mercredi 1 juillet 2015

Lorsque l'enfant grandit...


"J'ai regardé, impuissante, mon enfant s'éloigner [...]. J'ai compris cette douleur à laquelle Dieu avait condamné les femmes depuis la chute. L'enfantement n'était pas seulement une torture physique, mais une peur attachée comme une pierre à une joie intense. Les mères savaient la mort déjà à l'oeuvre dès le premier souffle de leur enfant, comme accrochée à leur chair délicate. Souviens-toi que tu es poussière ! 
J'avais encore son parfum sur les mains, la douceur de sa peau au bout de mes doigts, l'empreinte de sa tête sur mon épaule. La peau fine de mes seins, où toutes mes humeurs se déversaient soudain par jets, allait se déchirer comme tissu, mon être éclaterait bientôt tant mon corps débordait de tendresse et de lait. O ce vide en mes bras comme un creux en mon âme !".


Carole Martinez, Du domaine des Murmures, 2011. 



lundi 15 juin 2015

Distractingly sexy.

A vrai dire, je me fous un peu de l'avis de Tim Hunt sur la place des femmes dans les laboratoires. Dans les sciences humaines, de toute façon, on n'est pas concerné par les laboratoires, vu qu'on préfère draguer à la BnF. 
Pour ceux qui n'ont pas suivi l'affaire, Tim Hunt c'est un nobélisé qui voudrait qu'hommes et femmes fussent séparés dans les laboratoires, parce que ça fait  des histoires de fesses et que les femmes ne font que pleurer. Soit. En attendant, les réactions sur Twitter et la petite vidéo ci-dessous m'a bien fait marrer.




Et, heu, Tim Hunt, t'aurais mieux fait de la boucler ce jour-là. M'enfin, de même qu'on trouvera bien des vers ratés chez Racine, de même, on a le droit d'avoir l'humour naze, parfois. 


lundi 8 juin 2015

Back to Alexandria.


Aucune idée de pourquoi, en cherchant un titre parlant de retour, je repense à l'incipit du quatrième volet du Quatuor d'Alexandrie. Dont je n'ai retenu que le début, parce que la description était réussie sans doute. On va dire ça, vu que je n'ai aucun, aucun souvenir du bouquin. Ce qui n'est pas très bon signe.


Ma dernière publication remonte à presque un an. Il faut dire que je ne me suis guère ennuyée ces derniers mois, entre la thèse à boucler, les colles en prépa, les montagnes de copies du lycée qui pourrissent sur mon bureau, les héritiers qui s'accrochent à mes jambes ou se bastonnent pour la même petite voiture (alors qu'on en a bien trois millions à la maison et qu'il leur faut la même). 

Je suis vidée. Ravie d'avoir soutenu, ravie d'avoir mené à bien ce projet de dix ans de vie, mais vidée. Les cours au lycée ne sont pas finis, notez, et j'ai encore une bonne petite centaine de croquis de géo (amateurs de la Northern Range, ne vous abstenez pas, venez corriger à ma place) (vous verrez comme c'est cool la géographie) (si). 

- J'ai eu de grands fous-rires (notamment la fois où les premières S ont cru dur comme fer que j'étais sérieuse en disant que bien sûr, je note à la tête du client.
- J'ai eu de grands moments de lassitude (quand Stayssi, en seconde de l'angoisse, vient demander du papier toilette sinon je vais faire pipi dans ma culotte madaaaaaaaaame). Ou quand Jessyfer de la même classe note que Napoléon a une couronne de lauriers (BIEN) parce qu'il a vécu au temps de Jules César Madaaaaaaaaaame ? (non) 
- J'ai eu des coups de sang (quand le conseil de classe de la seconde de l'angoisse commence par un "bah, t'façon, on peut pas en faire redoubler 20 comme ça hein, donc Charles-Kévin et Paul-Kévin passeront en première ES avec 2,37 de moyenne" alors qu'honnêtement, les deux bons tiers de la classe n'ont pas le niveau quatrième)
- J'ai eu des instants de grâce (quand Jean-Kévinou de première S arrive à se rappeler qu'on a parlé du scandale de Panama six mois plus tôt) (et qu'il s'en souvient) (en revanche il met deux N à Panama, le petit sacripan) (bon, je l'ai étripé juste derrière parce qu'il le plaçait sur le canal de Suez, le petit sapajou).
- J'ai eu des moments de légère confusion : Madaaaaaaaaaame on a tous voté pour vous pour le prix d'élégance du lycée!!!! moi : gni ? Ouiiiii, parce que vous êtes toujours en robe et que vous mettez pas de baskets. Ah. Bon. J'eusse préféré qu'on louât la qualité de mes cours, m'enfin soit.
-J'ai eu des moments de toute puissance : Madaaaaaaame vous êtes trop méchante, vous voulez jamais qu'on parle en cours. Oderint dum metuant, etc.

Bref, j'ai vécu une année au lycée.


jeudi 26 juin 2014

Games of Thrones, quelques réflexions.

Bien évidemment, j'ai une faiblesse, comme à peu près l'écrasante majorité des gens, pour la série Games of Thrones. La seule chose qui me gonfle un peu, c'est sa violence et le luxe de détails bien répugnants, les éviscérations, les décapitations, les tortures, bref, tout ce qui est très à la mode depuis quelques années. Mais à cela j'ai un remède efficace : je file dans la pièce à côté (c'est la buanderie, chez nous, du coup c'est pratique : j'évite de rendre mon repas et j'avance dans le pliage de linge propre), du coup, le problème reste circonscrit. 

Ce qui m'enthousiasme en revanche, c'est sa qualité d'illustration historique. Ne me prenez pas pour une bille non plus : je suis au courant, Westeros, en vrai, ça n'existe pas, et les dragons non plus, par ailleurs. Par ailleurs, je suis bien consciente que les types qui font les décors ont fait leur petit marché à leur sauce, genre des armures du XIVe siècle mélangées à des cabinets de plus pur style Henri II (si, dans les appartements royaux de Port-Réal, regardez bien), et des chaises curules qui n'auraient pas déparé chez Napoléon. 

Plus intéressante est la représentation de la haute noblesse dans la série. Surtout les personnages de la famille Lannister, d'ailleurs. Ils n'ont pas de chance, ceux-là, vu que ce sont les vilains méchants. Mais les vilains méchants qui, finalement, incarnent à la perfection ce qu'a pu être la mentalité noble du Moyen-âge et d'une partie de l'époque moderne. Jaime Lannister et son père sont des salauds dans l'histoire, c'est entendu. Mais enfin, ce sont des salauds nobles. Et des salauds courageux malgré tout, redoutables combattants. Ce qui justifie d'ailleurs que malgré la haine politique qu'elle leur voue, Brienne de Torth éprouve une admiration de classe à leur égard. 
Jaime Lannister, c'est Guillaume le Maréchal de Georges Duby, c'est le "meilleur chevalier du monde" (c'est souligné suffisamment souvent), aussi éclatant dans sa noblesse qu'imbu de sa personne. Oui, mais c'est tout à fait cohérent avec sa position sociale : par son excellence en tant que chevalier, par sa naissance, tout lui est dû, point final. Pour les connaisseurs, le personnage me fait penser à celui d'Herbert le Gros dans Argile et cendres de Zoé Oldenbourg : violent, en particulier avec les femmes, torturé souvent (Herbert se débat entre le plaisir qu'il éprouve à violer sa demi-soeur et sa crainte du châtiment en enfer, Jaime doit affronter l'opprobre pour avoir fait le sale boulot en tuant le "roi fou"), ils restent convaincu de leur droit à prééminer, du fait de leur naissance et surtout de leur valeur guerrière.
Le père Tywin Lannister est tout aussi racé, excellent stratège et combattant à la tête de ses troupes. Il est aussi obsédé par le maintien de sa race - et l'explique clairement à son fils contrefait Tyrion : même nain, celui-ci a sa place dans la famille parce qu'il est du même sang. Le clan prime sur l'individu qui doit avant tout tenir son rang. D'où le mépris qu'il ressent visiblement à l'encontre du petit fils dégénéré, le cruel et débile Joffrey. A mon sens, à l'encontre de Tyrion, le fils nain et débauché, c'est plus de la rage qu'il ressent, pas du mépris. Car dans une certaine mesure, Tyrion justifie sa position par son intelligence, à défaut de valeur physique. Joffrey, lui, n'a ni intelligence, ni courage.

