Avant de partir à la maternité, j'avais préparé un petit colis à destination de l'Epoux, qui contenait, entre autres, le DVD du spectacle d'Alexandre-Kaamelott Astier, Que ma joie demeure. Inspiré de la vie de Jean-Sébastien Bach, et qui permet à l'auteur de s'en donner à coeur joie avec ses thèmes favoris : un sujet d'histoire traité tantôt dans le grave, tantôt dans le sérieux, et surtout en musique - ainsi faut-il rappeler qu'Alexandre Astier est un musicien remarquable, qui compose les musiques de ses films.
vendredi 11 avril 2014
Que ma joie demeure !
Avant de partir à la maternité, j'avais préparé un petit colis à destination de l'Epoux, qui contenait, entre autres, le DVD du spectacle d'Alexandre-Kaamelott Astier, Que ma joie demeure. Inspiré de la vie de Jean-Sébastien Bach, et qui permet à l'auteur de s'en donner à coeur joie avec ses thèmes favoris : un sujet d'histoire traité tantôt dans le grave, tantôt dans le sérieux, et surtout en musique - ainsi faut-il rappeler qu'Alexandre Astier est un musicien remarquable, qui compose les musiques de ses films.
lundi 12 septembre 2011
Paris révolutionnaire, 3. Le cimetière de Picpus.
Si vous voulez vérifier que l'un de vos ascendants s'est fait guillotiner sous la Révolution, vous pouvez toujours commencer par aller faire un tour dans l'est parisien, près de la place de la Nation, où se trouve - mais il faut être au courant - le cimetière de Picpus. Vous n'êtes pas obligé d'avoir des ancêtres guillotinés sous la révolution - personnellement, mes ancêtres, je ne les connais pas (et je m'en fous un peu : à cette époque, le paysan normand devant être plus proche de ses bestiaux que de l'être humain, si l'on en juge par Maupassant, j'ai moyennement envie d'aller leur claquer la bise).
Outre son nom rigolo, le cimetière de Picpus fait partie des vraies curiosités de Paris. Du genre qu'il faut connaître parce que comme chez Total, on n'y va pas par hasard. Situé au 35 rue de Picpus à Paris XIIe, amis chartistes qui passez par là, il suffit de prendre le 29 à la sortie des Archives nationales pour y être en vingt minutes. Sinon, c'est tout près de la place de la Nation.
Rue de Picpus, vous longez un mur. Blanc. Il ne faut pas louper la plaque parce que l'énorme porte, en bois, n'a finalement rien d'extraordinaire.
Vous poussez la porte - elle est ouverte sans qu'il soit besoin de sonner, tous les après-midi que Dieu fait, ou presque, de 14h à 17h si mes souvenirs sont bons. De toute façon on ne vous fiche pas dehors à l'heure tapante, pour la bonne raison que la boutique est tenue par des religieuses chanoinesses de Saint-Augustin qui sont à l'office à l'heure où l'on ferme. La courtoisie la plus élémentaire consiste donc à regarder sa montre et à se mettre dehors soi-même.
D'abord, vous entrez dans une cour couverte de graviers, avec en face une charmante chapelle classique. L'entrée du cimetière (autre épreuve initiatique : c'est comme à Fort Boyard, faut tout trouver tout seul) est à gauche quand on est face à la chapelle, il suffit là encore de pousser la porte.
Mais avant, on peut passer par la chapelle, c'est là qu'on vérifie si on a un arrière-grand-père guillotiné, parce que dans le choeur, on trouve d'immenses plaques commémoratives où sont inscrits les noms de plusieurs centaines (1306, précisément) de morts de la Révolution française.
Le couvent de Picpus, en effet, est un haut lieu de la répression révolutionnaire à son comble dans les années 1793-1794 : on est tout près de la place de la Nation, rebaptisée à ce moment place du Trône renversé (ambiance). Au paroxysme de la Terreur, on a pu y raccourcir une cinquantaine de personnes par jour - heureusement, ça n'a pas duré sinon le combat aurait assez vite cessé faute de combattants, comme dit l'autre.
Pendant ces années guillerettes, le couvent de Picpus a servi tour à tour de prison, de maison de santé, et d'endroit commode pour creuser des fosses communes, dans les jardins du couvent. On y guillotine un peu de tout, du noble, du bourgeois vaguement contre-révolutionnaire, des religieux : c'est ainsi que l'endroit est célèbre pour abriter la fosse commune où furent ensevelis les restes des Carmélites de Compiègne auxquelles Bernanos a fait un sort.
En 1796, le jardin est racheté par
En 1796, le jardin est acheté en secret par la princesse Amélie de Hohenzollern-Sigmaringen (épouse d'Aloys Antoine, prince souverain de Hohenzollern-Sigmaringen), car le corps de son frère, le prince Frédéric III de Salm-Kyrburg, guillotiné en 1794, y repose. Dès 1802, une souscription est organisée par la marquise de Montagu pour acquérir l’ancien couvent des chanoinesses ainsi que les terrains avoisinant les fosses communes. Des familles dont les membres avaient été exécutés fondent le Comité de la Société de Picpus pour l'acquisition du terrain, afin d'y établir un second cimetière près des fosses. La Société de Picpus est composée en premier lieu de Mme de Montagu, née de Noailles, président, de Maurice de Montmorency, d'Aimard de Nicolaï, de Mme veuve Le Rebours, née Barville, de Mme veuve Freteau, née Moreau, de Mme la marquise de La Fayette, née Adrienne de Noailles, de Mme veuve Titon, née Benterot, Mme veuve de Faudoas, née de Bernière, Mme veuve Charton, née Chauchat, M. Philippe de Noailles de Poix, M. Théodule de Grammont. Bref, que du beau monde.
