lundi 29 octobre 2012

R.I.P.




Du temps que j'allais aux Archives nationales, je passais tous les jours rue Michel Le Comte. Coin du Marais à la fois prestigieux si l'on en juge par le prix des loyers, et plein de ces agaçantes boutiques de prêt-à-porter de mauvais goût et d'accessoires cheap vendus en gros par des boutiques tenues par des Chinois.

Au coin d'une de ces boutiques spécialisées dans le commerce des montres clinquantes qui ne fonctionnent jamais, s'était installé un clochard qui y avait posé son matelas, ses duvets, un caddie, un fauteuil, des sacs plastiques. Il passait le gros de ses journées à boire des canettes de bières premier prix. La journée est longue quand on n'a rien à faire sinon attendre.

Il y a deux semaines, en passant à l'aller, sur le coup, je n'ai pas fait attention. Au retour, si. Le coin était vide. Nettoyé. Sans fourbi. Juste une feuille collée au mur, qui informait du décès de cet homme mort, je crois, d'un arrêt cardiaque. Les funérailles étaient payées par une quête faite dans le quartier et tout un chacun était invité à venir au crématorium du Père-Lachaise pour saluer une dernière fois Florian


Il a fallu qu'il soit mort pour que je connaisse le prénom de cet homme que je croisais tous les jours. 
Il a fallu qu'il soit mort pour que l'on se cotise afin de lui payer un endroit où s'abriter. 

Il y a des fois où l'on se sent assez minable. 




mercredi 24 octobre 2012

V pour Vous vous foutriez pas un peu du monde ?



Je suis d'un naturel plutôt conciliant, je reconnais volontiers mes torts (sauf quand mon mari souligne ma tendance au bordélisme, faudrait voir à pas déconner non plus). Du coup, quand je dis que tel auteur m'est tombé des mains et qu'on me dit que ah mais non, t'as pas lu le bon truc, je veux bien essayer une seconde fois. 

Aussi, après l'insupportable et logorrhéique From Hell, me suis-je attaquée à V pour Vendetta, du même Alan Moore. Je n'ai aucun mérite, il était en tête de gondole à la bibliothèque, j'ai même pas eu à le chercher. Le soir même, fringante, j'ai voulu le lire. Malheureuse. 

Je ne peux même pas dire ce que j'ai le plus détesté. Le dessin, hideux, pâteux ? Les couleurs criardes, l'omniprésence d'un jaune couleur canari cradingue ? Les personnages, assez mal dessinés pour qu'il soit la plupart du temps impossible de les reconnaître d'une case à l'autre (ce qui est très énervant) ? L'histoire à deux balles d'une Angleterre où les nazis ont pris le pouvoir ? Un héros dont on n'a pas trop bien compris en quoi il était héroïque (oui, bon, il fait exploser les Houses of Parliament pour faire chier les nazis du pouvoir) ? L'insupportable maniérisme qui consiste à faire commencer chaque titre de chapitre par la lettre V (j'ai noté, il manquait villégiature, vishnou, vademecum, Van der Meulen, viandox) ?  L'héroïne un peu amoureuse du héros mais pas trop en fait ah bah si mon bourreau mon héros je t'aime ? 

En plus, dans le film, y'avait même pas Johnny Depp à poil dans la baignoire, mais Natalie Portman avec le crâne rasé.

Sérieux, quoi.


jeudi 20 septembre 2012

Mon neveu, les tortues et le mariage gay.



Chez mes parents, il y a un jardin. Dans le jardin, il y a des bestioles effrayantes, qui ont une sale tête, l'air patibulaire et qui vous bouffent les orteils quand vous prenez tranquillement l'apéro sur la terrasse. 
Des tortues d'Hermann. Dont la plus grosse avoisine les vingt-cinq centimètres de diamètre, c'est vous dire les monstres. 
Principe de précaution oblige, je ne m'en approche que très peu, mais force est de constater que ça plaît aux petits-enfants qui sont ravis de leur filer des fleurs de pissenlit à manger. J'avoue m'être moi-même bien marrée en regardant deux d'entre elles commettre l'acte de chair (enfin, de carapace), et en faisant remarquer à mon mari que j'ignorais totalement que cela pût se passer de la sorte. 

Les tortues, dans l'imaginaire commun, sont censées se nourrir de choses herbues, de la salade quoi. Mais apparemment, celles de mes parents, sont des tortues terminator, qui bouffent à peu près tout et n'importe quoi. Des escargots par exemple. Ou des trucs qui tombent de la table quand on mange sur la susdite terrasse.
C'est ainsi qu'il y a sept ans environ, mon neveu qui alors trônait dans sa chaise haute fit tomber sur le carrelage de la terrasse un morceau de son steak haché. L'une des tortues se précipita alors pour happer la viande, au grand dam de mon neveu qui se mit à hurler "c'est à moi çaaaaaaa" en se tortillant dans tous les sens. Scène célèbre restée dans les annales familiales.


Le rapport avec le mariage gay, me demanderez-vous ? (c'est vrai que jusque-là, on ne peut pas dire que ça soit franchement évident, je vous le concède). Eh bien, c'est tout bête. Quand je vois des catholiques s'indigner de l'arrivée prochaine du "mariage pour tous", je pense à ce petit garçon qui convulsait de rage en réclamant son bout de steak tombé par terre et boulotté par le reptile. Car non, l'Eglise catholique, pas plus que les autres institutions religieuses, n'est pas propriétaire du mariage. Le monde n'a pas attendu l'Eglise catholique pour mettre en place l'institution matrimoniale. Et la création du "mariage civil" pendant la Révolution française ne relève pas du "j't'ai piqué ton goûter", mais plutôt de la mise en place officielle d'une situation de fait. Pensez d'ailleurs aux comédies de Molière (et bien d'autres) : qui est-ce qu'on appelle, dans les pièces de théâtre, pour conclure le mariage ? Le curé ? Non, le notaire. Pour le contrat de mariage. En plein XVIIe siècle. Je veux bien que Molière ait été un mécréant notoire, il n'en est pas moins le reflet de sa société.
Il faut du reste rappeler que le sacrement du mariage tel qu'il a été mis en place par l'Eglise à partir du Moyen-âge est un sacrement que les époux se confèrent eux-mêmes, le prêtre n'étant là que pour le bénir et l'inscrire dans les registres paroissiaux. Il y a d'ailleurs des scènes rigolotes sous l'Ancien régime, où des jeunes gens désireux de se marier coincent des prêtres dans un coin de l'église, récitent les paroles d'engagement devant lui et le pauvre prêtre est bien forcé de reconnaître leur union. Et c'est dans la poche, papa-maman ne peuvent plus rien dire, c'est fichu (sous réserve de consommer, bien évidemment).
Alors qu'est-ce qui pourrait empêcher un couple homosexuel de se marier chrétiennement, je vous le demande.