La seule chose qui me chagrine, c'est le traitement de la question religieuse. Non parce que vouloir faire un truc médiéval sans religion, c'est juste vouloir parler de la Chine depuis 1949 sans parler de Mao (poke les candidats du bac de cette année) : dommage, et légèrement à côté de la plaque. Alors oui, y'a bien l'histoire de la prêtresse de Machinchose qui ressuscite les morts, et le personnage de Stannis Baratheon qui est à peu près aussi drôle et stimulant qu'un technocrate des années Pompidou, mais bon, ça manque quand même légèrement de blanc manteau d'églises.


Quoi qu'il en soit, je ne suis pas sûre que les scénaristes (ou l'auteur de la série) aient lu Georges Duby (encore que cette histoire d'hiver qui arrive, si c'est pas une affaire de mutation de l'an mil, qu'est-ce qu'il vous faut, peut-être ?), mais ça reste remarquablement bien foutu pour ce que c'est. Ne boudons point notre plaisir d'historien...

vendredi 11 avril 2014

Que ma joie demeure !




La dernière fois que j'ai publié... Mon Dieu, Monsieur Cadet n'avait pas un mois. Il s'en est passé des choses. De jour en jour, on a eu les bronchites, les bronchiolites, les poux (merci l'Héritier, ta mère se souviendra longtemps de ton bon coeur et de la façon dont tu partages tous tes biens), l'épuisement, quelques nuits pourries (où le plus relou n'est pas toujours celui qu'on croit, le plus petit sachant, LUI, pioncer en silence), beaucoup d'éclats de rire, l'impression de toujours recommencer, découvrir un bébé qui s'éveille, un grand frère qui houspille son cadet parce que "c'est pas encore le jour hein bébé, il faut dormir", des têtes brunes pleines de cheveux, une sortie au Jardin d'Acclimatation, encore des nuits pourries qui se dépourrissent petit à petit, une reprise du travail, un réapprentissage de la conduite, six semaines de cours, l'étonnement de l'Héritier qui explique à son père que "non, c'est pas M.-A. qui va garder mon frère, c'est Maman. - Ah mais non, Maman va au travail... - Non, c'est Papa qui va au travail" (le féminisme n'est pas encore passé par l'Héritier).


Avant de partir à la maternité, j'avais préparé un petit colis à destination de l'Epoux, qui contenait, entre autres, le DVD du spectacle d'Alexandre-Kaamelott Astier, Que ma joie demeure. Inspiré de la vie de Jean-Sébastien Bach, et qui permet à l'auteur de s'en donner à coeur joie avec ses thèmes favoris : un sujet d'histoire traité tantôt dans le grave, tantôt dans le sérieux, et surtout en musique - ainsi faut-il rappeler qu'Alexandre Astier est un musicien remarquable, qui compose les musiques de ses films. 
http://youtu.be/xOmZ4U23Y7w

Forcément, ça ne pouvait qu'être bon - et ça ne pouvait que me plaire. Déjà, un type qui arrive à faire du drôle avec de la musique du XVIIIe siècle et même un sketche sur la mortalité infantile à l'époque moderne, arriver à rendre ça touchant et même à en faire sourire, c'est un tour de force.

Donc, c'est excellent. Evidemment.

vendredi 22 novembre 2013

Marisol, Vincent et les autres.



Voilà plusieurs mois que je me demande si le gouvernement que nous avons l'honneur d'avoir est incompétent, nul ou complètement déconnecté. 

J'ai du mal à trancher, parce que ça demande tout de même une étude approfondie du problème, et que d'une façon générale, je lis assez peu les journaux d'actualités. D'une, ça me déprime ou m'énerve la plupart du temps, et de deux, c'est en général fort mal écrit. Pendant mon premier congé maternité, je regardais le journal télévisé pendant que l'Héritier faisait sa tétée du soir, mais maintenant que la télé est dans le salon du sous-sol, ça serait trop fatigant de descendre douze marches pour aller bailler devant un présentateur quelconque. Du coup, je compte sur mon mari pour me raconter les trucs importants. Mais enfin, de temps à autres, je tape dans mon navigateur Google "lemonde.fr", parce que faut pas mourir idiot.

C'est comme ça que finalement j'ai pu aboutir à l'idée que ces gens-là sont en effet complètement déconnectés de tout. En se prétendant socialistes et de gauche, ce qui est tout de même un comble. 

Le premier exemple qui m'en a convaincue est la fameuse affaire de la "réforme des rythmes scolaires". Tout le personnel enseignant est contre, ou à peu près, mais ça, le ministre s'en bat les flancs, LUI il SAIT ce qui est bon pour les élèves et l'école. L'écrasante majorité des parents râlent devant cette réforme et décrivent des gamins épuisés ou qui s'emmerdent ferme pendant les heures consacrées aux fameuses zactivités zéducatives. 
Les seuls qui en sont contents ou du moins pas mécontents sont les parents aisés financièrement ou habitant dans une commune favorisée. Forcément. S'ils voient le gamin crevé par les nouveaux rythmes, ils payeront sans souci la nounou pour quelques heures de plus, afin que le rejeton échappe aux zactivités et rentre faire la sieste. Si le gosse n'est pas crevé, il ira aux zactivités, stimulantes et bien fichues, payées rubis sur l'ongle par une commune exigeante et pas près de ses sous. 
Bref, en gros : une réforme faite par des riches pour des riches. Comme c'est étonnant.

L'autre exemple, c'est la déclaration fracassante de Marisol Touraine, qui entend lutter bec et ongles contre la surconsommation d'antibiotiques des Français. Parce que c'est vilain tout plein, depuis le temps qu'on vous dit que les antibiotiques c'est pas automatique, bon sang de bois. 
Sérieux. Sérieux, quoi. Marisol, depuis combien de temps n'es-tu plus allée chez le toubib ? Je veux dire le toubib de Monsieur Tout-le-Monde ? Non parce que moi ça fait bien des années que pour avoir des antibiotiques, je dois quasiment supplier à genoux mon généraliste, qui s'excuse humblement mais que vu comment la Sécu me flique, madame, va falloir vous en passer. La dernière fois que j'en ai eu, c'était pour une sale bronchite doublée d'une vilaine infection, il y a de ça bien quatre ans. La seule fois que mon fils en a eu en deux ans de vie, c'était pour une otite qui dégénérait au point que le loupiot avait l'oreille en sang. 
Alors ta surconsommation d'antibiotiques, Marisol, faut arrêter de la fumer. Va voir comment ça se passe chez le toubib, où tu te pointes avec une sale toux, le nez qui dégouline, les oreilles bouchées et de la fièvre à n'en plus finir, d'où tu repars avec une ordonnance pour du stérimar et du doliprane "et vous revenez si ça va pas dans une semaine". 

