jeudi 12 mai 2011

En cuisine - l'épisode où l'on croit qu'on bouffe du gras et en fait, pas tant que ça.

Un mois sans publier, sans donner de nouvelles - encore que les rares qui passent encore ici doivent probablement être ceux qui ont des nouvelles par ailleurs...

Je sais, ce n'est pas gentil.

Mais j'avais des excuses : cuisine à refaire (à cette heure, en phase terminale de réfection), thèse, articles promis-juré pour la semaine prochaine je sais que je suis très très en retard mais demain je te l'envoie... j'ai même fait une conférence sur la Pologne et Jean-Paul II à l'occasion de la béatification de notre dernier pape, donc si c'est pas une preuve que j'avais du travail, qu'est-ce qu'il ne vous faut pas. Et puis, plus grand chose à dire.

Surtout que je dois me mettre au régime et que c'est pas marrant.

Sauf pour une chose : les nouvelles recettes que j'invente.

Hier par exemple j'ai fait des lasagnes de courgettes et comme c'était pas mal, je vous explique.


(pour deux parce que... ben on est deux, en fait)

- Une grosse courgette
- quelques feuilles de lasagnes (de quoi faire deux couches, ça dépend de la profondeur de votre plat, en fait)
- une boîte de tomates pelées au jus
- des herbes de Provence, du sel, du poivre
- de l'huile d'olive
- un oignon
- une carotte, pour le look (et puis j'aime bien ça)
- du fromage râpé.

Mettez l'oignon émincé à revenir dans de l'huile, ajoutez la boîte de tomates pelée, les herbes de Provence, le sel et le poivre, un peu d'eau et d'huile si risque de sécheresse, la carotte en rondelles très fines et laissez mijoter tranquille.

Prenez un couteau bien affûté et découpez votre courgette dans le sens de la longueur. Inutile de vous entailler les doigts, j'ai essayé et ça ne sert à rien sinon à repeindre l'entablement de la cuisine (tout neuf, donc qui n'en a pas besoin), et avec le couteau en céramique, qui taille bien profond, ça fait très, très mal. Mais après vous faites comme vous voulez.

Plongez les lamelles cinq minutes dans de l'eau bouillante salée. Sortez-les et réservez.

Sortez votre plat à gratin favori. Je veux dire, le meilleur pour faire des lasagnes. Souvent, c'est le plus laid- genre la grosse mocheté à fleurs roses et vertes offerte par tante Marie-Odile lors de votre installation/mariage/anniversaire. Je ne sais pas pourquoi mais apparemment, c'est scientifiquement prouvé.

Disposez une couche de lamelles de courgettes, arrosez avec la sauce tomate, une couche de fromage râpé (pas obligé), une couche de feuilles de lasagnes, puis de nouveau courgettes puis sauce puis fromage puis feuilles de lasagnes, terminez par de la sauce et pas mal de fromage.

Au four pendant le temps que vous voulez, l'important c'est que le fromage soit bien grillé (parce que le fromage grillé c'est drôlement bon) et que les feuilles de lasagnes soient cuites, de même que les courgettes. Avec l'instrument de précision qu'on appelle le pifomètre, je dirais une vingtaine de minutes.

Vous avez le droit de rajouter du bouillon de légumes à la place de l'aqua simplex dans la sauce tomate. Vous avez aussi le droit de rajouter de la crème mais là, c'est plus du jeu parce que je vous rappelle que le but, c'est de faire croire qu'on mange des lasagnes, alors qu'en fait, vous mangez surtout des tas de légumes. La preuve que ça a marché, c'est qu'en fin de soirée, j'avais faim.


Bon ap' et promis, à très vite.





lundi 11 avril 2011

Les brèves du lundi - c'est le printemps.


1. Premier week-end où l'on s'autorise à sortir de chez soi sans veste, et même à sortir les lunettes de soleil. Et même à travailler sur le balcon. Et même que les lilas sont en fleur.


2. J'ai de nouveau cédé à la tentation, replongé dans un vice abominable. Eh oui, j'ai racheté un céleri-rave.
Je l'ai cuit à la vapeur avec de la carotte, haché le tout grossièrement, mélangé avec trois oeufs et de la crème, ajouté de la ricotta qui est le meilleur truc du monde, fait une pâte brisée et hop, une quiche de printemps qui se mange froide le lendemain. Strou bon.