 En outre, le mariage d'amour a été promu en premier lieu par l'Eglise catholique à l'époque moderne, il me semble que tous les historiens sont d'accord là-dessus (et pour ceux que ça intéresse, la dernière bonne synthèse là-dessus est celle d'André Burguière, Le mariage et l'amour en France). L'Eglise a favorisé le mariage avec libre consentement (et sans celui des parents), promouvant l'intimité conjugale et le sentiment amoureux au sein du couple, le respect du conjoint (et par là créant un climat propice à la mise en place des premiers moyens de contraception...). 

Pour ma part, je me borne à constater qu'il ne paraît pas absurde que des couples homosexuels stables veuillent se marier, c'est-à-dire avoir des droits et des devoirs spécifiques l'un envers l'autre et envers la société. J'aurais même tendance à penser qu'il est plus cohérent pour un prêtre de marier un couple homosexuel chrétien (j'en connais, pas beaucoup, mais j'en connais) à l'Eglise, qu'un couple hétérosexuel dont aucun des deux membres ne fout les pieds à la messe depuis ses huit ans mais c'est que pour faire des photos une église c'est plus joli et ça fera plaisir à mamie. Quant à la question de l'éducation des enfants par des couples homosexuels, je m'interroge certes, mais je ne vois pas matière à hurler de rage. Qu'on puisse croire qu'un père et une mère soit mieux dans l'absolu me paraît une évidence. Mais que dans l'absolu un couple homosexuel soit considéré comme néfaste pour des enfants est une ânerie sans nom. 

Mais que par pitié, on cesse de vouloir s'approprier ce qui n'est à personne !


mercredi 22 août 2012

Plafond.




Le prochain qui me dira que c'est pas vrai que les femmes sont discriminées dans le marché du travail, sera prié de m'expliquer pourquoi la fac (celle chez qui je fais ma thèse, pas celle qui m'emploie) me regarde de traviole depuis mon congé maternité. 

Pourquoi je me suis entendu dire "ah bah je venais pour vous proposer de faire passer des colles dans Grand Lycée Prestigieux Parisien, mais puisque vous allez avoir un enfant, hein, je pense que je vais demander à quelqu'un d'autre". Pourquoi les propositions juteuses du même acabit se sont subitement taries. 

Pourquoi pendant ce temps mes collègues thésards masculins accumulent les charges de cours bien rémunératrices, tandis que je vais devoir m'accommoder de mon demi-poste. Soit des clopinettes. C'est pas que je travaille uniquement pour le fric, mais quand même, ça compte un peu.

Et pendant ce temps, on lit sur le web de charmants esprits qui, la gueule enfarinée, viennent vous expliquer que bah d'abord c'est pas vrai que les femmes sont moins payées, que le plafond de verre n'existe pas, et que même si ça existait, ben c'est normal, ces connes s'obstinent à procréer.

Sûrement que le cerveau part avec le placenta pendant l'accouchement, hein ? 

Je l'ai un peu mauvaise, sur ce coup-là. 





vendredi 20 juillet 2012

From Hell, ou comment vendre sa camelote en passant pour un intello.



Alors que j'arpentais les rayonnages de la bibliothèque municipale, mon oeil a été attiré par un titre. From Hell. Roman graphique, dont j'avais vu l'adaptation en film il y quelques années. Pas mal du tout, un peu violent mais enfin, il y avait Johnny Depp qui, comme toujours, faisait du bon travail. Et puis l'intrigue était plutôt bien fichue, une nouvelle version de l'histoire de Jack l'Eventreur, ça se laissait regarder. Et puis, bah, il y avait Johnny Depp qui à un moment est à poil dans sa baignoire. 

Le coeur battant à l'évocation de ces souvenirs de post-adolescence, j'emprunte l'ouvrage et l'entame le soir même, espérant passer quelques bons moments de lecture, et surtout m'occuper un bon bout de temps avec des cinq cent pages et des brouettes.

Et puis, grosse désillusion. 

D'abord, le noir et blanc, le flou, les flashs-back, c'est très bien, mais si ça doit entraîner l'obligation de revenir en arrière toutes les deux pages parce que là, on ne se souvient plus du tout de qui c'est celui-là (en fait on n'a simplement pas reconnu sa tête vu qu'ils se ressemblent tous), c'est très pénible. 

Les citations érudites piquées un peu partout dans le répertoire philosophico-prise de tête en exergue de chaque chapitre, c'est bien aussi. Mais seulement si ça a un rapport avec la choucroute, sinon ça fait juste pédant. Ou débile. Ou les deux. 