Genre ça serait cool de connaître la vie des gens quand on est ministre de gauche. Non ? 

jeudi 26 septembre 2013

Histoire de reprendre.



Rentrée. Nouveau métier, professeur en lycée. Nouvelle vie, nouveau salaire aussi (c'est pas qu'on travaille que pour l'argent, hein, mais quand même).

J'ai de la chance, très objectivement. Des collègues gentils et accueillants, un établissement plutôt pas mal, un proviseur et une administration au poil, une amie déjà "dans la place", des élèves pas bien méchants, un emploi du temps sans trous. Je me tape donc sans trop de râlerie l'heure et demie de bus pour y aller le matin en tombant du lit à 6h, départ 6h30. Ce qui relève de l'exploit personnel, étant donné que me lever avant 9h relève en général de la torture mentale. 

Trois semaines de cours et certaines choses me sautent cruellement aux yeux. 

D'abord, la vacuité des cerveaux des élèves qui déboulent au lycée. L'élève de seconde moyen, en histoire-géo, ne sait pas rédiger un paragraphe. N'a absolument rien appris au collège (et est capable de soutenir mordicus que non, il n'a jamais entendu parler de la guerre de 14-18, et tant pis si vous connaissez son prof de collège qui l'a, lui, pourtant bien enseigné...). Ne sait pas la boucler en cours. Et surtout, a développé un sentiment d'impunité, largement encouragé par ses parents, fondé sur la conviction d'être le nombril du monde, omniscient, génial, parfait. Et d'une manière générale, plus aucun ne sait écrire sans faute d'orthographe. Dernier paquet de copies ramassé, je n'ai jamais trouvé moins d'une quinzaine de fautes d'orthographe par élève. 

Ce qui est difficile, c'est de n'avoir aucune prise sur eux. La menace des notes ? La plupart s'en fichent assez largement. Quand on demande un devoir, en prévenant que ceux qui ne rendront rien auront zéro, vous en avez déjà qui, dès septembre, préfèrent le zéro au fait de fournir un effort, aussi minime soit-il. Idem pour les interrogations écrites sur le cours, où il suffit de réciter : moyenne de 6/20. La menace de l'exclusion ? Ils passeraient pour des héros. Certains sont collés dès la première semaine - j'ai la chance d'être dans un bahut où les sanctions ne sont pas découragées. Rien n'y fait, ils la ramènent toujours autant en cours. Que le CPE ou même le proviseur en personne leur souffle dans les bronches ne change à peu près rien. 

Bref, le système est fait pour des élèves qui seraient gentils, travailleurs, facilement effrayés par la menace d'un zéro ou d'une engueulade de la part d'un adulte. Evidemment, on rigole doucement. 

Que faire avec un élève qui arrive avec un dossier minable, mais qui est passé en seconde grâce au forcing acharné de ses parents qui invoquent la discrimination à tout bout de champ ? 
J'ai aussi un certain nombre de redoublants, pourtant loin d'être idiots à première vue, mais dont la maturité doit à peine dépasser celle de mon rejeton de 18 mois, du genre à être incapable de se taire plus de 5 secondes en cours. J'en ai un autre qui ne parle ni ne bouge en cours (béni soit-il) mais qui a passé tout l'an dernier avec une moyenne oscillant entre zéro et deux. Qu'en faire ? Tous savent parfaitement qu'ayant redoublé une première fois leur seconde, ils passeront forcément en première. 
Je les retrouverai l'an prochain. Ils seront probablement un peu moins bavards, un peu moins agités, le plomb leur entrant progressivement dans le crâne. Mais toujours aussi peu outillés. Et ils passeront en terminale. Et puis, et puis ? 
Je ne peux m'empêcher de me ronger les sangs en pensant à l'avenir de ces gosses qui ne savent même pas écrire une phrase correcte. On nous demande de leur enseigner les mutations culturelles de la Renaissance à ces jeunes gens qui ne savent pas quand a vécu François Ier, ni si c'était il y a longtemps, ni rien. L'angoisse de devoir mener un programme. Il faut voir en quatre heures un chapitre mais, compte tenu du bavardage intense à réprimer en permanence (je refuse de parler dans le bruit, et je perds régulièrement la moitié d'une heure de cours à les faire taire), il en faudra huit pour le mener à bien. Forcément, on ne fera pas tout. Quelle génération de vide sommes-nous en train de forger ? 

J'aime enseigner à ces jeunes gens. Je l'ai su dès la première minute où j'ai commencé à faire cours devant eux. Certaines classes sont chiantes comme la pluie, pourtant j'aime ce que je fais, et l'endroit où je le fais. Je me sens tellement plus utile là que dans mon ancien poste, aussi... mais que faire ? 

Vous me direz : il faut imaginer Sisyphe heureux. 



jeudi 2 mai 2013

Petit oiseau a pris sa volée.



Il grandit, l'ange de quatorze mois qui nous est arrivé un midi de fin d'hiver. Il comprend "va chercher tes chaussures", sait où les trouver, et fait le geste de les mettre. D'ailleurs, quand il veut sortir, il va les chercher dans le placard et tente de les enfiler. Il comprend "montre-moi la balle", ou "il est où ton doudou ?". Se paye allègrement ma tête en refusant son biberon du matin et en le donnant à son ours en peluche. Se débat comme un diable quand il s'agit de lui pschitter son nez bouché, au point que, seule, il n'est plus question pour moi de le maîtriser - d'ailleurs, la nounou a renoncé, m'a-t-elle dit ce matin. 

Il hurle quand on lui retire un objet manifestement dangereux pour lui mais qui a l'air super marrant. Il grimpe sur le canapé, descend, remonte, bondit, tente de ruser pour attraper l'ordinateur ou la DS. Ouvre un tiroir de cuisine, le vide et grimpe dedans comme il adore se planquer dans les cartons de couches vides dont il ne sort, finalement, qu'en valdinguant par terre, secoué de rire, entre paquets de coton, couches, habits, jouets. Il ne me dit qu'à peine au-revoir quand je le laisse à la nourrice le matin, trop pressé d'aller faire les quatre cent coups avec son copain de trois ans. 

Si grand, et si petit. Lui qui se réveille à quatre heures du matin, non plus pour hurler de faim, mais pour une raison plus floue. Je me lève en tâtonnant, le prend dans mes bras et lui dis doucement que ce n'est pas l'heure de se réveiller, qu'il faut encore faire dodo. Il est déjà rendormi dans mes bras, mâchouillant ce doudou à l'odeur redoutable malgré un lavage au moins hebdomadaire, sa petite tête reposant dans mon cou, chatouillé par ses florissantes boucles brunes. 