Dans les années qui suivent, des fouilles sont menées afin de délimiter précisément l'emplacement des fosses communes.
Parallèlement, les familles des fondateurs de la société commencent à se faire inhumer dans le cimetière qui est aujourd'hui le seul cimetière privé de Paris (avec le cimetière des Juifs portugais, dans le XIXe, où l'on ne peut rentrer que sur autorisation du Consistoire israëlite de Paris).
Quand vous entrez dans le cimetière, vous vous sentez tout chose : vous déambulez entre les tombes aux noms prestigieux, vous passez devant les plaques commémoratives qui rappellent comment de jeunes gens de bonne famille entrèrent dans la Résistance et moururent au combat ou en déportation. Gramont, Voguë, Lévis-Mirepoix, La Rochefoucauld, Montmorency...
Au bout du cimetière, vous apercevez l'emplacement des fosses communes dont vous ne pouvez vous approchez, mais vous savez que vous allez passer tout près des dépouilles de malheureux perdants de la Révolution...
Et tout au fond, vous entendez que résonne un bruit étrange. Si vous êtes tout seul, vous vous sentez même... un peu trop seul avec ce bruit. Vous vous approchez de la source, vous comprenez qu'il s'agit d'un roulement de tambour qui résonne en permanence auprès de la tombe de La Fayette, enterré là sous une terre rapportée des Etats-Unis, sous une floppée de drapeaux français et américains éternellement reconnaissants.
Je ne sais pas si c'est le petit air désuet, la dévotion patriotique mêlée d'un soupçon de kitsch, qui m'a le plus émue.
Je suis repartie sur la pointe des pieds, pour ne pas déranger cette auguste assemblée de morts.
mardi 23 août 2011
mercredi 3 août 2011
Une femme de la Renaissance (tag d'Euterpe)

Si je devais choisir une femme de la Renaissance, je choisirais Isabelle Claire Eugénie d'Autriche, infante d'Espagne. D'abord parce que l'Espagne est la mal-aimée de l'histoire moderne, systématiquement taxée de bigoterie, assaisonnée de tas de vilains inquisiteurs tout chauves et tout crasseux, d'autodafés de juifs et de morisques à tous les coins de rues, et de cohortes de malheureux gens supposément frustrés par les susnommés vilains inquisiteurs. Et moi, j'aime bien l'Espagne du Siècle d'Or.
D'ailleurs, c'est facile de reconnaître les Espagnols dans les fictions et docus-fictions historiques : c'est ceux en noir, chauves à l'air très très vilain. Et ils veulent brûler tout le monde.
Parmi les Espagnols, il y en a un qui remporte la palme du gros vilain, c'est Philippe II, roi d'Espagne de 1556 à 1598. Dans les films, il fait toujours très peur. Alors que pourtant, même si le bonhomme n'a pas toujours l'air guilleret sur ses portraits, il n'y a pas non plus de quoi s'effrayer.
Pour ma part, j'ai une grande sympathie pour Philippe II - un peu moins pour son système de gestion des finances de l'Etat (= la banqueroute permanente, mais rien n'est parfait en ce bas monde). Si un jour vous avez comme moi l'heur de visiter 1 le Prado à Madrid et 2 l'Escurial à quarante bornes de Madrid, vous comprendrez sûrement mieux l'essence de ce grand roi, mécène éclairé (chez lui, il y avait aussi bien du Jérôme Bosch que du Greco), croyant sincère, politique rusé mais aussi homme d'une grande complexité, bon père de famille, époux aimant, ami affectionné pour les rares qui lui étaient vraiment proches.
Comme je vous le disais, il n'a pas non plus l'air spécifiquement marrant.La légende veut qu'il n'ait ri qu'une fois dans sa vie.
En apprenant le massacre de la Saint Barthélemy.
(sans déconner : il faut avoir visité l'Escurial une fois dans sa vie.)

Philippe II n'a pas eu de chance dans sa vie matrimoniale : marié une première fois, il eu pour fils le fameux Don Carlos (celui de l'opéra de Verdi), puis il s'est marié une seconde fois, un peu pour la déconne, avec la reine d'Angleterre Marie Tudor. La troisième fois, avec Elisabeth de Valois, qui avait bien vingt ans de moins que lui et qu'il aima sincèrement. Lorsqu'elle mourut, elle lui laissa deux filles dont l'une est celle qui m'intéresse, Isabelle Claire Eugénie, née en 1566. (Ensuite, il s'est encore marié une quatrième fois, histoire d'avoir enfin un héritier : ce qui a fini par marcher).