Les trucs qui ne servent à rien un peu partout. Par exemple, l'allusion à Adolf Hitler (le Point Godwin s'applique aussi à la BD). Là, on est dans Jack l'Eventreur, c'est-à-dire le mal, caca, ouh, pas beau-vilain. Or, qu'y a-t-il de plus caca-pasbeau-vilain qu'Adolf Hitler ? Oh, comme c'est original, glissons une allusion à Adolf Hitler. Mais il n'était même pas né à l'époque de Jack l'Eventreur ? Qu'à cela ne tienne, l'auteur nous inflige, en plein milieu de son intrigue victorienne, une page entière dédiée à la conception d'Adolf Hitler - si si, vous ne rêvez pas. Vous voyez bien deux personnages causant allemand en train de forniquer dans une chambre, et comme ils s'appellent respectivement Aloïs et Klara, vous finissez par comprendre (to the happy few...) que bing, bah Jack l'Eventreur, Hilter, tout ça c'est pareil, c'est le mal. 
Cherchez pas. C'est comme ça. 

Il y a aussi le passage obligé sur les bourgeois et aristocrates forcément plein de turpitudes sexuelles (corollaires : leurs femmes coincées du cul parce que la société victorienne, c'est le mal, Adolf Hitler, on vous a dit). Le passage obligé sur les putes lesbiennes avec quelques pages de triolisme et quelques plans de pénis en train d'éjaculer. Classe et élégance, comme de bien entendu.

Je vous épargne les dizaines de pages historico-philosophico-théologico-architecturales où le méchant disserte sur des sombres histoires de franc-maçonnerie et de trucs satanistes en lien avec l'architecture de certaines églises de Londres. Là, j'ai rien compris, j'ai sauté des pages parce qu'au bout d'un moment, ça va bien. 


Et puis après tout ça, il y a l'explication. Comme d'hab', le méchant, en fait, c'est un abominable docteur en apparence respectable et appartenant à la haute société victorienne, et en fait, c'est un complot plus ou moins dirigé par la famille royale anglaise. Evidemment. Et tout est étouffé parce que les méchants, ils sont puissants et les puissants y sont méchants, c'est bien connu. Le complot. Tout ça.

C'est étonnant d'ailleurs. Je veux dire, lisez n'importe quelle rubrique de faits divers, regardez n'importe quelle émission de télé du style Faites entrer l'accusé, et vous verrez que - allez, à la louche - les trois quarts des affaires de meurtres un peu glauques se passent dans des milieux plutôt au bas de l'échelle sociale. Que le serial killer façon docteur Jekyll, c'est un spécimen plutôt rare en définitive. Alors que dans les fictions policières, ils sont tellement légion que c'en devient aussi agaçant que prévisible. Et gonflant. 

Bref. J'ai survolé les cinquante dernières pages et j'ai repensé à Johnny Depp dans sa baignoire, ça m'a un peu consolée.





mardi 10 juillet 2012

Les feuilles de brick.



Parmi les trucs culinaires que j'ai découverts sur le tard, il y a les avocats (on n'en mangeait pas chez mes parents, ma mère y étant allergique), les cakes, quiches et tartes maison, et les feuilles de brick.

Les feuilles de brick, c'est vraiment l'épate à peu de frais : on y met ce qu'on veut, ça change rien par rapport à un gratin ou n'importe quoi d'autre, mais la présentation fait classe. Et contrairement à ce qu'on lit souvent, ça n'est pas plus gras qu'autre chose pour peu qu'on les fasse cuire au four et non frire dans l'huile... Si on veut quand même que ça soit un peu doré, il suffit de badigeonner les petits bricks de quelques gouttes d'huile d'olive avant de les mettre au four. Au pinceau, ou (pour les pauvres comme moi) au doigt. 

L'aspect croustillant permet ainsi de faire manger à l'Epoux des légumes vapeur sans qu'il se plaigne  d'être honteusement mis au régime.

Alors pour ceux qui comme moi deviennent dingues quand ils découvrent un truc culinaire, voici mes recettes préférées :

- Bricks à la courgette : râpez une grosse courgette (ou plusieurs petites), mettez-la à revenir avec un peu d'huile. Ajoutez sel et poivre, un demi-pot de ricotta (le meilleur truc du monde) et du fromage, du gruyère râpé faisant tout à fait l'affaire. 
Variante très bonne mais pas recommandée si on aime la vie en société : avec du roquefort (et des noix, c'est encore plus mieux), bien expliquée ici.
Variante "j'ai pas de courgettes ni de noix" : avec des épinards et des pignons.
Variante "j'ai pas de ricotta" : avec du mascarpone. Ou du fromage blanc, mais là il ne faut pas trop en mettre sinon ça dégouline partout et vos bricks vont se percer, c'est très énervant. 

- Bricks à la viande : n'importe quel reste de viande fait l'affaire, pour peu qu'on le hache avec des herbes, une carotte et une courgette (si on en a une qui traîne). Il y en a des qui lient le tout avec de l'oeuf, personnellement je préfère ajouter de la ricotta (je vous ai dit que c'était le meilleur truc du monde ?) ou de la crème de soja. Ceux qui hurlent à la mort en entendant parler de soja se rappelleront (ou apprendront) qu'étant allergique au lactose, je limite ma consommation de produits laitiers, et vous devriez faire pareil parce que n'étant pas des petits veaux, il n'y a pas de raison que vous vous nourrissiez de lait de vache - est-ce qu'on donne du lait de femme aux veaux ? non ? Bah alors.
(oui je sais, c'est idiot). 
(mais pas plus que de faire des pubs où le fait de manger un camembert ou de boire du lait à la bouteille comme un porc fait de n'importe quel clampin(e) une bête de sexe).


Dernière précision : on dit souvent que pour fermer le petit brick, il faut mettre quelques gouttes d'eau. J'ai essayé, ça n'a jamais marché, tout au plus ai-je réussi à faire des trous dedans (et les trous, c'est énervant). Alors je replie mon petit brick et ensuite je le pose dans le plat avec la pliure dessous, comme ça le poids fait tenir le truc bien fermé.

Voilà, voilà. 





jeudi 5 juillet 2012

Habitude.



Incipe, parue puer, risu cognoscere matrem
– Matri longa decem tulerunt fastidia menses.
 