Si grand, et si petit. Au fur et à mesure qu'il grandit, mes peurs augmentent. La première chose à laquelle j'ai pensé quand je l'ai eu dans mes bras, c'est que j'étais fichue : plus une seconde de ma vie n'allait s'écouler sans que je ne craigne pour lui. Je crains la mort subite du nourrisson, oui, encore - quand je me réveille la nuit pour boire un coup dans la salle de bains, je vérifie par l'entrebaillement de la porte encore s'il respire. Je   crains la maladie. Je crains la mort, l'enlèvement. Je me retourne parfois des heures dans mon lit à l'idée qu'un type entre dans le jardin d'enfants et le subtilise sous les yeux de la nounou. Je pleure de rage quand il s'étale de tout son long sur le carrelage parce qu'il s'est pris les pieds dans l'anse de mon sac pas rangé. Je vérifie douze fois, le soir, que la porte d'entrée est bien fermée, et je me réveille la nuit, hantée par l'idée qu'un cambrioleur qui arriverait à l'étage par l'escalier tomberait d'abord sur sa chambre avant d'atteindre la nôtre. Je soupire de soulagement le soir quand je le retrouve après sa journée chez la nourrice, et en bonne santé le matin. Que ma mère me propose de le prendre une semaine cet été avec son cousin du même âge, je refuse tout net. Hors de question, c'est mon fils. 

Et pourtant, je ne saurais rien lui dire d'autre que "Va, vis et deviens". 




vendredi 12 avril 2013

Ce qui peut se cacher derrière une biographie de Bossuet.


L'autre jour, je lisais une biographie de Bossuet. Qui est un type intéressant, connu essentiellement sur la « réacosphère » pour avoir pondu l'inoxydable « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », scie que l'on retrouve à peu près partout à n'importe quel sujet, c'est un peu le point Godwin de la philosophie à deux balles. D'ailleurs, je me demande si, parmi tous ces blogs, il y en a qui sont capables de me citer une autre phrase de Bossuet, et Dieu sait s'il y en a des mieux – le prince de Condé à Rocroy, c'est quand même d'un autre calibre, mais passons.

Bref, sinon, Bossuet est un type intéressant, d'abord parce qu'il a vécu assez vieux, puis très vieux, donc qu'il a vu plein de choses. Ensuite, c'est un animal théologico-politique assez fascinant. L'auteur de la biographie expliquait comment le bonhomme, après s'être roulé dans le gallicanisme en poussant des cris de bonheur dans les années 1660, avait fini dans ses vieux jours par se jeter dans l'ultra-montanisme et dans l'anti-jansénisme forcené. Pourquoi ? Par conviction peut-être (après tout, y'a que les imbéciles qui changent pas d'avis, et pour le coup personne ne dira que Bossuet était un imbécile). Par envie de se remettre en selle, surtout, à un moment où il commençait un peu à taper sur les nerfs de Louis XIV, mais aussi du pape, et de tout le monde en général (car il était un peu pénible, quand même). Bref, histoire de faire parler de lui en bien.

Tout ça m'a fait penser à quelque chose qui me turlupine depuis quelques jours, à propos des dernières convulsions du mouvement anti-mariage entre personnes de même sexe.

Aussi loin que mes souvenirs remontent, Frigide Barjot, j'en ai entendu parler la première fois parce qu'avec son mari, l'innénarrable Basile de Koch, elle était régulièrement invitée à la Fureur du Samedi Soir, la gentillette émission d'Arthur où des personnalités du PAF venaient faire du karaoké. Ensuite ? Ensuite, c'est l'égérie de l'honorable mouvement Touche pas à mon pape, visant à défendre dans l'opinion les propos de Benoît XVI scandaleusement déformés du reste par les média. Et puis, plus rien d'autre, et franchement, rien ne prouve que le monde ait raté grand-chose (n'est pas Bossuet qui veut).

Soit. Mais... Quand même....

Je veux dire, quand la pasionaria du mouvement, à connotation massivement catholique-conservateur, est une nana dont le nom de scène est Frigide Barjot (qu'est-ce qu'on se marre), et dont l'un des tubes (...) est intitulé Fais-moi l'amour avec deux doigts... Qui tient plus de la demi-mondaine sur le retour ? 
Même pour rire (et c'est pas bien drôle, du reste) : ça rime à quoi ? C'est une blague, en fait ? Ou alors elle n'a vraiment trouvé que ça pour faire parler d'elle ? Elle manque tant que ça de notoriété ou de fric ? C'est la crise de la cinquantainte ?

Enfin. Comme disait le philosophe contemporain, Est-ce que ce monde est sérieux ?




vendredi 22 février 2013

Chargez !



J'ai assez peu de sympathie personnelle pour l'ancien président de la République. D'abord je n'ai pas l'honneur et l'avantage de le connaître, alors si ça se trouve il est en fait vachement sympatoche, et si ça se trouve c'est une peau de vache dans le privé. Mais en fait, je m'en fiche. Ce que j'aime bien, en revanche, c'est sa capacité à refiler de l'urticaire à tout un tas de gens qui se tortillent de rage dès qu'ils entendent prononcer son nom, et qui considèrent que Sarkozy c'est à peu près comme Hitler en pire. Je suis toujours en joie quand je vois des gens se ridiculiser, en fait. 
Sarkozy m'a aussi étonnée par sa capacité à cristalliser toutes les haines et les rancoeurs du milieu bobo. C'est quand même un tour de force, de réussir ça aussi bien en si peu de temps. 

Bref, le personnage m'étonne. 

C'est pour cela que j'étais très intriguée par le film sorti il y a quelques années, La Conquête, de Xavier Durringer, qui raconte comment Sarkozy est devenu président en 2012. Si j'ai bien compris, le film a eu un succès d'estime de la part de la critique, mais a souvent été descendu en flèche car il n'était pas assez critique sur le personnage. Entendez qu'il aurait probablement fallu le représenter en tueur de chatons depuis sa plus tendre enfance. 

Ce qui est étonnant dans ce film, c'est d'abord bien évidemment les performances des acteurs. Bernard Le Coq en Chirac, Samuel Labarthe en Villepin tout à fait délectable. On s'amuse à reconnaître Frédéric Lefebvre, Rachida Dati, Claude Guéant et toute la bande. Denis Podalydès est comme d'habitude parfait, mais là il est en plus perfectissime (ça se dit ? ça sonne bien en tout cas). Il est le personnage, son intonation, ses gestes, son look, tout.  Les dialogues sont ciselés, c'est le festival des bons mots. 

Et surtout, il y a le personnage de Sarkozy. Qui apparaît comme l'outsider, celui qui déboule comme un chien dans un jeu de quilles. Celui qui refuse de jouer le jeu du club des énarques et se bat à sa manière, avec ses convictions et un sens redoutable de ce qui marche et de ce qui ne marche pas. Celui qui a son franc-parler à l'emporte-pièce et s'en sert pour moucher avec aplomb les emmerdeurs. Un homme qui n'a qu'une faiblesse, sa femme, à la fois redoutable conseillère et cracheuse dans la soupe, qui pousse son mari à agir puis se plaint de son agitation et en profite pour le plaquer au moment opportun - portrait très réussi d'une pauvre petite fille riche, mais aussi épuisée par son pénible mari qui l'agrippe par le bras et la fait marcher à cent kilomètres heures. 


Bref, j'ai été enthousiasmée par le film. Mais si les mauvaises critiques me gènent profondément, ce n'est pas parce qu'elles trouvent le film mauvais - chacun ses goûts, hein. Non, ce qui est gênant, c'est le côté "c'est nul parce que ça ne démolit pas assez Sarkozy". Un peu comme Habemus Papam avait été démoli par les bobos parce que Nanni Moretti n'en avait pas fait un brûlot anti-papauté. Comme s'il y avait des sujets où il fallait forcément être positionné dans un sens ou dans l'autre. Comme si l'objectivité était impossible. Comme si on ne pouvait pas simplement aimer le cinéma parce qu'il nous raconte des histoires, comme s'il fallait toujours donner la charge. 