L'autre raison qui me fait aimer Philippe II, c'est que dans sa sagesse, il savait déceler l'intelligence chez les gens. C'est la raison pour laquelle il préféra toujours ses deux filles issues de son troisième mariage. La naissance de l'aînée, Isabelle Claire Eugénie, lui causa dit-on une grande joie, plus encore que s'il lui était venu un fils. L'affection qu'il porta à sa fille et à la soeur d'icelle, Catherine Michèle, ne se démentit jamais au fil des années.
Catherine Michèle, la petite soeur.Par Sofonisba Anguissola (1577)
Mais vous avez VU ce portrait ? Ces yeux ?
Philippe II aimait la compagnie de ses filles au point de les garder avec lui pendant ses séances de travail. Plus tard, elles se mirent à l'assister en lui traduisant des documents - car il leur fit donner une excellente éducation. Chose qu'il ne permettait pas à ses fils (qu'il prenait pour des imbéciles, et apparemment, il n'avait pas tort).
Philippe II avait de grandes ambitions pour ses filles : ainsi il manoeuvra pour pousser Isabelle Claire Eugénie sur le trône de France à la place d'Henri IV. Ce qui ne fonctionna pas (c'est là qu'on ressortit la fameuse loi Salique, vous savez, celle qui excite encore tant les royalistes d'aujourd'hui), mais cela nous montre surtout que pour Philippe II, c'était pensable et envisageable. Donc qu'il était probablement drôlement moins macho que ses contemporains.
Isabelle Claire Eugénie par Juan de la Cruz, en 1599.L'étoffe d'une reine : elle est représentée debout.
Isabelle Claire Eugénie dut renoncer au trône de France, mais fit néanmoins une belle carrière. On lui fit épouser en 1599 son cousin Albert d'Autriche et son père la nomma gouverneur des Pays Bas espagnols. Avec pour mission de pacifier la région, en grand chambardement politico religieux depuis alors trente ans. Il y avait une feinte derrière ce mariage : Albert était nommé gouverneur des Pays-Bas alors en pleine révolte et soutenus par la France et l'Angleterre. Le conflit avait plus ou moins pris fin avec la paix de Vervins et Philippe II avait choisi d'octroyer leur indépendance aux Pays-Bas avec à leur tête Albert lequel est marié à Isabelle-Eugénie, sa fille aînée qui apporter à son mari, par sa dot, les Pays-Bas. Or une clause du traité de Vervins précise que si le couple venait à s'éteindre sans descendance, les Pays-Bas redeviendraient possession espagnole. Or, il était assez vraisemblable qu'Albert était incapable d'engendrer, et Isabelle Claire Eugénie étant alors âgée de trente-trois ans, fallait pas rêver... Cette indépendance généreusement octroyée n'est qu'un tour de passe-passe politique permettant aux Pays-Bas de retrouver la paix avant de retourner à la couronne espagnole (vous avez vu comme c'est chouette la politique ?).
Ce fut néanmoins un mariage heureux et redoutablement efficace, qui rétablit la paix dans la région, réforme la justice, développe l'économie, en suscitant des grands travaux (en particulier) l'assèchement des marécages à la frontière de l'actuelle Flandre orientale et de la France. Ils installent leur cour à Bruxelles et s'entourent d'artistes, Brueghel ou Rubens. La mort d’Albert survient en 1621 mais n'empêche pas Isabelle Claire Eugénie de rester comme seule gouvernante des Pays Bas espagnols. Veuve éplorée, elle prend alors l'habit de Clarisse et continue de diriger la région d'une main de fer dans un gant de velours.
Elle meurt en 1633 : c'est la fin d'une période de calme et d'essor pour les Pays Bas Espagnols, qui ne se calmeront de nouveau qu'en 1648, lors des traités de Westphalie.
jeudi 21 juillet 2011
La série de l'été : Paris révolutionnaire, 1. La maison de Robespierre.
Alors, comme acte de résistance à la balourdise anti-révolutionnaire de base, aussi bête que l'angélisme récurrent de la célébration béate de la prise de la Bastille (et du nombre qu'il en reste à prendre, c'est bien connu), j'ai voulu faire une petite série de posts d'été consacrés aux lieux parisiens de la Révolution, choisis et traités de manière arbitraire et tout à fait préférentielle par ma pomme.
A tout seigneur tout honneur, j'inaugure par la maison de Robespierre, située rue Saint Honoré, à Paris.
Ce n'est en fait pas sa maison, mais c'était là que crécha l'Incorruptible à partir de 1791 et jusqu'à sa mort l'été 1794. Il y était logé par un certain Maurice Duplay, entrepreneur en menuiserie, donc un bourgeois aisé et (ce qui allait souvent avec) un révolutionnaire convaincu. Robespierre se faisait loger, nourrir et blanchir par la famille et en profita peut-être pour dragouiller vaguement la fille aînée, Marie-Eléonore, dite Cornélie (la mère des Gracques dans l'Antiquité romaine : ce qui est drôle avec la Révolution, ce sont les prénoms qu'ils se donnent tous : y'a ceux qui font les spartiates, d'autres les romains, etc), tandis que l'un de ses petits camarades, Philippe Le Bas, sortait avec la cadette (et finit par l'épouser).
Point amusant, les historiens se sont longtemps demandé si Robespierre avait ou non épousé en secret ladite Marie Eléonore. On est même allé jusqu'à étudier la disposition des pièces de la maison pour remarquer que pour aller de la chambre de Robespierre à sa dulcinée, il fallait passer par celle des parents, donc que pour faire des cochoncetés, c'était pas gagné.