Est-ce qu'on s'habitue un jour à avoir des enfants ?  Est-ce qu'on s'habitue à la joie de voir un petit visage se plisser, s'élargir, pour appeler, pour sourire, pour rire... montrer tout simplement qu'il a besoin de nous, compte sur nous et nous offre en retour une affection joyeuse.

Trois minutes avant d'accoucher, je crois bien que je n'avais pas encore bien percuté l'idée. Ensuite, il a fallu des jours et des jours pour  que j'arrête de me répéter que non, celui-là, c'est pas comme mes neveux, faut pas le rendre à ses parents à la fin du week-end, on peut le garder.

On se lève la nuit pour le nourrir, pour le rassurer - on se rend même compte qu'en pratique, on se réveille une demi-seconde avant même qu'il ne se mette à pleurer. On répond à son appel, le matin, quand il pleure de faim ou se marre tout seul dans son lit en regardant les petits animaux de son mobile musical. On l'habille, le déshabille, le baigne. Parfois il hurle de rage, parfois il pleure de douleur et c'est la panique à bord (qu'on essaie de ne pas trop montrer) ou de contrariété et nous, on apprend aussi à développer une capacité à ne pas trop être dérangé quand on voudrait bien prendre un repas tranquille qui durerait plus de cinq minutes, merci bien. On le change, et ce n'est pas toujours ragoûtant, surtout que le petit sacripant a une certaine tendance à bousifier alors qu'on est en train de prendre son café après un bon repas. 

Mais bon. On apprend ces mille petits trucs à faire. On prend le pli.

Mais à chaque sourire, c'est toujours le même coup au coeur, la même surprise, comme si c'était un cadeau purement gratuit, parfaitement inattendu et merveilleusement choisi.



lundi 2 juillet 2012

Anthropologie du RER appliquée à la femme enceinte.



Tu es enceinte, ça se voit, et ça commence à peser mine de rien. Pas de bol, tu dois te farcir ton heure de transports en commun quotidienne car il faut bien continuer à gagner ta croûte. Alors, quand les portes du wagon s'ouvrent, tu as le coeur battant : est-ce que quelqu'un va te laisser sa place - la place du coeur, selon le jargon merveilleux de la RATP ? 

Sache, déjà, femme enceinte, que tu es troisième dans l'ordre des priorités pour les places assises. Devant, il y a les mutilés de guerre (mais, en 2012, on peut dire que ça court de moins en moins les rues, je rappelle que le dernier poilu est quand même mort il y un bon bout de temps), et les aveugles et infirmes civils (mais ils ne prennent pas beaucoup le métro, pour des raisons évidentes). Donc logiquement, tout le monde devrait se lever d'un seul homme pour te laisser une place assise. 

Mais en fait, non. 

Il y a la femme entre deux âges, celle-là en général se lève spontanément et te laisse la place avec un sourire complice, elle est passée par là, elle sait qu'il vaut mieux être debout plutôt que de te laisser toi-même debout au risque de t'effondrer (et bloquer le wagon pour un temps indéterminé) ou de vomir tripes et boyaux. 

Il y a la matrone noire, en général grande et forte. Celle-là, elle se lève ou fait lever les gens, en gueulant si besoin QU'IL Y A UNE DAME QUI ATTEND UN BÉBÉ OULALA DIS-DONC VOUS POURRIEZ VOUS LEVER NON MAIS C'EST QUOI CETTE MENTALITÉ LÀ. Et comme elle prend l'air pas commode, les gens se lèvent sans la ramener. 

Il y a le jeune Noir un peu wesh-wesh, qui se lève avec un charmant "vazy madame vous allez pas rester debout ça s'fait trooooop pas... vazy toi lève-toi y'a une dame là qui veut s'assoir vazy hein". A priori, fils ou neveu de la matrone du dessus. 

Il y a la pétasse sur talons vertigineux (commerciale à la Défense). Qui te laissera debout car elle est trop occupée à refaire son vernis ou se repasser un coup de mascara. Elle t'a pourtant bien vue mais tu n'es probablement pas assez digne de sa considération (faut dire que les talons aiguilles, tu as abandonné assez vite) .

Il y a le mec en costume avec chaussures pointues (commercial à la Défense, peut s'accoupler avec la précédente). T'a bien vue, a même reluqué tes seins gonflés aux hormones de grossesse. Mais ensuite son regard est descendu sur ton ventre : il est alors devenu tout blanc et s'est mis en considérer son smartphone ou ses chaussures avec le plus grand intérêt. 
Si le mec en costume se lève, vérifie son annulaire gauche : en général, il a une alliance. Peut-être même que sa femme, en d'autres temps, s'est abondamment plainte de la goujaterie

Il y a aussi le vieux con (la cinquantaine approchante) qui fait remarquer, après s'être fait houspiller par la matrone et t'avoir laissé sa place, que "elles font chier les femmes enceintes, peuvent pas rester chez elles, et puis la grossesse c'est pas une maladie / c'est pas moi qui lui ai fait bordel" (classe, distinction, élégance).  Il conchie aussi les féministes qui veulent qu'on leur cède la place mais veulent aussi l'égalité des sexes alors il voit pas pourquoi il devrait céder sa place. 
Mais comme en plus d'être un con, c'est un lâche, il obéit au doigt et à l'oeil de la matrone.


L'un dans l'autre, habitant dans une banlieue où les matrones, les wesh-wesh et les familles sont légions, j'ai toujours pu m'asseoir dans le métro pendant ma grossesse, preuve que tout n'est pas foutu dans ce bas monde ma brave dame. 


Cette page d'anthropologie s'est fantastiquement bien vérifiée avec la poussette ou le bébé porté en écharpe. Si les jeunes wesh-wesh, les matrones et les touristes continuent de filer un coup de main et /ou de laisser leur place. les connards en costume à chaussures pointues et smartphone préfèrent te doubler en te bousculant dans un escalier plutôt que de t'aider. Et ils continuent de pester si tu ne cours pas assez vite dans les couloirs de Châtelet. 




mercredi 16 mai 2012

Agences de notations.