 






mercredi 30 janvier 2013

Les brèves du mercredi.



1. Explication. Avant, sur mon ancien blog, il y avait des brèves du lundi. J'ai recyclé le concept sur celui-ci, parce que ça permettait de faire des billets pas trop construits donc pas chronophages, de donner des nouvelles aux copains et de faire des phrases chocs destinées à faire rigoler la galerie. 
Il se trouve que le lundi, j'ai un peu moins de temps maintenant - c'est mon fils qui est plutôt chronophage, on va dire. Du coup, je déplace le concept au mercredi, jour destiné à la garde de l'Héritier. On verra bien si j'arrive à tenir la cadence. 


2. La sociologie appliquée. Il a neigé chez nous, comme chez beaucoup d'ailleurs. Il était plaisant de voir que notre rue se divisait en deux catégories : d'un côté, les plus de soixante ans, qui à huit heures du matin étaient déjà en train de pelleter la neige pour déblayer devant chez eux. De l'autre, les jeunes citadins fraîchement installés à Trou-sur-Banlieue (nous), qui à la même heure prenaient des photos de leur jardin enneigés. La division par âge recoupant du reste assez bien la division entre gens du nord et Provençaux (nous, encore). 


3. Il est toujours amusant d'observer les poussées de mon rejeton, et notamment son rapport à l'autre. Quand il était tout petit, je me plaçais à la messe avec mes copains de chorale, le loustic dans l'écharpe de portage où il pionçait comme un bienheureux. Depuis quelques mois et surtout depuis qu'il marche, je me place avec les "parents-du-fond". Où l'Héritier a repéré une petite fille pour laquelle il s'est mis à faire le guignol, se roulant par terre, et surtout acceptant de prêter son doudou - chose qu'il ne fera jamais même pour moi sa mère. La petite le récompense grassement en sourires. De là à dire que l'Héritier a à la fois tout et rien compris aux femmes du haut de ses onze mois, il n'y a qu'un pas. 


4. Grâce à la médiathèque de Trou-sur-Banlieue, je redécouvre le plaisir des romanciers oubliés dans le vortex du XXe siècle. Notamment Robert Merle dont je viens de terminer le terrible Malevil. Dévoré en trois jours. Il paraît qu'il y a un film, assez mauvais ai-je lu. Dommage. 


5. Les professeurs d'anglais qui passeront par là (il y en a, dénoncez-vous :) ) auront la bonté de m'éclairer sur un point bien précis : pourquoi Elizabeth George appelle-t-elle toujours le personnage d'Helen "Lady Helen" et Thomas Lynley jamais par son titre de lord auquel il me semble pourtant qu'il a droit ? Y a-t-il une signification qui m'échapperait dans cette affaire de titres chez les aristocrates anglais ? Merci d'avance.

mercredi 9 janvier 2013

Hell duck.




Pour Noël, le mot avait été donné : "pour le rejeton, offrez ce que vous voulez, pourvu que ce soit 1 petit (parce qu'après ça doit remonter en train à Paris, et qu'ensuite, la maison n'est pas extensible), et 2 silencieux (pour le maintien en bon état de nos tympans, merci bien).

C'est comme cela que l'Héritier a vu ses chaussons en cuir (ses parents étant bobos à leurs heures) remplis avec
- une petite voiture 
- un trotteur en forme d'écureuil (mais une amie à moi estime que ça ressemble vachement à un lama)
- quatre petites voitures
- deux espèces d'ordinateurs qui font de la musique et qui causent (dont un avec la voix suraiguë et nasillarde de Mickey)
- un train en bois avec des animaux, de taille conséquente
- un mouton à bascule (nan... ne dites rien... en plus, les coupables, c'est nous, pour cette fois). 
- une ferme en bois avec des animaux en tissu. 
- un livre (encore ce crétin de loup qui met sa culotte, ses chaussettes, son pantalon, son pull et son chapeau, tout ça pour même pas réussir à bouffer les gosses qui se promènent dans les bois et le houspillent que c'est pas permis). 

Bref. 

Parents enthousiastes et attentifs, nous avons décidé d'éveiller les sens de notre progéniture en lui apprenant à jouer à ses différents jouets. Et c'est là qu'intervient le drame : l'ouverture de la boîte avec la ferme des animaux dedans. 
Cette ferme se présente sous un jour assez inoffensif, avec des animaux mignons en tissu et un décor choupi. Comme animaux, de façon originale, on dénombre un cheval, un cochon, une vache et l'instrument du diable : un canard. Au départ, c'était rigolo comme tout, on pressait les animaux pour leur faire pousser leur cri. Sauf que le canard s'est mis à brailler sans s'arrêter des séries de 21 "coin" (trois fois sept "coins"), à toute heure du jour et de la nuit, sans même qu'on appuie dessus. 

On a tenu quatre jours, hésitant entre le fait de coller définitivement ledit canard à la cave (mais, une ferme sans canard, ça n'a pas le sens commun) ou faire des trucs plus rigolos du genre le mettre dans la boîte aux lettres pour voir la tête de gens qui l'entendraient en passant (nous avons un sens de l'humour tout à fait délectable, je vous l'accorde). 

Jusqu'à ce dimanche après-midi où, pendant la sieste, le canard de l'enfer s'est remis à cancaner comme un perdu. L'Epoux, n'en pouvant plus, a saisi le canard dans une main et le pilon du mortier à épices dans l'autre, et, en deux coups, il n'y a plus eu de "coin". Sans pour autant que l'esthétique de la bestiole ait été endommagée (un peu comme l'histoire des coups d'annuaires sur les gardés à vue, si vous voulez), de sorte que l'Héritier ne se doute de rien. 

Jusqu'à ce matin, où le loustic a commencé à jouer à faire brailler le cheval, le cochon, la vache... et que le canard, lui, n'a rien émis. L'Héritier m'a alors regardée d'un air interrogateur. Et là, une vague de honte m'a submergée. 

J'ai l'impression que le canard me regarde d'un oeil torve et qu'il prépare sa vengeance. 



lundi 29 octobre 2012

R.I.P.




Du temps que j'allais aux Archives nationales, je passais tous les jours rue Michel Le Comte. Coin du Marais à la fois prestigieux si l'on en juge par le prix des loyers, et plein de ces agaçantes boutiques de prêt-à-porter de mauvais goût et d'accessoires cheap vendus en gros par des boutiques tenues par des Chinois.

Au coin d'une de ces boutiques spécialisées dans le commerce des montres clinquantes qui ne fonctionnent jamais, s'était installé un clochard qui y avait posé son matelas, ses duvets, un caddie, un fauteuil, des sacs plastiques. Il passait le gros de ses journées à boire des canettes de bières premier prix. La journée est longue quand on n'a rien à faire sinon attendre.

Il y a deux semaines, en passant à l'aller, sur le coup, je n'ai pas fait attention. Au retour, si. Le coin était vide. Nettoyé. Sans fourbi. Juste une feuille collée au mur, qui informait du décès de cet homme mort, je crois, d'un arrêt cardiaque. Les funérailles étaient payées par une quête faite dans le quartier et tout un chacun était invité à venir au crématorium du Père-Lachaise pour saluer une dernière fois Florian


Il a fallu qu'il soit mort pour que je connaisse le prénom de cet homme que je croisais tous les jours. 
Il a fallu qu'il soit mort pour que l'on se cotise afin de lui payer un endroit où s'abriter. 