3. Henry James, c'est bien, mais c'est moi ou Isabel Archer du Portrait de femme est une chieuse de première catégorie ?


4. Cranach au Luxembourg (enfin au Musée du Sénat, pas au Luxembourg Luxembourg, bien entendu), c'est bien et il faut y aller. Ne serait-ce que pour l'avant-dernier tableau, scène de genre satirique sur le mode "les époux mal assortis, 1. le vieillard en train de peloter une jeune femme". Surtout quand au bout de cinq minutes d'observation, on se rend compte que la jeune femme a clairement la main gauche dans le pantalon du bonhomme. Sur le coup et après une bonne série de Vierges à l'Enfant et de portraits de réformateurs à l'air guilleret (comme en témoigne leur habit noir et leur effrayant rictus : Luther, Mélanchthon et autres comiques), eh bien, comment dire, ça surprend.
Evidemment c'est blindé de monde pendant les deux premières salles (les commissaires d'expo se sentent toujours obligés de faire débuter les expos par des micro-salles où débarquent tous les gens qui débarquent en masse) et on n'échappe pas aux rombières emperlouzées, mais c'est rien chouette.


5. J'avance bien dans ma découverte de l'oeuvre de Cronin. Pour le moment Les Clés du royaume est mon grand favori - tant il est rare de faire un grand roman qui parle de religion, de vocation, d'évangélisation, de conversion.


6. et bonne semaine !

mercredi 6 avril 2011

Hiroshima 45, Tchernobyl 86, Windows 95.

(la blague du titre n'est pas de moi mais ce n'est pas grave, car j'aime contribuer à la diffusion des biens culturels)



Dans mon entourage, j'ai plein d'amis Linux-men. Je les aime bien mais il faut avouer que parfois, ils me découragent un peu.

Linux-man, c'est (en général) un garçon qui a fait de l'informatique son métier, mais pas toujours. Le signe distinctif de Linux-man n'est pas tant son métier ou son habileté à ressusciter votre ordinateur qui ne marche plus, mais son obsession pour les logiciels open source. En gros, Linux-man a divisé le monde entre les méchants (Bill Gates, Microsoft, Google) et les gentils (Linux, OpenOffice, Ubuntu, etc). Il y a enfin les méchants (ceux qui font ça pour le fric, tu vois) et les gentils (ceux qui font ça pour la cause). Evidemment, Apple et son gourou Steve Jobs viennent un peu compliquer le tableau, car Linux-man a bien évidemment acheté l'Ipad, mais ne cesse de se plaindre des méthodes commerciales et entubatoires d'Apple (qui réussit à vendre quatre fois plus cher que tout le monde un ordinateur qui se vend comme des petits pains, pour une sombre histoire de design mieux léché).

Linux-man est adorable. Linux-man est toujours prêt à vous filer un coup de main lorsque vous galérez avec votre bécane, mais il faut avouer qu'il est parfois un peu déconcertant.

Exemple, vous mentionnez que vous avez enfin pigé comment fonctionne Access et que vous vous apprêtez à remplir votre base de données destiner à faire du vaste bordel qu'est votre thèse, quelque chose de lisible. Néanmoins vous auriez bien besoin d'un petit coup de main encore. Linux-man vous rigole dans les trous de nez et vous demande pourquoi vous n'utilisez pas MySql. Linux-man n'en a rien à faire que vous n'ayez trouvé qu'une formation sur Access à la fac. Linux-man, au lieu de répondre en deux mots à votre question, passera un quart d'heure à vous démontrer les joies de la licence libre, et ne vous répondra, d'une moue dégoûtée, qu'à la fin, lorsque vous lui aurez assené que vous avez perdu suffisamment de temps à apprendre à vous servir d'Access, et que vous n'avez pas l'intention de recommencer.

Autre exemple, vous téléchargez une mise à jour d'Open Office - si, comme moi, votre radinisme vous a empêché de prendre le pack office en plus lors de l'achat de votre MacBook, ce qui vous a conduit à installer la suite OpenOffice (gratos et puis, à la fac, y'a un informaticien qui fait des formations pour apprendre comment ça marche). Là, Linux-man est content, car vous vous servez d'un logiciel open source. Mais Linux-man n'est pas si content que ça, et il veut absolument vous convaincre qu'il existe un nouveau truc de traitement de texte encore plus mieux. "Ah mais ça marche mieux ?" lui demandez-vous. "Non mais c'est mieux". Oh.
Effectivement, c'est mieux car les types qui ont fondé ce nouveau truc, en fait, ce sont les gentils d'Open Office qui n'aimaient pas qu'Open Office soit truffé de méchants qui font ça pour le fric - oui car Linux-man est très souvent persuadé que l'informatique doit être un truc totalement désintéressé, par des gens qui font ça de manière désintéressée. Pas pour le fric mais alors pas du tout. Alors le nouveau logiciel, il est fait par des gentils encore plus gentils que les gentils d'avant.