Les autres estiment que l'Incorruptible avait d'autres choses à faire que de jouer les jolis coeurs, et que donc il n'y avait que peu de chances qu'il ait eu des vues sur la demoiselle. Mais après tout, même s'il doit être le seul homme du XVIIIe siècle à ne pas avoir écrit de roman pornographique, il n'en était pas moins homme, alors n'est-ce-pas...
Evidemment, tout ce petit monde eut des tas d'ennuis après la chute de Robespierre : Mme Duplay fut retrouvée pendue dans son cachot, les autres passèrent un certain temps en prison et eurent de quoi craindre pour leur tête.
Diverses associations, dont celle des Amis de Robespierre, ont au fil des ans cherché à faire apposer une plaque en souvenir du passage du grand homme en ces lieux. La plaque a été apposée après une longue bataille avec les autorités idoines et congruentes (qui ne voulaient pas en entendre parler), elle est encore même aujourd'hui régulièrement caillassée ou élégamment peinte en rouge par des gens qui n'ont toujours pas compris que la Révolution, c'est fini, mais qui se trouvent vachement héroïques quand même (c'est vrai quoi).
La maison, elle, existe toujours, même si très fortement remaniée, au 198 (à l'époque 366) rue Saint Honoré. La première fois que je suis allée voir à quoi cela ressemblait - en 2003, je crois - ce fut assez cocasse. Pour ceux qui connaissent un peu le coin, il faut savoir que tout près, il y a l'église Notre Dame de l'Assomption (une petite église avec un énorme dôme surdimentionné, affreux), qui est l'église polonaise de Paris.
Dans la cour de la maison Duplay, toujours accessible, il y avait ainsi une agence de voyages plus ou moins officieuse, avec une devanture plutôt lépreuse écrite toute en polonais et en russe, destinée ainsi qu'on me l'a expliqué à fournir pour pas cher des voyages en car vers les pays de l'Est, visas (louches) inclus. Ce qui expliquait pourquoi arrivant sur les lieux, je m'étais fait dévisager des pieds à la tête par des types qui rigolaient dans une langue que je ne comprenais pas.
Difficile à expliquer pourquoi, mais je trouvais ça plutôt plaisant, que la maison de Robespierre abrite un truc plus ou moins interlope. Je pensais même que ça ne lui aurait pas déplu.
Et puis, habitant loin du quartier et n'y ayant pas grand chose à faire - n'ayant pas épousé de millionaire - , je n'y suis plus passée pendant plusieurs années. Ou alors sans repenser à cela.
Et puis un soir que nous nous promenions par là avec l'Epoux, je me suis dit "tiens, c'est drôle, on ne devrait pas être loin de la maison de Robespierre". J'ai cherché un peu autour de moi, ouvert l'oeil du bon côté de la rue, regardé les numéro, rien vu. Je me suis dit que j'avais dû mal me souvenir du numéro, depuis le temps.
En rentrant chez moi, j'ai revérifié, j'avais bien souvenir du bon numéro de rue.
Quelques temps plus tard, à l'occasion d'un trou entre deux demi-journées de cour (je suis fonctionnaire donc sur payée à ne rien foutre, c'est bien connu), me voilà avec trois heures à tuer pour aller de Charles de Gaulle Etoile à la rue de Richelieu. Ce qui me laisse largement le temps pour faire toute la rue Saint-Honoré, et repasser devant mon agence de voyages polonaise chelou.
Pour ceux qui connaissent encore, la promenade est loin d'être désagréable, car les boutiques de mode plus ou moins belles alternent avec les galeries d'antiquaires. Evidemment, je suis souvent la seule quiche à lécher les vitrines des antiquaires qui me regardent bizarrement, mais ce n'est pas grave, j'ai l'habitude.
Bref, je descend la rue en direction de la Comédie française, surveillant sur ma gauche les numéros et les portes. Pas d'agence de voyages polonaise. J'ai dû rater l'endroit, me dis-je, avisant les façades. Ou alors...
Un doute m'envahit. Je lève les yeux sur la devanture du Tara Jarmon en face de moi. C'est bien le 198. Et là, encastrée misérablement, la plaque commémorative. Cachée entre deux rubans en plastique décoratifs. Plus de cour intérieure avec des types bizarres en attente d'un visa, mais des bobos friquées vêtues de sacs trop grands et outrageusement colorés, glapissant leur bonheur d'acheter des chiffons hors de prix.
Voilà ce qu'est devenue la maison de Robespierre. Les royalistes sont bien vengés.
O tempora, o mores.
vendredi 18 mars 2011
Chercheur sachant chercher doit savoir chercher sans désespérer.
Par exemple, l'autre jour, je remuais avec difficultés les trois idées et deux paragraphes que j'avais pondu sur la genèse de la commande du texte sur lequel je cause en journée d'études la semaine prochaine (et le prochain qui me dit que je m'y prends toujours au dernier moment...). Texte sans date, sans auteur, sans destinataire, sans nom, bref pas grand chose à dire. Et bien sûr, pas d'ouvrage à exhumer des réserves de la bibliothèque. Ce qui est toujours ennuyeux quand on s'en sert de base pour causer devant un parterre de spécialistes. Des listes de moines dans des abbayes célèbres au Moyen-âge, y'en a tant que vous voulez. Des livres sur les paroisses normandes du XVIIe siècle, bernique - mais que foutaient les archivistes au XIXe siècle ?