Il y a des fois où l'on se sent assez minable. 




mercredi 24 octobre 2012

V pour Vous vous foutriez pas un peu du monde ?



Je suis d'un naturel plutôt conciliant, je reconnais volontiers mes torts (sauf quand mon mari souligne ma tendance au bordélisme, faudrait voir à pas déconner non plus). Du coup, quand je dis que tel auteur m'est tombé des mains et qu'on me dit que ah mais non, t'as pas lu le bon truc, je veux bien essayer une seconde fois. 

Aussi, après l'insupportable et logorrhéique From Hell, me suis-je attaquée à V pour Vendetta, du même Alan Moore. Je n'ai aucun mérite, il était en tête de gondole à la bibliothèque, j'ai même pas eu à le chercher. Le soir même, fringante, j'ai voulu le lire. Malheureuse. 

Je ne peux même pas dire ce que j'ai le plus détesté. Le dessin, hideux, pâteux ? Les couleurs criardes, l'omniprésence d'un jaune couleur canari cradingue ? Les personnages, assez mal dessinés pour qu'il soit la plupart du temps impossible de les reconnaître d'une case à l'autre (ce qui est très énervant) ? L'histoire à deux balles d'une Angleterre où les nazis ont pris le pouvoir ? Un héros dont on n'a pas trop bien compris en quoi il était héroïque (oui, bon, il fait exploser les Houses of Parliament pour faire chier les nazis du pouvoir) ? L'insupportable maniérisme qui consiste à faire commencer chaque titre de chapitre par la lettre V (j'ai noté, il manquait villégiature, vishnou, vademecum, Van der Meulen, viandox) ?  L'héroïne un peu amoureuse du héros mais pas trop en fait ah bah si mon bourreau mon héros je t'aime ? 

En plus, dans le film, y'avait même pas Johnny Depp à poil dans la baignoire, mais Natalie Portman avec le crâne rasé.

Sérieux, quoi.


jeudi 20 septembre 2012

Mon neveu, les tortues et le mariage gay.



Chez mes parents, il y a un jardin. Dans le jardin, il y a des bestioles effrayantes, qui ont une sale tête, l'air patibulaire et qui vous bouffent les orteils quand vous prenez tranquillement l'apéro sur la terrasse. 
Des tortues d'Hermann. Dont la plus grosse avoisine les vingt-cinq centimètres de diamètre, c'est vous dire les monstres. 
Principe de précaution oblige, je ne m'en approche que très peu, mais force est de constater que ça plaît aux petits-enfants qui sont ravis de leur filer des fleurs de pissenlit à manger. J'avoue m'être moi-même bien marrée en regardant deux d'entre elles commettre l'acte de chair (enfin, de carapace), et en faisant remarquer à mon mari que j'ignorais totalement que cela pût se passer de la sorte. 

Les tortues, dans l'imaginaire commun, sont censées se nourrir de choses herbues, de la salade quoi. Mais apparemment, celles de mes parents, sont des tortues terminator, qui bouffent à peu près tout et n'importe quoi. Des escargots par exemple. Ou des trucs qui tombent de la table quand on mange sur la susdite terrasse.
C'est ainsi qu'il y a sept ans environ, mon neveu qui alors trônait dans sa chaise haute fit tomber sur le carrelage de la terrasse un morceau de son steak haché. L'une des tortues se précipita alors pour happer la viande, au grand dam de mon neveu qui se mit à hurler "c'est à moi çaaaaaaa" en se tortillant dans tous les sens. Scène célèbre restée dans les annales familiales.


Le rapport avec le mariage gay, me demanderez-vous ? (c'est vrai que jusque-là, on ne peut pas dire que ça soit franchement évident, je vous le concède). Eh bien, c'est tout bête. Quand je vois des catholiques s'indigner de l'arrivée prochaine du "mariage pour tous", je pense à ce petit garçon qui convulsait de rage en réclamant son bout de steak tombé par terre et boulotté par le reptile. Car non, l'Eglise catholique, pas plus que les autres institutions religieuses, n'est pas propriétaire du mariage. Le monde n'a pas attendu l'Eglise catholique pour mettre en place l'institution matrimoniale. Et la création du "mariage civil" pendant la Révolution française ne relève pas du "j't'ai piqué ton goûter", mais plutôt de la mise en place officielle d'une situation de fait. Pensez d'ailleurs aux comédies de Molière (et bien d'autres) : qui est-ce qu'on appelle, dans les pièces de théâtre, pour conclure le mariage ? Le curé ? Non, le notaire. Pour le contrat de mariage. En plein XVIIe siècle. Je veux bien que Molière ait été un mécréant notoire, il n'en est pas moins le reflet de sa société.
Il faut du reste rappeler que le sacrement du mariage tel qu'il a été mis en place par l'Eglise à partir du Moyen-âge est un sacrement que les époux se confèrent eux-mêmes, le prêtre n'étant là que pour le bénir et l'inscrire dans les registres paroissiaux. Il y a d'ailleurs des scènes rigolotes sous l'Ancien régime, où des jeunes gens désireux de se marier coincent des prêtres dans un coin de l'église, récitent les paroles d'engagement devant lui et le pauvre prêtre est bien forcé de reconnaître leur union. Et c'est dans la poche, papa-maman ne peuvent plus rien dire, c'est fichu (sous réserve de consommer, bien évidemment).
Alors qu'est-ce qui pourrait empêcher un couple homosexuel de se marier chrétiennement, je vous le demande.

 En outre, le mariage d'amour a été promu en premier lieu par l'Eglise catholique à l'époque moderne, il me semble que tous les historiens sont d'accord là-dessus (et pour ceux que ça intéresse, la dernière bonne synthèse là-dessus est celle d'André Burguière, Le mariage et l'amour en France). L'Eglise a favorisé le mariage avec libre consentement (et sans celui des parents), promouvant l'intimité conjugale et le sentiment amoureux au sein du couple, le respect du conjoint (et par là créant un climat propice à la mise en place des premiers moyens de contraception...). 

Pour ma part, je me borne à constater qu'il ne paraît pas absurde que des couples homosexuels stables veuillent se marier, c'est-à-dire avoir des droits et des devoirs spécifiques l'un envers l'autre et envers la société. J'aurais même tendance à penser qu'il est plus cohérent pour un prêtre de marier un couple homosexuel chrétien (j'en connais, pas beaucoup, mais j'en connais) à l'Eglise, qu'un couple hétérosexuel dont aucun des deux membres ne fout les pieds à la messe depuis ses huit ans mais c'est que pour faire des photos une église c'est plus joli et ça fera plaisir à mamie. Quant à la question de l'éducation des enfants par des couples homosexuels, je m'interroge certes, mais je ne vois pas matière à hurler de rage. Que dans l'absolu un couple homosexuel soit considéré comme néfaste pour des enfants est une ânerie sans nom. 

Mais que par pitié, on cesse de vouloir s'approprier ce qui n'est à personne !


mercredi 22 août 2012

Plafond.




Le prochain qui me dira que c'est pas vrai que les femmes sont discriminées dans le marché du travail, sera prié de m'expliquer pourquoi la fac (celle chez qui je fais ma thèse, pas celle qui m'emploie) me regarde de traviole depuis mon congé maternité. 