Dernier exemple, vous pensez remplacer votre vieux téléphone parce qu'un smartphone, c'est joli et rigolo. Linux-man fera le siège de votre paillasson jusqu'à ce que vous lui ayez promis de prendre un téléphone avec Android. Vous ne savez pas ce qu'est Android et vous vous en foutez bien (ce que vous voulez, c'est un téléphone qui téléphone, et qui aille sur google si comme moi vous êtes un compulsif de wikipedia). Mais vous le lui promettez car au fond de ses yeux il y a une petite lumière et que vous vous en voudrez à mort de le rendre malheureux.



Mais qu'on ne se méprenne pas : Linux-man est un type bien. Seulement, arrêtez d'être méchant avec lui, et ne lui parlez pas de votre pc qui tourne pas si mal avec Windows Vista. Il pourrait faire une dépression.



vendredi 18 mars 2011

Chercheur sachant chercher doit savoir chercher sans désespérer.

Parfois, il y a des jours comme ça où non seulement on cherche, mais en plus, on trouve. C'est d'autant plus jouissif de trouver qu'en plus, on se dit "je suis trop fort d'avoir eu cette idée tout seul, strou bien, et en plus j'ai une chouette preuve de ce que j'avance". Bref, parfois, on se sent aussi fort que le commissaire Adamsberg, à peu de frais et sans avoir à affronter de dangereux criminels.

Par exemple, l'autre jour, je remuais avec difficultés les trois idées et deux paragraphes que j'avais pondu sur la genèse de la commande du texte sur lequel je cause en journée d'études la semaine prochaine (et le prochain qui me dit que je m'y prends toujours au dernier moment...). Texte sans date, sans auteur, sans destinataire, sans nom, bref pas grand chose à dire. Et bien sûr, pas d'ouvrage à exhumer des réserves de la bibliothèque. Ce qui est toujours ennuyeux quand on s'en sert de base pour causer devant un parterre de spécialistes. Des listes de moines dans des abbayes célèbres au Moyen-âge, y'en a tant que vous voulez. Des livres sur les paroisses normandes du XVIIe siècle, bernique - mais que foutaient les archivistes au XIXe siècle ?


Et puis tout à coup, illumination de génie. J'ai les initiales de l'auteur du texte, un certain J. J. Je sais qu'il a été curé de la paroisse de N..., bailliage de Gisors, en 1645. Avec un peu de bol, hein, un tout petit peu de bol, il a bien signé des registres de baptêmes, mariages et sépultures - il n'aurait pas laissé tout le boulot à son vicaire, quand même. Avec un autre petit peu de bol, les registres ont été conservés aux Archives départementales de l'Eure. Avec un dernier petit coup de pot, les archives les ont mis en ligne sur leur site. Et si c'est Noël, c'est que la numérisation a été bien faite et qu'on lit convenablement à l'écran.

Je me précipite sur le site des Archives départementales de l'Eure. Les registres sont bien en ligne. Y compris ceux de la paroisse de N... Y compris dans les bornes chronologiques qui m'intéressent. Et que coup de pot, les registres ont bien été tenus par le curé l'année qui m'importe - non mais faut pas croire, suffit que le curé ait été feignant et le registre n'est pas tenu pendant plusieurs années. Y'a des généalogistes qui font des dépressions à cause de ça.
Clique que je te clique, je finis par arriver aux registres des sépultures. Thomas de La Croix, vicaire, c'est pas lui. Louis Picquet, prêtre, c'est pas lui. Tiens. "Mathurin Pichard a été inhumé par moi, Jacques Josset, curé de la paroisse...".

Bingo. Je te tiens mon bonhomme. T'imagines que tu es mort il y a trois siècles, plus même, et que non seulement je sais ton nom, mais je sais qui tu fréquentais, je sais ce que tu pensais d'un ministre de Louis XIII, mais en plus je tiens en main l'un de tes écrits qui a passé la postérité et qui ont atterri dans des archives planquée en Lorraine ? Tu t'y attendais, à ça ?