L'autre soir, je me suis trouvée par hasard à regarder la télé en attendant le retour de l'Epoux. Zappe que je te zappe, je finis par atterrir sur une des nombreuses émissions de Ruquier et de sa clique habituelle. Dans celle-ci, si j'ai bien compris, de "jeunes talents comiques" viennent faire des sketches sur des thèmes imposés et sont évalués par la fine fleur de la télévision française.
Au moment où je commence à regarder l'émission (car pour une raison oubliée, je n'ai pas pu changer de chaîne tout de suite), un malheureux jeune homme se fait allègrement dessouder par ladite fine fleur qui lui attribue des notes (sur vingt) pitoyables agrémentées de commentaires mesquins voire franchement abjects sur son manque de drôlerie et d'inventivité. Isabelle Mergault, modèle d'élégance et de distinction comme chacun sait, se montre tout particulièrement odieuse.

Ruquier annonce ensuite l'arrivée d'un autre jeune homme répondant au nom d'Arnaud Tsamère, apparemment déjà assez connu mais pas de moi. Il déploie moult énergie,  assez réjouissante assurément, pour animer un sketche pourtant pas très drôle ni très original (une parodie de pièce de boulevard comme cela a déjà été fait cent fois par les Inconnus et tant d'autre après eux). Mais à peine ouvre-t-il la bouche que la Mergault hurle des rires stridents qu'elle émettra pendant toute la durée du sketche, et finira par lui attribuer la note de 20/20 car "c'était génial". Va savoir pourquoi.


Quelques jours plus tard, j'allume de nouveau la télé - le temps d'allaiter mon fils, lire pendant ce temps étant tout à fait impossible ou alors fortement compliqué. Manque de bol, je me rends compte après avoir collé au sein le rejeton que la télécommande est sur la table basse, donc tout à fait hors de portée. Je suis donc condamnée à ne pas pouvoir changer de chaîne, éteindre la télé m'étant pareillement interdit. Je dois donc me coltiner le programme de tf1 à dix heures du matin, et cela vaut son pesant de cacahuètes car il s'agit d'un délicat produit de télé-réalité, "Quatre mariages pour une lune de miel". L'idée ? Quatre donzelles notent mutuellement leurs mariages (robe, lieu de réception, menu, ambiance) et la mieux classée gagne un voyage (avec son mari, quand même) dans les îles. 
Là encore, notes mesquines et commentaires aussi vulgaires qu'assassins sont de rigueur. 


Si j'en crois de plus calés que moi, l'émission "à notes" est une constante de la télé, public et invités des plateaux s'en donnant à coeur joie pour produire des appréciations blessantes et mesquines. Ce qui est étonnant, c'est que si mes collègues professeurs et moi-même nous nous permettions le quart du dixième des commentaires de l'acabit susmentionné, on aurait en moins de cinq minutes les parents, la DDASS, les flics, les assistantes sociales le rectorat sur le dos. On pointerait du doigt nos méthodes archaïques fondées sur les brimades à répétitions. On montrerait au journal télévisé des élèves traumatisés, voués à l'échec éternel.
Et je n'ai pas besoin de rappeler dans les détails comment les associations de parents d'élèves s'activent pour la suppression des notes à l'école parce que c'est traumatisant, ça incite à la compétition, c'est vilain, caca, bouh, affreux affreux affreux.

Alors, quid ? Il me semble pourtant que prendre une sale note à une copie X rédigée à un instant T avec un commentaire un peu sec qui ressemblera au pire à quelque chose du style "la leçon n'est pas apprise" est nettement moins dur à avaler sur le plan personnel, que de consentir à se faire atomiser en public sur son mariage ou sa prestation artistique.

Ce monde de fous n'a pas fini de me surprendre.




mardi 6 mars 2012

Les 11 (la suite).

Alors, maintenant, il faut répondre aux questions posées :


1) Couche tard ou couche tôt?

Couche-tard et vraiment, vraiment pas du matin (commencer à 9h relève pour moi de la torture).


2) Quel est ton film favori?

Les trois mousquetaires de Richard Lester. Pour Oliver Reed, Richard Chamberlain et Simon Ward (cris hystériques). Pour les duels à l'épée (tchaf ! tchaf !), les costumes remarquables, les vues de Tolède (où le film a été en grande partie tourné... la première fois, ça fait drôle de se rendre compte que ce qui est censé être Notre-Dame de Paris est en fait la cathédrale de Tolède, mais bon pourquoi pas) et les répliques cultes qu'avec l'Epoux nous ressortons régulièrement en private joke. Parce que c'est un film pour les petits enfants et aussi pour les grands.


3) Un grand classique de la littérature que tu n'as jamais réussi à finir?

A la recherche du temps perdu. Proust me tombe des mains, c'est plus fort que moi. J'ai essayé un peu tous les volumes, rien à faire.


4) VO ou VF?

J'aime bien la VO en général. MAIS pour les films que j'ai vus petite (comme les Mousquetaires sus-nommés) en VF, je ne supporte pas la VO.
L'Epoux préfére la VF car il entend parler anglais toute la journée au boulot et ça le gonfle de lire les sous-titres qui bouffent la moitié de l'écran (moi aussi d'ailleurs : on n'est pas assez bons pour comprendre sans). Et puis je connaissais un type qui travaille dans le doublage et je trouve son boulot super intéressant et bien plus complexe que ce que je croyais, alors par sympathie pour les doubleurs, je choisis la VF.


5) Peignoir ou serviette?

Serviette. Sauf en période de matinée grosse loose où je m'octroie le plaisir de m'emmitoufler dans un peignoir dans lequel l'Epoux qui n'est pas un petit gabarit rentrerait lui-même quatre fois.


6) Ta citation favorite (ou ta devise, si tu en as une)?

"Quand le roi dit battez-vous, on se bat. Alors allons nous faire tuer où l'on nous dit d'aller, la vie vaut-elle de faire tant de questions ?" (Les trois Mousquetaires).