Pourquoi je me suis entendu dire "ah bah je venais pour vous proposer de faire des vacations dans un Etablissement Prestigieux Parisien, mais puisque vous allez avoir un enfant, hein, je pense que je vais demander à quelqu'un d'autre". Pourquoi les propositions juteuses du même acabit se sont subitement taries. 

Pourquoi pendant ce temps mes collègues thésards masculins accumulent les charges de cours bien rémunératrices, tandis que je vais devoir m'accommoder de mon demi-poste. Soit des clopinettes. C'est pas que je travaille uniquement pour le fric, mais quand même, ça compte un peu.

Et pendant ce temps, on lit sur le web de charmants esprits qui, la gueule enfarinée, viennent vous expliquer que bah d'abord c'est pas vrai que les femmes sont moins payées, que le plafond de verre n'existe pas, et que même si ça existait, ben c'est normal, ces connes s'obstinent à procréer.

Sûrement que le cerveau part avec le placenta pendant l'accouchement, hein ? 

Je l'ai un peu mauvaise, sur ce coup-là. 





vendredi 20 juillet 2012

From Hell, ou comment vendre sa camelote en passant pour un intello.



Alors que j'arpentais les rayonnages de la bibliothèque municipale, mon oeil a été attiré par un titre. From Hell. Roman graphique, dont j'avais vu l'adaptation en film il y quelques années. Pas mal du tout, un peu violent mais enfin, il y avait Johnny Depp qui, comme toujours, faisait du bon travail. Et puis l'intrigue était plutôt bien fichue, une nouvelle version de l'histoire de Jack l'Eventreur, ça se laissait regarder. Et puis, bah, il y avait Johnny Depp qui à un moment est à poil dans sa baignoire. 

Le coeur battant à l'évocation de ces souvenirs de post-adolescence, j'emprunte l'ouvrage et l'entame le soir même, espérant passer quelques bons moments de lecture, et surtout m'occuper un bon bout de temps avec des cinq cent pages et des brouettes.

Et puis, grosse désillusion. 

D'abord, le noir et blanc, le flou, les flashs-back, c'est très bien, mais si ça doit entraîner l'obligation de revenir en arrière toutes les deux pages parce que là, on ne se souvient plus du tout de qui c'est celui-là (en fait on n'a simplement pas reconnu sa tête vu qu'ils se ressemblent tous), c'est très pénible. 

Les citations érudites piquées un peu partout dans le répertoire philosophico-prise de tête en exergue de chaque chapitre, c'est bien aussi. Mais seulement si ça a un rapport avec la choucroute, sinon ça fait juste pédant. Ou débile. Ou les deux. 

Les trucs qui ne servent à rien un peu partout. Par exemple, l'allusion à Adolf Hitler (le Point Godwin s'applique aussi à la BD). Là, on est dans Jack l'Eventreur, c'est-à-dire le mal, caca, ouh, pas beau-vilain. Or, qu'y a-t-il de plus caca-pasbeau-vilain qu'Adolf Hitler ? Oh, comme c'est original, glissons une allusion à Adolf Hitler. Mais il n'était même pas né à l'époque de Jack l'Eventreur ? Qu'à cela ne tienne, l'auteur nous inflige, en plein milieu de son intrigue victorienne, une page entière dédiée à la conception d'Adolf Hitler - si si, vous ne rêvez pas. Vous voyez bien deux personnages causant allemand en train de forniquer dans une chambre, et comme ils s'appellent respectivement Aloïs et Klara, vous finissez par comprendre (to the happy few...) que bing, bah Jack l'Eventreur, Hilter, tout ça c'est pareil, c'est le mal. 
Cherchez pas. C'est comme ça. 

Il y a aussi le passage obligé sur les bourgeois et aristocrates forcément plein de turpitudes sexuelles (corollaires : leurs femmes coincées du cul parce que la société victorienne, c'est le mal, Adolf Hitler, on vous a dit). Le passage obligé sur les putes lesbiennes avec quelques pages de triolisme et quelques plans de pénis en train d'éjaculer. Classe et élégance, comme de bien entendu.

Je vous épargne les dizaines de pages historico-philosophico-théologico-architecturales où le méchant disserte sur des sombres histoires de franc-maçonnerie et de trucs satanistes en lien avec l'architecture de certaines églises de Londres. Là, j'ai rien compris, j'ai sauté des pages parce qu'au bout d'un moment, ça va bien. 


Et puis après tout ça, il y a l'explication. Comme d'hab', le méchant, en fait, c'est un abominable docteur en apparence respectable et appartenant à la haute société victorienne, et en fait, c'est un complot plus ou moins dirigé par la famille royale anglaise. Evidemment. Et tout est étouffé parce que les méchants, ils sont puissants et les puissants y sont méchants, c'est bien connu. Le complot. Tout ça.

C'est étonnant d'ailleurs. Je veux dire, lisez n'importe quelle rubrique de faits divers, regardez n'importe quelle émission de télé du style Faites entrer l'accusé, et vous verrez que - allez, à la louche - les trois quarts des affaires de meurtres un peu glauques se passent dans des milieux plutôt au bas de l'échelle sociale. Que le serial killer façon docteur Jekyll, c'est un spécimen plutôt rare en définitive. Alors que dans les fictions policières, ils sont tellement légion que c'en devient aussi agaçant que prévisible. Et gonflant. 

Bref. J'ai survolé les cinquante dernières pages et j'ai repensé à Johnny Depp dans sa baignoire, ça m'a un peu consolée.





mardi 10 juillet 2012

Les feuilles de brick.



Parmi les trucs culinaires que j'ai découverts sur le tard, il y a les avocats (on n'en mangeait pas chez mes parents, ma mère y étant allergique), les cakes, quiches et tartes maison, et les feuilles de brick.

Les feuilles de brick, c'est vraiment l'épate à peu de frais : on y met ce qu'on veut, ça change rien par rapport à un gratin ou n'importe quoi d'autre, mais la présentation fait classe. Et contrairement à ce qu'on lit souvent, ça n'est pas plus gras qu'autre chose pour peu qu'on les fasse cuire au four et non frire dans l'huile... Si on veut quand même que ça soit un peu doré, il suffit de badigeonner les petits bricks de quelques gouttes d'huile d'olive avant de les mettre au four. Au pinceau, ou (pour les pauvres comme moi) au doigt. 

L'aspect croustillant permet ainsi de faire manger à l'Epoux des légumes vapeur sans qu'il se plaigne  d'être honteusement mis au régime.

Alors pour ceux qui comme moi deviennent dingues quand ils découvrent un truc culinaire, voici mes recettes préférées :

- Bricks à la courgette : râpez une grosse courgette (ou plusieurs petites), mettez-la à revenir avec un peu d'huile. Ajoutez sel et poivre, un demi-pot de ricotta (le meilleur truc du monde) et du fromage, du gruyère râpé faisant tout à fait l'affaire. 
Variante très bonne mais pas recommandée si on aime la vie en société : avec du roquefort (et des noix, c'est encore plus mieux), bien expliquée ici.
Variante "j'ai pas de courgettes ni de noix" : avec des épinards et des pignons.
Variante "j'ai pas de ricotta" : avec du mascarpone. Ou du fromage blanc, mais là il ne faut pas trop en mettre sinon ça dégouline partout et vos bricks vont se percer, c'est très énervant. 