Et puis tout à coup, illumination de génie. J'ai les initiales de l'auteur du texte, un certain J. J. Je sais qu'il a été curé de la paroisse de N..., bailliage de Gisors, en 1645. Avec un peu de bol, hein, un tout petit peu de bol, il a bien signé des registres de baptêmes, mariages et sépultures - il n'aurait pas laissé tout le boulot à son vicaire, quand même. Avec un autre petit peu de bol, les registres ont été conservés aux Archives départementales de l'Eure. Avec un dernier petit coup de pot, les archives les ont mis en ligne sur leur site. Et si c'est Noël, c'est que la numérisation a été bien faite et qu'on lit convenablement à l'écran.
Je me précipite sur le site des Archives départementales de l'Eure. Les registres sont bien en ligne. Y compris ceux de la paroisse de N... Y compris dans les bornes chronologiques qui m'intéressent. Et que coup de pot, les registres ont bien été tenus par le curé l'année qui m'importe - non mais faut pas croire, suffit que le curé ait été feignant et le registre n'est pas tenu pendant plusieurs années. Y'a des généalogistes qui font des dépressions à cause de ça.
Clique que je te clique, je finis par arriver aux registres des sépultures. Thomas de La Croix, vicaire, c'est pas lui. Louis Picquet, prêtre, c'est pas lui. Tiens. "Mathurin Pichard a été inhumé par moi, Jacques Josset, curé de la paroisse...".
Bingo. Je te tiens mon bonhomme. T'imagines que tu es mort il y a trois siècles, plus même, et que non seulement je sais ton nom, mais je sais qui tu fréquentais, je sais ce que tu pensais d'un ministre de Louis XIII, mais en plus je tiens en main l'un de tes écrits qui a passé la postérité et qui ont atterri dans des archives planquée en Lorraine ? Tu t'y attendais, à ça ?
Alors voilà, je vais te redonner vie quelques instants. Le temps de parler de toi lors de ma communication mercredi prochain. Puis ton nom va rester sur du papier tout blanc dans une revue, et sur internet, car la publication se fera aussi en ligne. Et j'espère qu'on le lira de temps à autres, parce que je ne t'ai pas exhumé pour rien.
Toi et tes semblables, les presque anonymes, les inconnus au bataillon, je vous aime bien. Parce que vous êtes difficiles à pister dans les archives. Pour vous retrouver, il faut jouer au roman policier. On se prend pour un génie à peu de frais. Et puis surtout, surtout, on vous ressuscite, avec d'autant plus de bonheur que vous avez été longtemps disparus.
Et si tu me donnais d'autres pistes pour que je te connaisse un peu mieux ?
mercredi 26 janvier 2011
Après le 21 janvier.
Ce 21 janvier, nous avons pendu notre crémaillère. Le choix de la date a fait rigoler les fins esprits de notre entourage.
Parmi les trucs qui m'insupportent, il y a la commémoration éplorée du 21 janvier et le dégueulis récurrent sur les "crimes de la République" dont l'exécution de Louis XVI est censé être le premier acte.
Avec la mauvaise foi qui est la mienne, j'adore faire remarquer que la royauté en France est morte bien avant le 21 janvier 1793, c'est-à-dire le 10 août 1792 avec la prise des Tuileries. Et la République, elle, est née après la victoire de Valmy, en septembre 1792.
La mort de Louis XVI ne signifie rien. Il s'agit seulement de l'exécution d'un perdant politique, et, sauf le respect des royalistes, d'un perdant notoirement nul politiquement. Courageux sur la fin, certes, mais qui s'est réveillé trop tard.
Comprenez, si vous voulez chercher le vrai changement de la Révolution, allez le chercher ailleurs que dans la mort du roi. Pour vous en convaincre, regardez ce qui s'est passé ailleurs, en Angleterre, par exemple, où l'on fait de l'exécution royale un sport national, du Moyen-âge au pauvre Charles Ier : voyez, ce n'est pas parce qu'on décapite un roi que les choses changent. Preuve en est qu'après en avoir tué et viré plusieurs comme des malpropres, eh bien, ils en ont toujours, des rois (à grandes oreilles certes, mais des rois quand même)
(et pour ma part, j'aime beaucoup Charles Ier, qui est tout de même bien plus sexy que Louis XVI.)
Le problème est que l'on observe les choses par le petit bout de la lorgnette : la Révolution vue de la Cour et de la haute noblesse de France. Ce qui représente quelques "pourcent" de la population française à cette époque : bilan, ça ne fait pas lourd pour essayer de comprendre les choses. La mort du roi, ça relèverait presque du non-événement.
Le vrai changement révolutionnaire, c'est l'abolition des privilèges. Là encore, le plus important, ce n'est pas seulement les trois paysans excités qui vont brûler les papiers avec les aveux et dénombrements du seigneur local. Ou la fin du droit de cuissage qui n'existait même pas, en plus. L'abolition des privilèges, c'est surtout la fin des corporations, et l'ouverture, pour la première fois, au libéralisme. La fin des privilèges, c'est l'égalité devant l'impôt mais aussi la liberté de la presse - du moins, une ébauche.