7) Chat ou chien?

J'aime bien les deux mais je suis allergique, terriblement allergique aux poils de chat. Et puis les chiens, c'est quand même plus rigolo. Mes préférés sont les chiens de chasse comme les setters irlandais et autres épagneuls qu'avait mon grand-père, les chiens de bergers des montagnes qui ne ressemblent à rien mais sont super intelligents, et les gros chiens à poils et à graisse dans le cou, style bouvier bernois ou leonberger.
Manque de pot, j'habite dans un quatre pièces. Alors pour le leonberger, on repassera.


8) Qu'est-ce que tu voulais faire quand tu était petit(e)?

Cantatrice (soprano) ou monitrice d'équitation. Raté dans les deux cas.


9) Décris-toi en trois mots.

Femme, épouse, mère. ça va ? :)


10) Ta saison préférée?

J'aurais bien dit l'été mais de toute façon, à Paris, il est toujours minable, alors on va dire le printemps, quand les jours commencent à s'allonger, qu'on se réveille à 7h30 et qu'il fait déjà jour, et qu'on rentre le soir alors que la nuit n'est pas encore tombée.
J'aime bien toutes les saisons mais je n'aime pas le vent, ça me rend ultra-nerveuse. C'est lié à un sombre traumatisme d'enfance, au jour où pendant une tempête j'ai vu le toit d'une maison en face de chez nous s'envoler. Depuis, quand il y a des rafales de vent, je me planque.


11) Quelle est la symbolique du chiffre 11?

Je ne sais pas mais à chaque fois que je vois 11h11 affiché à mon radio-réveil, je pense au sketche de Desproges sur le maniaque, où il raconte qu'il atteint l'orgasme à 11h11 précises, et que ça peut durer jusqu'à 12.
J'ai pas toujours des références exquises, désolée. :)

vendredi 24 février 2012

Les 11.

Je n'avais guère d'inspiration depuis deux semaines, de l'affaire je ne disais rien. En plus j'avais découvert de nouveaux blogs de cuisine. Et puis ce matin je me suis rendu compte que j'avais été taguée par Melalala du Blog épisodique alors c'est chouette, je vais pouvoir avoir trois billets au sujet tout trouvé.

C'est parti pour l'épisode 1 : les Règles du jeu.


- Poster les règles sur votre blog.
- Révéler 11 choses à propos de vous-même.
- Répondre aux 11 questions posées par la personne qui vous a taguée.
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11 choses à propos de moi-même, voyons, voyons...


1. Je suis incapable de suivre une recette de cuisine à la lettre. D'abord parce qu'il me manque toujours un ingrédient. Et surtout, je suis une adepte du "boooarf, ça passera bien comme ça".

2. Je déteste sortir de la douche et ne pas me laver les dents juste en sortant. Raison pour laquelle je déteste prendre ma douche le matin sans avoir pris mon petit déjeuner au préalable. Et je déteste sortir le matin sans avoir pris mon petit-déjeuner. D'où profond désarroi quand il faut faire une prise de sang à jeun.

3. J'ai lu les Confessions de Jean-Jacques Rousseau et la Nouvelle Héloïse à treize ans et j'ai kiffé grave. J'ai essayé de les relire récemment et ça m'est un peu tombé des mains. On a des goûts bizarres quand on est ado, tout de même.

4. Je déteste mon prénom qui est tout sauf original pour les filles de mon âge (on a toujours été au moins trois dans ma classe à porter le même) et que je trouve horrible à prononcer. L'Epoux ne m'appelle que très rarement par mon prénom et quand il le fait c'est comme la maîtresse du petit Nicolas quand elle vouvoie les élèves, c'est que j'ai fait un truc pas comme il faut. Ou alors qu'on est en société.
F... la société.

5. J'ai eu les oreilles percées à six ans, pour mon anniversaire. Huit ans plus tard j'ai obtenu le droit de me faire percer un second trou à chaque oreille après avoir harcelé ma mère qui ne voulait pas de "piercing". Aujourd'hui, et depuis plusieurs années, je ne mets plus de boucles d'oreilles dans ce second trou qui persiste à ne pas se reboucher. C'est un peu ballot.

6. Je déteste les petits bouts de papier qui traînent - tickets de caisse froissés par exemple, étiquettes décollées non jetées, etc.

7. Je me tortille en permanence une mèche de cheveux. J'ai commencé en prépa et j'essaie de m'arrêter. Jamais réussi jusqu'à présent. Pour éviter au maximum, je m'attache les cheveux. De toute façon je n'ai pas la crinière de feu dont je rêve, alors...

8. Dans ma bibliothèque il y a trois livres que je relis tous les ans : Le siècle des Lumières d'Alejo Carpentier, Les Cavaliers de Joseph Kessel et Comment voyager avec un saumon d'Umberto Eco. Je pourrais les relire plus souvent mais je limite à une fois par an pour avoir un peu le temps d'oublier et de les redécouvrir avec plaisir.

9. L'un de mes grands titres de gloire universitaire est d'avoir épaté un professeur d'histoire de l'art contemporain en reconnaissant le sujet d'un tableau pompier du XIXe siècle, les Sept contre Thèbes. Depuis ce jour, il m'a eue à la bonne alors que je faisais office de touriste sympathique dans son cours où je venais en "non noté".

10. Mon plus grand regret est d'être vraiment, vraiment mauvaise en langues vivantes. Je suis incapable d'avoir un accent correct. Je me débrouille à l'écrit sous la torture en anglais et en italien mais pas plus. Ma première langue autre que le français, c'est le latin. C'est dire si j'ai vécu dans une grotte.

11. Le lundi matin, je fais le repassage de la semaine en écoutant le podcast du Masque et la Plume. Ensuite je m'octroie le luxe de prendre un bain en faisant les mots croisés du Télérama. J'ai enfin réussi à terminer une grille le mois dernier. Fierté incommensurable.



(la suite demain)

dimanche 5 février 2012

Miroir (2).