- Bricks à la viande : n'importe quel reste de viande fait l'affaire, pour peu qu'on le hache avec des herbes, une carotte et une courgette (si on en a une qui traîne). Il y en a des qui lient le tout avec de l'oeuf, personnellement je préfère ajouter de la ricotta (je vous ai dit que c'était le meilleur truc du monde ?) ou de la crème de soja. Ceux qui hurlent à la mort en entendant parler de soja se rappelleront (ou apprendront) qu'étant allergique au lactose, je limite ma consommation de produits laitiers, et vous devriez faire pareil parce que n'étant pas des petits veaux, il n'y a pas de raison que vous vous nourrissiez de lait de vache - est-ce qu'on donne du lait de femme aux veaux ? non ? Bah alors.
(oui je sais, c'est idiot). 
(mais pas plus que de faire des pubs où le fait de manger un camembert ou de boire du lait à la bouteille comme un porc fait de n'importe quel clampin(e) une bête de sexe).


Dernière précision : on dit souvent que pour fermer le petit brick, il faut mettre quelques gouttes d'eau. J'ai essayé, ça n'a jamais marché, tout au plus ai-je réussi à faire des trous dedans (et les trous, c'est énervant). Alors je replie mon petit brick et ensuite je le pose dans le plat avec la pliure dessous, comme ça le poids fait tenir le truc bien fermé.

Voilà, voilà. 





jeudi 5 juillet 2012

Habitude.



Incipe, parue puer, risu cognoscere matrem
– Matri longa decem tulerunt fastidia menses.
 


Est-ce qu'on s'habitue un jour à avoir des enfants ?  Est-ce qu'on s'habitue à la joie de voir un petit visage se plisser, s'élargir, pour appeler, pour sourire, pour rire... montrer tout simplement qu'il a besoin de nous, compte sur nous et nous offre en retour une affection joyeuse.

Trois minutes avant d'accoucher, je crois bien que je n'avais pas encore bien percuté l'idée. Ensuite, il a fallu des jours et des jours pour  que j'arrête de me répéter que non, celui-là, c'est pas comme mes neveux, faut pas le rendre à ses parents à la fin du week-end, on peut le garder.

On se lève la nuit pour le nourrir, pour le rassurer - on se rend même compte qu'en pratique, on se réveille une demi-seconde avant même qu'il ne se mette à pleurer. On répond à son appel, le matin, quand il pleure de faim ou se marre tout seul dans son lit en regardant les petits animaux de son mobile musical. On l'habille, le déshabille, le baigne. Parfois il hurle de rage, parfois il pleure de douleur et c'est la panique à bord (qu'on essaie de ne pas trop montrer) ou de contrariété et nous, on apprend aussi à développer une capacité à ne pas trop être dérangé quand on voudrait bien prendre un repas tranquille qui durerait plus de cinq minutes, merci bien. On le change, et ce n'est pas toujours ragoûtant, surtout que le petit sacripant a une certaine tendance à bousifier alors qu'on est en train de prendre son café après un bon repas. 

Mais bon. On apprend ces mille petits trucs à faire. On prend le pli.

Mais à chaque sourire, c'est toujours le même coup au coeur, la même surprise, comme si c'était un cadeau purement gratuit, parfaitement inattendu et merveilleusement choisi.



lundi 2 juillet 2012

Anthropologie du RER appliquée à la femme enceinte.



Tu es enceinte, ça se voit, et ça commence à peser mine de rien. Pas de bol, tu dois te farcir ton heure de transports en commun quotidienne car il faut bien continuer à gagner ta croûte. Alors, quand les portes du wagon s'ouvrent, tu as le coeur battant : est-ce que quelqu'un va te laisser sa place - la place du coeur, selon le jargon merveilleux de la RATP ? 

Sache, déjà, femme enceinte, que tu es troisième dans l'ordre des priorités pour les places assises. Devant, il y a les mutilés de guerre (mais, en 2012, on peut dire que ça court de moins en moins les rues, je rappelle que le dernier poilu est quand même mort il y un bon bout de temps), et les aveugles et infirmes civils (mais ils ne prennent pas beaucoup le métro, pour des raisons évidentes). Donc logiquement, tout le monde devrait se lever d'un seul homme pour te laisser une place assise. 

Mais en fait, non. 

Il y a la femme entre deux âges, celle-là en général se lève spontanément et te laisse la place avec un sourire complice, elle est passée par là, elle sait qu'il vaut mieux être debout plutôt que de te laisser toi-même debout au risque de t'effondrer (et bloquer le wagon pour un temps indéterminé) ou de vomir tripes et boyaux. 

Il y a la matrone noire, en général grande et forte. Celle-là, elle se lève ou fait lever les gens, en gueulant si besoin QU'IL Y A UNE DAME QUI ATTEND UN BÉBÉ OULALA DIS-DONC VOUS POURRIEZ VOUS LEVER NON MAIS C'EST QUOI CETTE MENTALITÉ LÀ. Et comme elle prend l'air pas commode, les gens se lèvent sans la ramener. 

Il y a le jeune Noir un peu wesh-wesh, qui se lève avec un charmant "vazy madame vous allez pas rester debout ça s'fait trooooop pas... vazy toi lève-toi y'a une dame là qui veut s'assoir vazy hein". A priori, fils ou neveu de la matrone du dessus. 

Il y a la pétasse sur talons vertigineux (commerciale à la Défense). Qui te laissera debout car elle est trop occupée à refaire son vernis ou se repasser un coup de mascara. Elle t'a pourtant bien vue mais tu n'es probablement pas assez digne de sa considération (faut dire que les talons aiguilles, tu as abandonné assez vite) .

Il y a le mec en costume avec chaussures pointues (commercial à la Défense, peut s'accoupler avec la précédente). T'a bien vue, a même reluqué tes seins gonflés aux hormones de grossesse. Mais ensuite son regard est descendu sur ton ventre : il est alors devenu tout blanc et s'est mis en considérer son smartphone ou ses chaussures avec le plus grand intérêt. 
Si le mec en costume se lève, vérifie son annulaire gauche : en général, il a une alliance. Peut-être même que sa femme, en d'autres temps, s'est abondamment plainte de la goujaterie

Il y a aussi le vieux con (la cinquantaine approchante) qui fait remarquer, après s'être fait houspiller par la matrone et t'avoir laissé sa place, que "elles font chier les femmes enceintes, peuvent pas rester chez elles, et puis la grossesse c'est pas une maladie / c'est pas moi qui lui ai fait bordel" (classe, distinction, élégance).  Il conchie aussi les féministes qui veulent qu'on leur cède la place mais veulent aussi l'égalité des sexes alors il voit pas pourquoi il devrait céder sa place. 
Mais comme en plus d'être un con, c'est un lâche, il obéit au doigt et à l'oeil de la matrone.


L'un dans l'autre, habitant dans une banlieue où les matrones, les wesh-wesh et les familles sont légions, j'ai toujours pu m'asseoir dans le métro pendant ma grossesse, preuve que tout n'est pas foutu dans ce bas monde ma brave dame. 


Cette page d'anthropologie s'est fantastiquement bien vérifiée avec la poussette ou le bébé porté en écharpe. Si les jeunes wesh-wesh, les matrones et les touristes continuent de filer un coup de main et /ou de laisser leur place. les connards en costume à chaussures pointues et smartphone préfèrent te doubler en te bousculant dans un escalier plutôt que de t'aider. Et ils continuent de pester si tu ne cours pas assez vite dans les couloirs de Châtelet.