Si vous voulez vous en convaincre, demandez-vous un peu pourquoi les paysans de Vendée se sont soulevés : pas pour un roi dont ils n'avaient rien à faire, mais parce qu'ils avaient eu le sentiment (et ce n'était pas qu'un sentiment) de s'être fait enfler au moment de la vente des biens nationaux.
Et quant à la violence révolutionnaire, supposée être l'ancêtre du nazisme... sans rire, vous me trouvez une seule guerre/révolte/soulèvement d'Ancien régime qui ne soit pas caractérisé par une extrême violence de part et d'autre ? C'est-à-dire, où l'on n'assassine pas au coin d'un bois les représentants de l'État, et où l'on ne pend/roue/décapite pas les agitateurs ?
Étant venue à l'histoire en étudiant la Révolution avec un excellent professeur en classe de seconde, j'ai toujours une certaine tendresse pour cette période - qui n'est pas, loin s'en faut, ma spécialité, puisqu'aujourd'hui je donne dans l'histoire religieuse et sociale des pouvoirs politiques du premier XVIIe siècle... Mais je n'aime pas bien la position hautaine qui consiste à cracher sur des hommes qui ne sont plus là pour se défendre, et dont le courage dépasse, de loin, tout ce que l'on peut imaginer. J'aurai toujours plus d'estime pour Saint-Just que pour ceux qui se complaisent, bien cachés derrière leurs écrans d'ordinateurs, à conspuer un monde moderne dont ils font, malgré tout, partie. Personne, aujourd'hui, n'a le millième du courage de Robespierre. Que les conspueurs de la Révolution prouvent aussi leur valeur. Qu'ils fassent aussi puissant, aussi grand, aussi exaltant.
Je les attends au tournant.
jeudi 18 novembre 2010
Rire de tout.
Et un marronnier, un !
Parmi les phrases que je déteste le plus au monde, il y a celle-ci : "on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui". Parce qu'elle s'accompagne de l'air méprisant de celui qui la prononce, destiné à vous faire comprendre que si telle ou telle blague ne vous fait pas rire, c'est que vous n'êtes qu'un crétin et que - insulte absolue de nos jours - vous n'avez pas d'humour.
Et comme personne ne veut passer pour le rabat-joie de service, on se force à s'arracher un rire d'une blague qui ne nous amuse pas, parce qu'elle n'est pas drôle, parce que ça fait soixante quatorze fois qu'on vous la fait, parce que ça touche une corde sensible.
Il y a encore quelques temps, je n'aimais pas jouer les pisse-vinaigre, aussi je m'efforçais d'émettre au moins un ricanement, de répondre spirituellement, comme si je n'étais pas atteinte par la pique - ou comme si à l'inverse il y avait de quoi se poiler.
Et puis un jour je suis tombée sur un billet tout bête d'un site où l'on peut trouver des jolies perles de réflexion. Pour ceux qui ont la flemme d'aller voir le lien, c'est un Arabe qui n'en peut plus d'avoir droit à des blagues sur le mode "tiens voilà le livreur de pizzas" quand tu sonnes à la porte d'un ami qui organise une soirée.
Passé un certain âge, on se fatigue des attaques - qui ne se veulent pas toujours méchantes, mais qui exaspèrent à force de répétition. Dans mon cas, par exemple, je citerai les blagues sur les curés pédophiles, les scouts pédophiles et fachos, les blagues misogynes/machistes, les piques sur les "intellos", les plaisanteries à deux roubles sur l'accent ou la fainéantise supposée des Provençaux et des profs (alors, des profs provençaux, je n'en parle même pas).
On m'a ainsi souvent demandé pourquoi malgré mes capacités je m'obstinais à bosser dans l'enseignement public "alors que mes qualités seraient tellement mieux reconnues dans le privé". Sauf qu'à voir comment même passée la trentaine, le commercial s'en donne à coeur joie sur l'intello (comprenez, celui qui sait lire) de la boîte, désolée mais je préfère rester parmi mes semblables.
Et moi, je suis fatiguée de devoir faire bonne figure et d'avoir de l'humour vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tu n'es pas drôle, toi, quand, lorsque je te réponds un peu sèchement, ton premier mouvement est de ricaner "t'as tes règles ou quoi ?". Tu n'es pas drôle quand tu ressors la blagues des jambes des femmes qui ne servent qu'à aller plus vite du lit à la cuisine. Tu n'es pas drôle quand tu contrefais l'accent provençal que tu crois être un accent arabe mâtiné de vulgarité. Tu n'es pas drôle quand tu ressors la blague du curé pédophile que tout le monde connaît. Tu n'es pas drôle quand tu me demandes si je suis en vacances ou en grève. Tu n'es pas drôle quand tu te fous de la gueule de quelqu'un qui aime lire/visiter des expositions/voir un film dont la bande son est autre chose que pif ! pif ! boum ! boum ! racatacatac !, et que tu estimes que cela te confère une supériorité sur l'intello à lunettes.