Je m'étonnerai toujours devant les réactionnaires autoproclamés, les vrais les purs les durs, ceux qui n'hésitent pas à publier leur haine du Parti Socialiste sur Facebook ni à dénoncer ouvertement la racaille (vaste ensemble comprenant les gens un peu bronzés, les jeunes à capuches du RER, et le Parti Socialiste), qui lisent Léon Bloy et Philippe Muray (ou du moins le citent abondamment sur Facebook), qui écoutent de la musique classique, et qui n'hésitent pas à se comporter avec la même goujaterie que ces racailles qu'ils abhorrent.

Scotchés à leur Iphone toujours posé sur la table lorsque vous prenez un café avec eux (ce qui, à moins d'avoir un train à prendre, donne assez nettement à entendre qu'ils s'emmerdent avec vous), ils trouvent normal de photographier la starlette qui entre dans le même restaurant qu'eux, et s'outrent vertueusement à grand renfort de termes fleuris, de se faire insulter lorsque la starlette en question s'en aperçoit. Si vous leur faites remarquer qu'ils n'ont fait que récolter la monnaie de leur pièce, ils s'outrent encore davantage.

N'est-il pas infiniment triste de remarquer que ces gens de l'élite ne valent finalement pas plus que tout ce qu'ils conchient au nom d'un art de vivre qu'ils seraient les dernier à défendre ?

C'est un peu le même genre de tristesse qui étreint lorsque, sur un blog ou un forum de professeurs, on relève les fautes d'orthographe à la pelle. On se dit alors que décidément, nous sommes mal partis.



mercredi 1 février 2012

L'autre jour, on a décidé avec l'Epoux de regarder Inception. Le DVD trônait (traînait ?) depuis des semaines (peut-être même des mois, d'ailleurs) sur l'étagère des "trucs à voir un jour" et il me faisait un peu pitié, tout seul, là, abandonné. Et puis, à ce qu'on nous avait dit, ça valait le coup de le voir, vraiment, je te jure, c'est un film hyper ambitieux, si, le réalisateur a voulu faire quelque chose de nouveau, le scénario est ambitieux, vraiment.

Bon.

Alors c'est vrai que certaines choses valent le détour dans ce film - Leonardo DiCaprio, par exemple, qui vieillit plutôt bien. Sinon, il y a à peu près tout ce que je déteste dans le cinéma :

- un début à trois mille à l'heure, où il faut attendre la fin du premier quart d'heure pour piger un tant soit peu qui est qui, pourquoi, où et comment. Très facile à faire, il suffit d'enchaîner les scènes sans liens entre elles et surtout, de faire parler les acteurs trop vite et dans leur barbe.

- l'abus de flashbacks (plus d'un par quart d'heure, c'est définitivement trop).

- Marion Cotillard

- un réalisateur qui tient vraiment à montrer qu'il ne fait pas n'importe quel film, là, hein, il a de l'ambition. Alors il use et abuse du ralenti.

- les cartes postales éhontées : une p'tite scène au Japon dans un décor japonisant (avec des paravents finement peints), une p'tite scène à la montagne (genre j'ai eu des crédits pour tourner dans la neige, alors j'vous mets de la neige, vous ne m'en voudrez pas hein ?), une p'tite scène dans un hôtel de luxe avec des ascenseurs qui font ding !.

- le comble de l'horripilant, les fins "en suspens", ouh là là comme je suis trop malin (et ambitieux), je laisse le spectateur décider de lui-même si lui ou non le héros a réussi ou pas sa mission. Et puis j'ai pas eu assez de sous pour finir de payer le scénariste, vous m'excuserez.


Et puis il y a le scénario à la noix : je vous la fais courte, un industriel japonais (méchant mais en fait un peu gentil, c'est toujours comme ça dans les films ambitieux qui refusent de se complaire dans le cliché) demande à un "extracteur" (comprenez, un type - c'est Leonardo - qui fait de l'espionnage industriel, mais dans les rêves des gens, et c'est vachement compliqué) de l'aider à saboter l'empire industriel de son concurrent. Moyennant quoi il l'aidera à revoir ses gosses qu'il n'a plus vu depuis qu'il a dû quitter les Etats-Unis après avoir été injustement accusé du meurtre de sa femme (c'est Marion Cotillard et c'est trop long de vous raconter comment elle est devenue cinglée).
Et donc, pour foutre en l'air les affaires du concurrent, Leonardo doit implanter dans la conscience d'icelui l'idée de saboter lui-même son empire industriel, dont il vient d'hériter en s'appuyant sur les déplorables relations qu'il avait avec son père (qui vient de mourir).

Et donc pour ça, il faut entrer dans un rêve dans un rêve dans un rêve dans un rêve, faire semblant d'enlever le concurrent du japonais, se faire tirer dessus à tout bout de champ, aller faire du ski pendant une tempête de neige, affronter un ouragan, mourir pour de faux (mais quand même un petit peu pour de vrai), et d'autres trucs horribles comme écouter du Edith Piaf. Jusqu'à ce que le concurrent du japonais finisse par aller faire le beatnik sur une plage et laisse tomber les affaires. Et le héros retrouve sa famille à la fin. Tout le monde est content.

Cela dit, vu le pognon que semblait avoir le japonais, j'ai pas bien compris pourquoi il fallait absolument se faire autant suer pour obtenir un résultat qu'il aurait aussi bien pu atteindre en corrompant tranquillement l'entourage de son concurrent, ou en lui dépêchant deux ou trois mafieux pour le descendre.

A moins que ça ne soit ça, précisément, qui fait qu'un film est ambitieux. Moi, je ne suis pas à la hauteur.







mercredi 18 janvier 2012

Miroir.

Depuis quelques mois maintenant, nous avons un téléviseur relié à la prise télé - parce que pendant un an et demi, il n'était pas branché, en fait. Voilà que mon abonnement à Télérama est rentabilisé. C'est merveilleux : de temps à autres, il nous prend ainsi la douce folie de regarder le film du dimanche soir.