Alors voilà, je vais te redonner vie quelques instants. Le temps de parler de toi lors de ma communication mercredi prochain. Puis ton nom va rester sur du papier tout blanc dans une revue, et sur internet, car la publication se fera aussi en ligne. Et j'espère qu'on le lira de temps à autres, parce que je ne t'ai pas exhumé pour rien.

Toi et tes semblables, les presque anonymes, les inconnus au bataillon, je vous aime bien. Parce que vous êtes difficiles à pister dans les archives. Pour vous retrouver, il faut jouer au roman policier. On se prend pour un génie à peu de frais. Et puis surtout, surtout, on vous ressuscite, avec d'autant plus de bonheur que vous avez été longtemps disparus.

Et si tu me donnais d'autres pistes pour que je te connaisse un peu mieux ?


jeudi 10 mars 2011

L'histoire, la morale, et les expositions.

En ce moment au programme, un article sur les arts de mourir (le genre littéraire) et leur circulation au premier XVIIe siècle - oh, oui, je sais, vous pouvez rigoler. Mon bureau croule donc sous La mort à Paris et La vie, la mort, la foi, le temps, (moi c'est I love you Pierre Chaunu), mais aussi La Peur en Occident de Jean Delumeau (diablotins et fantômes inside), sans compter des tas d'articles de Chartier et Daniel Roche (l'homme qui écrit sur tout et qui a adopté la Bête du Gévaudan à force d'écrire des bouquins dessus - c'est pas moi qui dit ça, hein, c'est mon ancien prof de prépa qui a cafté).

Et puis il y a le fabuleux catalogue d'expo sur La Mort au Moyen âge, entre Enfer et Paradis, exposition qui s'est tenue il y a peu à Bruxelles.

Je vous rappelle que les catalogues d'expo, c'est chouette parce qu'il y a plein d'images entre les articles, lesquels en plus ont le mérite d'être courts. En revanche, ils sont chers, ça c'est le côté "expositions piège à cons" - avant, un catalogue d'expo, ça valait quinze euros et y'avait des jolies images mais petites. Maintenant y'a des images en grand format, comme le prix qui souvent frise joyeusement les 80 euros.

Mais bref, c'est pas le sujet. De toute façon, je l'ai emprunté à la bibliothèque alors c'est pas moi qui ait raqué.
En plus, il est magnifique. Il y a un peu de tout, des articles sur la peste et les nouvelles recherches archéologiques sur les cimetières (que même j'ai appris que toutes les pestes du Moyen-âge n'étaient pas dûes à la puce du rat, ce qui m'en a bouché un coin). Des articles sur la médecine et les dissections (où contrairement à ce qu'on croit, l'Église n'a jamais interdit les dissections (avec des considérations sur la nécessité de les faire en plein air et en public à cause des odeurs (et bon appétit, bien sûr))). Des articles sur l'iconographie, les arts de mourir (sinon je ne l'aurais pas emprunté, eh), les transis (les statuettes de squelettes hyper réalistes, un grand must pour agrémenter son tombeau quand on est un aristo du XVe siècle), bref c'est rien que du bonheur.

Mais il y a quand même un truc qui me chiffonne.

Dans le catalogue d'expo dont je vous parle, il y a - comme partout ailleurs - une préface et une intro. Dans l'intro, il y a en particulier un passage qui me turlupine. Le paragraphe concerne les vitrines de l'exposition où l'on a exposé des reconstitutions de tombes médiévales avec des vrais squelettes, ou alors seulement des fragments d'os, de dents, ce genre de choses.
Eh bien, une partie de l'intro du catalogue vise à expliquer - tout en affirmant ne pas avoir à rendre de comptes sur ce choix d'expo - que oui mais nan, on a fait ça de manière très éthique, dans le respect de la dignité humaine, et que donc "l'idée n'était pas, bien entendu, de heurter inutilement le visiteur (...). La crainte de choquer s'avère totalement superflue. Les ossements ont été sélectionnés et son présentés dans un respect total des sensibilités".
Et blablabla.

Je m'excuse, mais qu'est-ce que des considérations de ce genre viennent foutre dans un catalogue d'expo ? Depuis quand les historiens doivent s'excuser par avance de l'utilisation de leur matos ?

Depuis que des associations et lobbys divers et variés (à coloration prétendûment ethniques et/ou religieuses) grimpent au créneau à chaque fois qu'on travaille sur des éléments de ce genre, pour, sous couvert du "respect de la dignité humaine", réclamer le "retour" des ossements au pays d'origine - où ils seront en général détruits, perdus irrémédiablement pour la science au nom du respect des sensibilités des peuples. Et en fait, quand on y regarde de près, il s'agit de gestes symboliques orchestrés et récupérés au profit de leaders politiques.
Je pense par exemple à la question des restes aborigènes réclamés par des tribus qui appellent au respect de leurs ancêtres, puis, une fois qu'elles ont obtenu des musées qu'on leur rende les divers restes, les détruisent tout bonnement.