Comme je deviens une vieille conne (c'est que je suis plus proche de trente que de vingt ans maintenant), j'ai pris l'habitude de ne plus avoir peur de plomber l'ambiance d'une soirée ou d'un dîner. Je ne veux plus faire croire que j'ai de l'humour à toute épreuve. Je m'en balance d'avoir l'air drôle. Et je ne veux plus avoir l'air de ne pas être atteinte par les mauvaises plaisanteries. Oui, il y a des choses qui m'atteignent, qui me blessent cruellement. Et je me réserve le droit d'avoir l'air susceptible, et de t'envoyer paître, toi qui veut faire rire à mes dépends, toi qui croit que la provocation est le seul mode de communication.
La phrase de Desproges, quand tu la laisses tomber d'un air condescendant parce que je ne me suis pas esclaffée sur ta sortie délicate, ne sert qu'à te rendre encore plus crétin. Rire de tout mais pas avec n'importe qui ne signifie pas que le monde se partagerait en deux, les surhommes pleins d'humour qui auraient le don de pouvoir tout brocarder sans distinction et de l'autre côté les pisse-vinaigres trop cons pour rire, mais bien au contraire qu'il faut manipuler l'humour avec une extrême précaution pour ne pas le transformer en méchanceté et en humiliation gratuite.
Mais du haut de ta superbe d'homme drôle autoproclamé, tu ne comprendras probablement pas.
mardi 2 novembre 2010
"L'oeil sérieux d'un prophète et le rire d'un enfant".
Ce qui est un peu déprimant au cinéma, c'est de voir le public qui vient voir des dessins animés. En général, très peu d'enfants dans les files d'attente, même celles de l'après-midi. D'ailleurs, dans la plupart des cinémas, la séance de 16h n'est plus réservée aux trucs de gosses. Et inversement, les dessins animés se retrouvent dans les dernières séances de la nuit. Et là, bien évidemment, il n'y a plus un seul enfant dans la salle.
Moi la première, je vais voir des dessins animés. L'Age de Glace étant le dernier en date. (ce qui nous fait remonter à plus de deux ans, quand même, mais c'est une autre histoire). Honnêtement, je m'y suis bien amusée. Ce film a eu au moins le mérite de me faire oublier, deux heures durant, que le lendemain, c'était la proclamation des résultats de l'agrégation. Ce qui n'est pas peu dire.
Les dessins animés, aujourd'hui, ne sont plus des trucs de gosses. Pour la bonne raison qu'ils ne sont plus que des parodies de dessins animés. Des détournements. Souvent pas de très bon goût : la princesse qui rote dans Shrek, le prince charmant-qui-est-en-fait-le-méchant. Grosses vannes, jamais un plan qui dure plus d'une seconde. Jeux de mots à peu près incompréhensibles pour les enfants. Bilan : seuls les adultes se marrent. La dernière fois que j'ai fait voir un dessin animé à mon neveu, il a passé plus de temps à me demander "pourquoi il fait ça" plutôt que de regarder le film. En fait, je crois qu'il s'est passablement ennuyé.
Les réalisateurs de dessins animés se croient toujours très drôles et trrrrès originaux quand ils prétendent "jouer avec les codes", "s'amuser avec les clichés", "travailler sur le second degré". Sauf que les enfants ne pigent rien au second degré. Le second degré est même à mon sens typiquement une affaire d'adultes. Les réalisateurs de dessins animés le sentent confusément. Donc pour faire rire les enfants, ils rajoutent de l'humour premier degré. Souvent à base de pipi-caca.
Pipi-caca, c'est vrai que ça fait rire les enfants. Mais pas si longtemps que ça, en plus.
Mais bon sang, pourquoi faut-il vouloir à tout prix faire marrer les enfants ? Les enfants sont souvent des êtres incroyablement sérieux. Parce qu'ils veulent savoir. Comprendre comment, pourquoi, qui, où. Les enfants ont des capacités de contemplation qu'on a souvent du mal à déceler sous un perpétuel mouvement. Même s'il passe une heure à se tortiller, s'avachir, se rouler, se cogner, tomber, s'accroupir, se relever, se vautrer de nouveau, le tout sur un malheureux canapé qui n'a pas demandé à souffrir autant, l'enfant passe son temps à observer. Et à retenir, comme une éponge.
Alors, si vous voulez que vos enfants deviennent des êtres avides de beauté et de grandeur, pitié, ne leur montrez pas de quoi les faire rire. Faites-leur contempler de belles choses. Apprenez-leur la patience nécessaire pour découvrir le beau. Il est toujours tellement navrant d'entendre des gens dire qu'ils "sautent les descriptions" dans les livres...
Tout ce beau discours ne serait pas si ce n'était pas une justification de ma profonde affection pour certaines séquences des oeuvres des studios de dessins animés, capables de proposer de véritables joyaux aux enfants. En les prenant pour des êtres doués pour percevoir la beauté, et pas seulement comme des petits singes qu'il faut à tout prix faire rigoler.
La longue première séquence du Roi Lion est en ce domaine tout à fait extraordinaire.
(il n'y a pas encore si longtemps, ça me tirait des larmes).