Et puis, de temps à autres, en attendant que l'Epoux rentre de sa dure journée, il m'arrive d'allumer la bestiole, pour voir. J'ai donc découvert avec horreur cette chose qu'on appelle la télé-réalité, à base de trucs plus répugnants les uns que les autres : jeunes abrutis qu'on fait se reproduire dans un appartement-bocal (Secret Story), jeunes et moins jeunes abrutis passant leurs vacances sur une île tropicale à chasser le varan de Komodo au lieu de buller sur la plage (Koh-Lanta), campagnards caricaturaux désireux de se trouver une compagne à leur niveau, jeunes à gueule plastifiée désireux de supplanter dans l'art de la vocalise Brel et la Callas réunis - en confondant vibrato et tendance à imiter le veau nouveau-né (oeil vide compris).
La plupart reposant sur l'idée que dans tous les cas, le public semble crever d'envie de voir se reproduire les "candidats" sous l'oeil des caméras.

Forcément, mon temps de visionnage de ces choses télévisuelles doit se compter en minutes et sur mes doigts de pied et de la main droite. Parce que c'est non seulement putassier à souhait, mais aussi chiant à mourir - alors que le film du dimanche soir, en général, y'a au moins Schwartzenegger ou Stallone, ce qui vaut tout de même davantage le détour. Donc, si je déclare ex cathedra que tout cela me fait hautement penser à de la daube avariée, on pourra tout à fait m'objecter que c'est parce que je n'ai pas compris le concept, ou un truc du genre.

Je veux bien.

Ce qui me gène davantage, c'est l'espèce de discours que l'on entend un peu partout chez les "gens bien" qui reconnaissent volontiers s'attarder devant ce type d'émissions, mais "parce que c'est trop drôle, tu vois", ou "parce qu'avec (X, Y, Z) on se fout trop de leur gueule, tu vois", ou "parce que je suis pas dupe, hein, tu vois, je regarde pas ça comme les gros beaufs, mais au quinzième degré, tu vois".

Non, je ne vois pas. Je ne vois pas la différence entre regarder cela comme un spectateur lambda et un spectateur intello : ça revient au même, les deux s'avilissent en traînant devant ce programme. Et même l'intello plus que le beauf, parce qu'il chie doublement sur ses confrères humains : la première fois en se foutant de la trogne des pauvres imbéciles castés par la télé pour leur propre imbécillité, la seconde fois en insultant les pauvres types et nanas qui, eux, n'ont pas l'heur d'être aussi élevés qu'eux, les intellos. Et qu'entre regarder ce genre de trucs au premier degré, et le regarder au quinzième, je ne vois pas bien la différence de résultat.

Mais enfin, on se rassure comme on peut sur sa propre valeur.


jeudi 12 janvier 2012

On re-reparle du génocide vendée.


Bon, je sais, j'avais dit que je lirai le dernier bouquin de Sécher et que j'en ferai une critique. Je ne l'ai pas fait - mais-heu j'ai des raisons valables :
- j'avais du boulot (si).
- à Noël, j'ai préféré revoir Bambi avec mes neveux qui sont autrement plus mignons que Reynald Sécher (ils sont blonds avec d'adorables yeux de velours brun, gentils, polis, autonomes, affectueux, rigolos, bref ils donnent plus envie de s'occuper d'eux).

Et puis surtout, le Naïf s'en est chargé bien mieux que moi. Il vous explique avec brio pourquoi ce bouquin ne vaut pas franchement le détour.

Ici.

Et voilà. Le tout c'est de déléguer.
Merci encore monsieur !


lundi 9 janvier 2012

Le monopole du coeur.

Il y a quelques temps, je discutais avec des amis de la nomination d'un nouveau directeur à la tête d'une grande école française. Blablabla, quelques considérations ne faisant pas forcément avancer le schmilblick. Jusqu'au moment où l'une des personnes présentes se met à expliquer que la nomination de ce nouveau directeur est une très mauvaise chose pour l'établissement dans les années à venir, car vous comprenez, le personnage est assez marqué à droite.

Je m'étonne de son argument car le personnage reste, nous semblait-il, surtout un très grand scientifique, et d'autre part, un homme ayant de grands projets avec les épaules pour les réaliser (du moins est-on en droit de l'espérer), et que si son "marquage à droite" n'est pas un secret, il n'est pas non plus un étendard.

Il nous est alors répondu que non mais avec les élections en 2012, vous comprenez...

Je finis par comprendre, à force de lui demander de préciser son point de vue, que notre interlocuteur (qui du reste ne fait pas mystère de ses sympathies socialistes) est intimement persuadé que c'est la gauche qui va l'emporter aux prochaines élections présidentielles. Que cela ne se discute pas. Que remettre en cause cela, c'est comme discuter de l'existence de Dieu avec un curé ligueur en 1585 - un débat qui vous emmène droit au bûcher.

Je passe sur le sentiment que j'ai eu d'entendre, dans son discours, quelques relents de projets d'épuration politique universitaire pour "quand on serait au pouvoir". Ambiance.



Depuis quelques temps, je suis assez sidérée par l'aplomb de certains militants de gauche, du genre de ceux qui hantent les facultés parisiennes. Nous allons gagner en 2012, c'est ainsi. Les riches sont méchants. La droite c'est méchant. Sarkozy c'est le grand Satan. En revanche, vous pouvez voir à la télé Vincent Lindon expliquer benoîtement devant un François Hollande et un journaliste tout aussi benoîts que "les abus de pouvoir, je suis pour, quand c'est pour faire le bien". Tu mets en doute leurs propositions ? Tu es un salopard qui mange les enfants.

Entendons-nous bien, je ne sais même pas pour qui je voterai dans l'année à venir, même pas si je voterai... Mais cet étalage de certitude d'être forcément le bien, le progrès, la lumière du peuple envers et contre tout, ne m'est pas sympathique. Vraiment pas.