Je sais bien qu'il y a eu des choses pas tout à fait orthodoxes dans le domaine de l'exposition scientifique - ou prétendue telle. L'expo Our body, faite à base de vrais corps humains écorchés placés dans des postures de la vie quotidienne (et récupérés dans des conditions plus que douteuses : condamnés à morts chinois, en particulier, semble-t-il), en est un bon spéciment du genre.
Mais il y a peu de rapport entre des cadavres à peu près reconnaissables, récents, dont les parents sont encore vraisemblablement en vie, et des squelettes de gens morts il y a plusieurs siècles. Voire des bouts de mâchoires.

Ce qui ne veut pas dire, bien évidemment, que quand vous êtes archéologue et que vous exhumez un squelette de femme enceinte avec son foetus, vous vous mettez à faire une bataille d'osselets. Non, en général, vous êtes assez remué.
D'ailleurs, les fouilles dans les nécropoles, c'est pas exactement un joyeux bac à sable. On est scientifiques mais on sait se tenir, bon sang de bois.


Une fois, j'étais en stage dans le service des archives d'une abbaye. Le jour, on voyait souvent des archéologues qui fouillaient la nécropole du monastère, où il y avait des tombes de moines du Moyen-âge mais aussi des soldats romains de l'Antiquité - pas tous en même temps, quand même, mais pas loin.
Alors bien sûr, les moines de l'abbayes, ils n'étaient pas tous jouasses à l'idée qu'on lance des fouilles archéologiques dans le cimetière - faut dire que l'idée, c'est quand même d'aller déterrer des gens qui étaient bien tranquilles dans leur tombe et qui n'avaient rien demandé à personne. Mais je n'ai jamais entendu quiconque, de l'abbé au portier, faire la morale aux archéologues sur le sujet. Parce qu'après tout, "de quoi j'me mêle ?", est un principe qu'il convient de se mettre en tête une bonne fois pour toutes.


Bref, cette incise très moralisante - et très "politiquement correcte", dans un livre à visée scientifique, me gêne énormément. Voire m'inquiète. Quand on pense que Pétré-Grenouilleau a été l'objet, en 2005, d'une plainte pour avoir osé dire dans son livre sur les traites négrières qu'il faut reconsidérer la question et les chiffres... oui, on a de quoi s'inquiéter.


jeudi 3 mars 2011

Tarantino me gonfle un peu. Des fois. Souvent.

Comme je vais peu au cinéma, j'ai souvent un train (que dis-je, un porte-avion) de retard pour parler films. De fait, c'est seulement la semaine dernière que j'ai visionné Inglourious Basterds, le film de Tarantino sorti il y a ... un certain temps.

Plusieurs personnes de mon entourage avaient glapi à la sortie du film, que c'était - encore - l'histoire assassinée par les Américains. D'autres ont chouiné en disant que c'était de la vilaine propagande anti-française (à cause de la scène du début, où un paysan français finit par dénoncer la famille de juifs qu'il cache chez lui). Télérama a adoré, les Inrocks ont adoré, Paris Match a adoré, Positif a adoré, l'Huma a adoré, Le Parisien a adoré, Marianne a adoré, Libé a adoré, et moi j'ai été affreusement déçue.

Évidemment, j'ai apprécié des éléments.

Le côté "la guerre vue par les Américains", qui m'a rappelée les heures heureuses où je découvrais Le Jour le Plus Long, Band of Brothers et la clique des films de guerre hollywoodiens. La guerre vue par les Américains, c'est que les Américains sont beaux, grands, forts et qu'ils gagnent la guerre contre des Allemands méchants et vils, histoire de sauver la mise aux Français qui sont un peu des nazebroques, quand même.
La guerre vue par les Américains, c'est aussi un discours totalement assumé et décomplexé sur les Allemands de l'époque, de manière tranchée voire carrément rudimentaire : les Allemands c'est tous des nazis, et les nazis c'est le mal absolu, point barre. Et finalement, les réalisateurs américains ne nous embêtent pas à nous montrer des nazis au coeur tendre, en général sauvés par l'amour ou après avoir pleuré en ramassant un nounours d'enfant juif après la rafle.