Très réussi aussi, le début de Notre Dame de Paris. On dira ce qu'on voudra mais nos amis d'Outre-Atlantique ne se sont pas mal débrouillés du tout avec l'inoxydable pavé (en particulier faire de l'archidiacre Frollo non pas un moine immonde et grassouillet comme on le voit souvent mais un juge au visage froid - mais je ne vais pas développer parce que ça prendrait bien du temps).
Je vous rassure, il y a aussi des perles estampillées "fabrication française". Michel Ocelot dans ce domaine fait merveille. Ses interviews sont claires : il estime qu'il faut s'adresser au sens du beau chez les enfants, pas à un prétendu second degré qu'ils ne possèdent pas encore.
(et non il n'y a pas que Kirikou dans son oeuvre)
Les perles pour mioches sont rares mais elles existent...
mercredi 28 juillet 2010
L'expérience de la mélancolie. La route du col de Larche.
Il se trouve que de ma naissance et jusqu'à mes dix-huit ans, j'ai passé la quasi-totalité de mes vacances dans la vallée de l'Ubaye, été comme hiver. L'hiver, j'ai eu le grand désarroi d'être contrainte par mes ascendants à faire du ski, ce qui n'a eu pour résultat que de me faire prendre en profonde horreur tout ce qui touche aux "sports d'hiver" (que voulez-vous, je n'aime pas avoir les pieds froids, et en outre je n'aime pas le concept de sport en général).
L'été a été en revanche source d'inépuisables joies. Randonnées en montagne, visites diverses et variées, escalade et baignades dans les lacs de montagne - vous savez, là où l'eau est à moins de quinze degrés.
Aussi ai-je une totale méconnaissance des joies de la station balnéaire. En revanche, je pense avoir vu plus de marmottes et de chamois que quiconque - montagnards résidents exclus, bien entendu, sinon ça ne vaut pas.
Un jour, je vous parlerai aussi du bonheur qu'il peut y avoir à quitter un sentier sur la pointe des pieds, sur l'injonction du Père, ancien chasseur alpin, un doigt sur les lèvres, pour aller s'accroupir un peu plus loin et surprendre, derrière un talus que les touristes habituels n'ont même pas idée d'aller voir, une colonie de marmottes en train de s'ébattre.
Je suis infichue de conduire sans me perdre en Ile de France, en revanche, je connais toujours par coeur, au virage près, la route qui va de la vallée de l'Ubaye en Italie, en passant par le col de Larche. Petite route sinueuse autrefois bien plus stratégique que l'autoroute qui passe sur la côté. La gloire locale est de dire qu'Hannibal est passé par là avec ses éléphants. Ce n'est pas vrai, mais en revanche, François Ier et Napoléon, eux, sont bien passés. Quant à la vallée, elle a été hautement mise en valeur aux glorieuses heures de Vauban puis de la ligne Maginot. On peut encore visiter ces énormes forts-bunkers, derniers bastions quasi-inexpugnables des Allemands au printemps 1945.
Allemands qui ne se gênèrent point pour raser les villages et hameaux environnants lorsqu'ils décidèrent de rentrer chez eux. Sur la route du col de Larche, on traverse encore des villages en ruines, comme Certamussat, dont il ne reste que la petite chapelle et le cimetière, parce que personne n'a eu le courage de reconstruire.
Le col de Larche n'est guère plus riant, de même que la descente vers l'Italie, une fois le col passé. Les plaies de la guerre sont encore visibles dans les ruines des maisons abandonnées et des villages martyrisés.
Quand vous êtes sur cette route, tôt le matin ou tard le soir, vous êtes seul. En hiver, vous n'êtes clairement pas le bienvenu. Les rares tentatives de construction de station de ski ont avorté, et rien n'est plus triste de voir les pylones de remontées en train de rouiller, et le seul hôtel construit abandonné.
Ces paysages de montagnes mal connues, mal aimées - pas assez glamour pour les Parisiens qui veulent leur dose de neige et de fun et se fichent totalement de la montagne le reste du temps - sont de loin les plus tristement beaux que je connaisse.
mardi 11 novembre 2008
Visages de gentes personnes.
Hier, à la sortie d'un interminable cours de géographie sur les acteurs de l'aménagement du territoire, j'ai retrouvé un ami très cher afin de filer jusqu'à l'illustre musée Jacquemart-André pour aller voir l'exposition sur Van Dyck. De fait, j'étais obligée, ça faisait une bonne semaine que le portrait de Maria de Tassis, visage de l'affaiche dans le métro, me clignait de l'oeil.
Une expo un peu courte (une petite dizaine de petites salles) mais des tableaux venus de partout, et même de Russie, ce qui est particulièrement rare parce que la Russie prête ses oeuvres moyennant finances. L'artiste, comme tout bon génie, est mort jeune en 1642, et il a fini par surpasser son bon maître Rubens. Surtout, il savait plaire à la bonne société, et même au roi Charles Ier, celui qui meurt jeune aussi dans Vingt Ans après.
L'expo s'ouvre sur une série d'oeuvres de jeunesse (années 1620-1622), période hollandaise. Facile à reconnaître, les bourgeois hollandais étant calvinistes donc vêtus de noir pour montrer l'appréhension guillerette qu'ils ont de la vie.





mardi 5 février 2008
L'expérience de la mélancolie - Port Royal des Champs.



