais à douter du bien-fondé de l'affirmation selon laquelle Noël et l'ensemble des fêtes chrétiennes ne sont que des récupérations de rites païens. D'autant qu'en général, les gens qui vous assènent cela, souvent des anticléricaux modèle opiniâtre, en profitent pour vous faire un petit couplet sur l'Église qui a toujours oppressé les peuples, etc, etc.

Outre que cela m'énerve, je me suis de plus en plus mise à douter de cela. D'abord parce que ça m'énerve qu'on critique l'Église - mais vraiment, c'est-à-dire que je ne fais même plus l'effort de discuter avec les bouffeurs de curé, je me contente de leur dire qu'ils ont tort et qu'il me suffit largement de penser ainsi, ce qui a l'avantage de couper court à toute discussion. Gain de temps incommensurable.

Ensuite parce qu'un jour je me suis mise à faire de l'histoire, et plus précisément à faire une thèse, donc à devoir réfléchir en-dehors de toute logique.

Et enfin parce qu'à force de faire de l'histoire, j'ai dû lire des livres d'histoire. C'est idiot mais il faut le préciser, cela a une importance.

Donc, plus je lisais, plus je trouvais cela louche que les anciens fussent assez cons pour se contenter de transposer, grossièrement, Noël sur la fête du solstice d'hiver, et la Saint-Jean sur celui d'été.

Certes, la représentation des Anciens dans notre imaginaire de petits mickeys modernes, en général, n'est pas brillante : dans les films qui se passent au moyen-âge, par exemple, les gens du moyen-âge, ils sont tellement cons qu'ils passent leur temps à faire des braseros en plein air pour chauffer l'air hivernal. Cons, quand même. Chauffer l'air.

Bref. Toujours est-il que ce qu'on m'avait toujours représenté (du moins du temps que j'étais à l'école gratuite, laïque et républicaine) comme une conquête de la pensée historique des Lumières, de la laïcité et du Progrès, s'est écroulé définitivement dans mon esprit il y a cinq minutes.

Eh oui. Déjà dans les années 1950, le défunt mais néanmoins illustre folkloriste Arnold Van Gennep crachait tout son venin à l'encontre de ces vieux clichés du genre "c'est le reste d'un culte solaire antérieur au Christianisme", ou "le culte du Soleil existait chez tous les peuples depuis la haute antiquité". Et l'ineffable homme concluait brutalement d'arrêter les déconnades. En gros, Noël et la Saint-Jean, ce n'est ni solstitial, ni solaire, ni paîenne. Point.

Deux conclusions : non, la recherche moderne (depuis cinquante ans) n'a pas démontré que l'Église avait aliéné les gentils peuples païens en leur collant noël sur leurs jolis feux du solstice. EArrêtez de nous faire chier avec les origines païennes de Noël. C'est une construction historiographique ancienne, qui énervait déjà les gens de bon sens dans les années 1950. Et d'ailleurs, personne ne l'a jamais vraiment montré vu que ça n'est pas vrai.

Laissez-nous fêter noël. Si cela vous déplaît, fêtez le solstice. Mais lâchez-nous la grappe, à nous les catholiques, putain.

Note à l'attention des compulsifs de la bibliographie : Ouvrez donc Le catholicisme entre Luther et Voltaire de l'immortel Jean Delumeau (oui oui immortel, pour de vrai, puisqu'il est académicien), multiples rééditions augmentées, donc la dernière est toujours la meilleure, ainsi que le Manuel de folklore français contemporain (titré Le Folklore français dans la réédition chez Robert Laffont, collection « Bouquins »), d'Arnold Van Gennep, écrit entre 1943 et 1957, paru jusqu'en 1958. Voilà. Z'êtes prévenus.

vendredi 2 janvier 2009

Fragment d'un discours entre personnes hautement cultivées.


La scène se passe à l'arrêt du bus de la ligne 38. Deux jeunes gens devisent gaiment.

- Dis-moi, dis-je, tu crois qu'il n'y a que moi que cette affiche fait gerber ?

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- Mais non, tu ne comprends rien une fois de plus, c'est pour exciter les mâles, il paraît que les trucs vaguement lesbiens ça plait.

- Ah.

- Et puis en fait, si tu veux mon avis, c'est une allusion au Bain turc, c'est ingresque, quoi...

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- Cherche pas plus loin, c'est bien ça : Ingres aussi me fait gerber.