Bon et puis, j'ai aimé Brad Pitt qui a l'air de bien se marrer en justicier plus ou moins raté.

Et puis Christoph Waltz. Tout simplement.

En revanche, Tarantino et ses tarantineries me gonflent. La construction en chapitres plus ou moins dans l'ordre, qu'il nous sert à chaque film, me gonfle. Le faux suspense qui à force d'être étiré, retombe comme un soufflé, me gonfle. Le foutage de gueule en matière d'exploitation des personnages secondaires (Diane Krüger en particulier) me gonfle. Mélanie Laurent et son jeu qui fait plus penser à la pétasse friquée estampillée Paris-XVIe (elle a le même dans tous ses films, c'est facile à identifier) qu'à la juive traquée, m'exaspère.


Bref, énorme déception.


(en même temps, j'ai été déçue par Kill Bill 1 et 2, par Planète Terreur, par Boulevard de la Mort, par Reservoir Dogs et par Pulp Fiction (tous les films de Tarantino que j'ai vus, en fait ( je vais finir par croire que c'est toute l'oeuvre du bonhomme, qui me gonfle))).

lundi 21 février 2011

Les brèves du lundi. Livres et cinéma.


1. Lu Salammbô, du bon vieux Gustave. D'habitude, Flaubert m'ennuie un peu. Cette fois, il m'a paru très difficile à comprendre. Probablement parce que les événements auxquels il fait référence dans son roman (la guerre des Mercenaires au IIIe siècle avant Jésus-Christ) était quelque chose de bien connu à son époque par les lycéens, alors qu'aujourd'hui plus du tout. Comme beaucoup de choses de l'Antiquité (et du reste), d'ailleurs. Quel est le lycéen capable de ressortir l'histoire des guerres puniques ? Des guerres du Péloponnèse ? de la guerre des Gaules ? de la bataille d'Actium ?
Alors que ça avait forgé tant d'esprits depuis la Renaissance...


2. Les romans d'A. J. Cronin, (La tombe du croisé, Les clefs du royaume, La misère et la gloire, lus ces derniers temps) empruntés plus ou moins par hasard à la bibliothèque. Cronin trônait en bonne place chez mes grands-parents, avec Régine Desforges et les Histoires d'amour de l'histoire de France. Bêtement, j'avais catalogué ça en "trucs pour vieux, vraisemblablement niais et chiant".
En fait, c'est vachement bien. La question de la foi, de la mission et de la conversion y est fort bien posée. Et les personnages, même les plus détestables, y sont toujours superbement réussis.

Avec, en prime, dans La misère et la Gloire, un paragraphe assassin sur les églises nouvellement construites dans la veine du Corbusier. Un type qui avoue ne pas aimer Le Corbusier ("le fada", pour les Provençaux) mérite qu'on s'intéresse à lui.


4. Immense déception : Whatever Works, de Woody Allen. Insupportable aussi bien dans son parti-pris de point de vue (le narrateur qui s'adresse au public), dans ses scènes et ses répliques qui sonnent faux, dans sa morale, dans ses clichés que le cinéaste cherche à démonter pour les remplacer par d'autres clichés crétins (le Wasp forcément super-coincé qui doit forcément devenir homo, sa femme hystérico-mystique qui finit en ménage à trois...). Un final merdique. Rien à sauver, rien de rien. Une daube monstrueuse.


5. Cent Ans de Solitude. Rien que le titre est superbe. Garcia Marquez, que j'ai découvert après avoir vu le film (assez insipide, tout le monde le disait, mais y'avait Javier Bardem) L'Amour au temps du choléra, me fait toujours autant marrer. Les personnages sont tous aussi farfelus les uns que les autres, complètement barrés, tout le monde ou presque couche avec tout le monde dans la joie et la bonne humeur (on relativise bien la fameuse et imaginaire chape de plomb morale de l'Eglise catholique dans les pays hispanophones, d'ailleurs), et au final, on n'échappe pas à la condition humaine : on finit aveugle, seul, fou, attaché à un arbre ou au centre d'un cercle de trois mètres de diamètre dans lequel on est seul à pouvoir entrer.

Dit comme ça, c'est pas joyeux, je suis bien d'accord. Mais ça justifie en soi l'existence du prix Nobel de littérature.


6. Dans les inventaires après décès du XVIIIe siècle, on trouve des fontaines pour se laver les mains à côté des chaises percées. Le progrès en marche.


7. Sur ce, bonne semaine à tous !